Peter Sagan (Tour de France 2015)
Peter Sagan. | YORICK JANSENS / BELGA MAG / BELGA/AFP

Peter Sagan, vent de fraîcheur et vert à moitié vide

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Cinq fois deuxième sur ce Tour de France 2015, Peter Sagan tourne autant autour de la victoire qu’il ne la cherche. Sur tous les terrains. Si pour lui, le maillot vert est seulement un lot de consolation, le Slovaque fait souffler un vent de fraîcheur sur un Tour écrasé par la canicule et par Chris Froome. Et gagne du même coup le cœur du public.

De qui se souviendra-t-on à la sortie ce de Tour de France dans quelques semaines quand les Français écumeront les critériums, quand certains auront les doigts de pieds en éventail ou quand les plus courageux s’échineront sur les routes de l’Eneco Tour ou de la Clasica San Sebastian ? De Chris Froome bien sûr, implacable, imbattable mais aussi de Peter Sagan. Le perdant magnifique. Jamais ce surnom n’aura mieux collé à la peau d’un coureur. A la manière d’un Raymond Poulidor, Peter Sagan est devenu le chouchou du public français par ses ratés mais aussi et surout par son panache.

"Tourminator" n'est plus

Comme le Tour de France est impitoyable, commençons par le côté négatif. Voilà précisément 46 étapes que Peter Sagan court (avec panache) après une victoire sur le Tour de France. Cruel pour un coureur qui était arrivé sur la Grande Boucle en levant les bras dès la première étape en ligne en 2012 avant de remporter deux étapes supplémentaires faisant le bonheur des photographes avec ses célébrations toujours plus attendues. « Tourminator » était né. Mais comme « Papy Schwarzenegger » dans le dernier  Terminator, Sagan a vieilli. Et l’on se méfie de lui. Bilan, des places d’honneur à la pelle. Nous vous disions que cela fait 46 étapes que le Slovaque cherche la victoire sur le Tour. Ce diable s’est classé dans le top 5 à 23 reprises, une fois sur deux ! Pas suffisant pour certains observateurs qui raillent la propension de « Peto » à rater la victoire. Le coureur de 25 ans a même été battu par Greg Van Avermaet, lui aussi connu pour ses places d’honneurs en pagaille, à Rodez.

"Vous ne voulez pas gagner ? Tant pis"

Que manque-t-il à Peter Sagan ? Un brin de réussite ? Une spécialité ? Un instinct de tueur ? Dans le final de la 16e étape, il est venu mourir à quelques secondes de Ruben Plaza le vainqueur du jour, au prix d’une descente vertigineuse. « Tout le monde veut être dans l’échappée avec moi mais ensuite personne ne veut arriver au sprint avec moi. Alors c’est à moi de faire tout le travail. Quand j’accélère, tout le monde me suit. Quand c’est Adam Hansen, il file tranquillement. Dans la dernière montée, personne ne voulait rouler avec moi derrière Plaza. Je leur ai dit: ‘’Vous ne voulez pas gagner ? Tant pis’’.» a-t-il asséné à ses adversaires selon des propos rapportés par L'Equipe.Fr. A ce jour, Peter Sagan compte quatre victoires sur le Tour et pas moins de seize deuxième places. A peine croyable.

Une côte d'amour qui monte en flèche

Mais est-ce bien là le plus important ? Autrefois pointé du doigt pour son arrogance, Sagan détonne dans le monde de plus en plus aseptisé du cyclisme. Le Slovaque est de ces coureurs qui ne laissent pas indifférents. On l’aime ou on le déteste. Avant la 102e Grande Boucle, certains indicateurs nous laissaient penser que les amoureux de la petite reine se partageaient assez bien entre fans et « haters » de celui que l’on a aussi surnommé Rambo ou Chuck Norris pour sa propension à être indestructible. A bien y regarder, Sagan renverse la tendance. En sa faveur. Ses places d’honneurs aident à le regarder avec un œil attendri, c'est vrai. Mais c’est avant tout son attitude sur le vélo et devant les médias qui font de lui un véritable vent de fraîcheur.

« Ce mec est le plus impressionnant du Tour de France, exprime Sylvain Chavanel dans L’Equipe du jour. Dans le peloton, il inspire un respect énorme ». Pourquoi ça ? Parce que Sagan sait tout faire ! Il sprinte, il passe les pavés, il passe les bosses et désormais il se débrouille même plutôt très bien en moyenne montagne. Mais ses qualités, aussi nombreuses soient-elles, ne suffisent pas à expliquer la côte d’amour dont dispose Sagan sur le Tour 2015.

Un vent de fraîcheur bienvenu

Question : qui a-t-on vu échappé sur les 14e, 15e et 16e étapes ? Peter Sagan, of course. Sur des terrains aussi différents que la terrible arrivée à Mende, que l’étape de « transition » de Valence ou sur le parcours vallonnée vers Gap. Le maillot vert est partout ! Les sprints intermédiaires sont devenus sa propriété exclusive mais plus ambitieux qu’auparavant, Sagan poursuit son effort. Bilan, une 5e place à Mende (!), une 4e à Valence (au sprint avoir été échappé, excusez du peu) et une 2e à Gap ! Ne cherchez pas plus loin le super-combatif cette année. Il est Slovaque, il est jeune, il est irrespectueux (parfois), il est drôle (souvent).

Pour finir, deux images qui permettent de cerner un peu plus le personnage. Peter Sagan est ce coureur qui vient embêter le maillot jaune Chris Froome quand ce dernier répond avec son professionnalisme légendaire à la presse. Peter Sagan est ce coureur qui répond « Because I have big balls» (« Parce que j’ai de grosses c******* ») à un journaliste chinois qui lui demande pourquoi il est si fort et si offensif comme le rapporte L'Equipe.fr. Peter Sagan, c’est le show-man du cyclisme mondial. Peter Sagan est la meilleure chose qui pouvait arriver à un sport qui a parfois tendance à oublier de sourire.