Romain Bardet
Le coureur français Romain Bardet laisse échapper la 5e place pour deux secondes | AFP - ERIC FEFERBERG

Péraud-Bardet, jour de contrastes

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A la veille de l'arrivée à Paris, l'équipe AG2R pouvait ressentir des sentiments mitigés. Si d'un côté, Jean-Christophe Péraud touche du doigt la consécration, à 37 ans, Romain Bardet, le grand espoir du cyclisme français avait du mal à cacher sa déception après le contre-la-montre. Le natif de Brioude a perdu pour deux malheureuses secondes la 5e place du classement général.

On a cru un temps que la poisse allait empêcher l'équipe AG2R La Mondiale de sourire ce samedi. Au matin de ce contre-la-montre décisif pour les places d'honneur du classement général, l'équipe française était la mieux représentée dans le Top 5 où elle plaçait deux hommes, Jean-Christophe Péraud (3e) et Romain Bardet (5e). Mais les écarts étaient si minimes surtout entre Thibaut Pinot (2e) et Alejandro Valverde (4e), séparés seulement par 15 secondes, ou encore entre Romain Bardet et Tejay Van Garderen (6e) - 2 minutes 7 d'écart - que rien n'était figé. Les deux Français n'étaient pas à l'abri d'une défaillance ou d'un ennui mécanique qui pouvait tout faire basculer. Et c'est ce qu'il s'est passé.

La crevaison de Romain Bardet

Péraud d'abord, à 20 km de l'arrivée, puis Bardet ensuite, dans les deux derniers kilomètres, ont crevé. La trentaine de secondes qui s'est alors écoulée lors du dépannage a fait basculer la course pour le second. Romain Bardet, qui en plus a eu des soucis d'oreillettes et de chrono sur sa machine, a vu cette cinquième place s'envoler pour deux minuscules secondes. Après 1h10'38 d'effort (26e au final), la pilule était dure à avaler. "Trois semaines d'efforts ininterrompus réduites à néant à deux kilomètres de l'arrivée par une crevaison", a-t-il soufflé à l'arrivée. 

Vidéo : la déception de Romain Bardet

Rien d'autre à faire qu'encaisser. Une fois ses esprits retrouvés, on a pu déceler dans ses paroles de la satisfaction. La satisfaction d'avoir fait mieux que résister à Tejay Van Garderen - finalement 6e du chrono à 2'08 du vainqueur Tony Martin - alors qu'on lui promettait l'enfer. "Tout le monde me voyait déjà avec 10 minutes dans les carreaux, on a dit que je ne savais pas rouler", a-t-il ajouté. Aujourd'hui, s'il a perdu cette 5e place qui lui tendait les bras, il a prouvé qu'il avait le coffre pour supporter l'effort solitaire. S'il a pesté sur la malchance mécanique, il pourra aussi se dire que sans sa défaillance dans le Port de Balès (16e étape) où il perdit près de 2 minutes sur les favoris à l'arrivée à Bagnères-de-Luchon, il aurait pu viser plus haut. Mais la déception personnelle a vite laissé la place au bonheur collectif, symbolisé par les larmes de Jean-Christophe Péraud.

Un silence qui en dit long

Jean-Christophe Péraud assailli par les journalistes à l'arrivée à Périgueux
Jean-Christophe Péraud assailli par les journalistes à l'arrivée à Périgueux

La frustration de Bardet a tranché avec la joie de Jean-Christophe Péraud. Mais le plus loquace des deux n'a pas été celui qu'on croit. Envahi par l'émotion, l'ingénieur toulousain n'a pas su dire grand chose à l'arrivée. Il a quand même trouvé le temps de faire de l'humour face à la horde de journalistes qui l'attendait. "Rendez-vous dans un mois pour l'interview", a-t-il souri. Tous étaient là pour lui, le Français qui se hisse à la deuxième place du podium de la Grande Boucle, comme Richard Virenque en 1997. Cette plaisanterie et ce silence étaient ses réponses après trois semaines où il s'est arraché. Où il a su surmonter les défaillances (à Chamrousse) où les écueils, comme lors de ce contre-la-montre. Sa crevaison à 20 km ne l'a pas affolé. Il est reparti comme il avait débuté. A fond. En spécialiste du contre-la-montre, il a rapidement repris les deux secondes qui le séparait de Thibaut Pinot pour à l'arrivée à Périgueux lui en "coller" 45 dans la vue et terminé 7e à 2'27 de Martin.

Vidéo : la crevaison de Jean-Christophe Péraud

A 37 ans, il s'est même offert le luxe de devancer le champion de France de la spécialité, Sylvain Chavanel (8e à 9 secondes de Péraud). Quelques dizaines de minutes plus tard, après avoir récupéré et réalisé, il est réapparu face à la presse, le sourire aux lèvres. "C'est une satisfaction". On veut bien le croire lui qui n'était "pas venu pour ça" (une deuxième place au général, ndlr). Il visait un Top 5, il a décroché bien mieux. Il va pouvoir désormais savourer cette dernière étape parisienne avec "le sentiment du devoir accompli". Et lever les bras bien haut dimanche sur le podium.

Vidéo : l'émotion de Jean-Christophe Péraud à l'arrivée

Le tweet de Jean-Christophe Péraud

Benoit Jourdain @BenJourd1