Nacer Bouhanni
A 25 ans, Bouhanni figure déjà dans le gratin du sprint mondial et cherchera à confirmer son nouveau statut sur les routes du Tour 2015 | DE WAELE Tim / TDWsport Sarl / DPPI media

Nacer Bouhanni, "c'est peut-être le meilleur"

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Double vainqueur d’étape sur le Critérium du Dauphiné, Nacer Bouhanni (Cofidis) fonce vers le Tour de France avec un très gros braquet et des rêves de maillot vert plein la tête. Son entraîneur, Jacques Decrion, est persuadé qu’il est capable de battre les Kristoff, Kittel et autres Sagan cet été. "Il fait partie des meilleurs, atteste-t-il. C’est peut-être le meilleur".

Début avril. Après quatre mois passés au sein de sa nouvelle formation, Nacer Bouhanni n’a pas une seule fois levé les bras. Il enchaîne les places d’honneur sur les grandes courses, mais la victoire se refuse au Spinalien. Malade, il ne termine pas Gand-Wevelgem et frôle la chute dans le final de Kuurne-Bruxelles-Kuurne. Trop souvent mal placé, il évoque après sa sixième place à San Remo "une immense frustration". "J’aurais du mal à digérer ça", concède-t-il après avoir déjà échoué à remporter une étape sur Paris-Nice. Au sein du staff Cofidis, on s’interroge. Pas sur les qualités du leader français - indéniables depuis ses performances sur le Giro (3 victoires) et la Vuelta (2 victoires) l’an passé - mais sur les raisons de ce début de saison bien fade : son programme, ses automatismes avec les coureurs qui composent le train, sa préparation.

"On a voulu trop bien faire en lui imposant une grosse charge de travail", reconnaît Jacques Decrion, qui a quitté la FDJ l’automne dernier pour suivre son poulain. Avant Milan-San Remo, Bouhanni travaille ainsi sur la distance dans l’optique d'arriver au sprint, après 300 kilomètres de course, avec suffisamment de fraîcheur. Il fait des semaines de 25 heures. Mais son temps de récupération s’allonge dangereusement et son explosivité s’en trouve affectée. "Il était pénalisé et on a dû rectifier le tir au bout de quelques semaines avec des semaines à 18h-19h, afin qu’il retrouve la voie de la victoire, car c’est un coureur qui a besoin de gagner régulièrement", explique Decrion, pas inquiété outre mesure par le manque de réussite du sprinteur. "Sur Milan-San Remo, c’est lui le plus rapide sur les 200 derniers mètres, analyse-t-il. La victoire, il l’avait dans les jambes et dans la tête. Il lui manquait simplement quelques circonstances de course favorables".

"Le Tour, il y va pour gagner"

Les semaines suivantes ont donné raison à Decrion, qui attendait surtout le mois de juin pour voir le diable rouge à l’œuvre : "Tout ce qu’il a pu faire avant (Grand Prix de Denain, deux étapes sur le Circuit de la Sarthe en avril, ndlr), c’est du bonus. Pour moi, sa saison débutait le premier jour du Dauphiné". Vu comme ça, la saison de Bouhanni est exceptionnelle. L’ancien champion de France a réglé avec une facilité déconcertante les sprints des 2e et 4e étapes, ramenant le maillot vert jusqu’à Valfréjus. Pour l’entraîneur, "l’objectif est atteint". "Je suis très content de ma condition, se félicitait l’intéressé. Je monte progressivement en puissance dans la perspective du Tour. Maintenant, je vais travailler mon coup de pédale dans la montagne". 

Lors des derniers Championnats du Monde, Bouhanni avait laissé entrevoir d’encourageantes facultés à passer les cols sur les pentes de Ponferrada. Depuis, le Tricolore a effectué plusieurs stages dans les Vosges et est désormais capable d’encaisser des dénivelés de plus de 4000 mètres. C’est qu’il ne compte pas subir le même calvaire qu’il y a deux ans, lors de sa première et seule participation à la Grande Boucle. Malade (problèmes gastriques), blessé (jambe gauche, épaule droite), lâché dès les premières étapes en Corse, il avait abandonné au début de la 6e étape.

"Ça n’avait pas été bien organisé autour de lui : maintenant, il est dans une équipe où tout est fait pour qu’il soit dans de bonnes conditions techniques, physiques et mentales, rassure Decrion. De toute façon, il n’a plus en tête ce qui s’est passé antérieurement. C’est quelqu’un qui va de l’avant : ce qui n’a pas bien marché, il l’oublie. Il est toujours dans une logique de progrès. Il sait qu’il faut continuer à progresser, apprendre, découvrir. Mais sur une course, tout ce qui l’intéresse, c’est de passer la ligne en premier. Le Tour, il y va pour gagner". Son train ? "Il est en place, assène Decrion. Les gars sont en confiance. Le final de l’étape de Bourg-en-Bresse (sur le Dauphiné, ndlr) est à montrer dans les écoles de cyclisme". S’il est capable de rivaliser avec les plus grands sprinteurs du monde à la pédale ? "Il peut les battre, poursuit l’entraîneur, assuré. Il les côtoie, il les connaît. Kristoff, il l’aurait battu sur Paris-Nice s’il avait eu plus de fraîcheur. Il fait déjà partie des meilleurs. C’est peut-être le meilleur". 

"Contagieux"

Pour le Lorrain, ce Tour de France 2015 fera figure d’épreuve du feu. Celle qui peut le conforter pour de bon dans l’élite du sprint mondial, celle aussi qui peut redorer le blason de la formation Cofidis, dont il est le patron. Et ce n’est pas qu’une image : "Il décide pratiquement tout, de A à Z, révèle Decrion. Il donne la marche à suivre. Évidemment, il y a le manager, le directeur sportif, mais sur le terrain il est le principal décisionnaire. Pour ses équipiers, il est comme un aimant. Julien Simon, par exemple, est en train de se métamorphoser grâce à Nacer. (…) Moi-même, j’ai le sentiment de progresser avec lui. Il est très exigeant avec lui-même et les autres suivent, c’est contagieux. Il a une capacité incroyable à mettre les gens au travail. Et n’a que 25 ans. C’est assez exceptionnel".