Jean-Christophe Péraud
Jean-Christophe Péraud a été le seul à suivre Nibali ce samedi dans l'ascension vers Risoul | LIONEL BONAVENTURE / AFP

Même sans Froome et Contador, le Tour 2014 nous a emballé

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La 101e édition du Tour de France a livré son verdict: un parcours truffé d'embûches, un nouvel homme dans l'histoire et de belles promesses pour l'avenir du cyclisme français.

Vidéo: Le résumé des trois semaines

Nibali sans peur et on espère san​s reproche

Avec sa première victoire dans le Tour de France, Vincenzo Nibali entre de plain-pied dans la légende du cyclisme. Après la Vuelta 2010 puis le Giro 2013, le Sicilien revêt avec la Grande Boucle sa triple couronne. Ils n'étaient que cinq dans l'histoire à l'avoir réalisée. Nibali côtoie désormais les Anquetil, Gimondi, Merckx, Hinault et Contador. Cette consécration, le "Requin" de Messine la doit à une carrière en progression constante. Travailleur acharné et grimpeur émérite, il a su saisir toutes les bonnes opportunités. En 2014, il avait tout misé sur le Tour de France. Son parcours sans aucune faute est à signaler. Que ce soit sur le plan tactique ou physique, il n'a jamais été pris en défaut. Puncheur à Sheffield, voltigeur sur les pavés puis dominateur en haute montagne, Nibali a mérité son maillot jaune, bonifié par quatre succès d'étape. Son dauphin relégué  à plus de sept minutes et sa moyenne de watts supérieure au reste du peloton, le Sicilien est-il sur une autre planète comme semble l'indiquer Antoine Vayer ? La présence d'Alexandre Vinokourov, dopé repenti au dessus de sa tête n'aide pas à clarifier l'image du coureur qui fait tout pour rassurer sur ses performances. On ne demande qu'à le croire.

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Vidéo : la quatrième et dernière victoire de Nibali à Hautacam

Pas un Tour 2014 au rabais

Alors qu'on annonçait à un terrible match à trois entre Christopher Froome, tenant du titre, Alberto Contador et Vincenzo Nibali, le Tour a été décapité en dix jours. C'est la course qui a mis au tapis le Britannique et l'Espagnol.

Vidéo : l'abandon de Chris Froome

La victoire de Nibali n'en est que plus méritoire. Si la grande bagarre n'était pas celle pronostiquée au départ, cette 101e édition a tout de même eu son lot d'intensité et de suspense. La supériorité du Sicilien était manifeste mais il n'a pas tout écrasé sur sa route. Ses victoires n'ont pas été marquées par le sceau du rouleau compresseur qui colle quatre ou cinq minutes à ses dauphins. Ce Tour 2014 est à lire comme une belle promesse pour les Français. Jean-Christophe Péraud, le seul à avoir pu s'accrocher aux roues de Nibali, termine 2e, une première pour un Français depuis Richard Virenque en 1997 et Laurent Fignon en 1989. A 37 ans, le leader d'AG2R-La Mondiale est un modèle pour Thibaut Pinot, qui lui aussi monte sur le podium, Romain Bardet et Tony Gallopin, les trois grands espoirs tricolores. Dans un contexte favorable, ils se sont montrés à la hauteur de l'évènement. Vainqueur par équipes, AGR2-La Mondiale réalise elle une superbe performance qui récompense la tenacité et la clairvoyance de Vincent Lavenu.

Vincenzo Nibali encadré par les deux Français, Jean-Christophe Péraud et Thibault Pinot, sur le podium du Tour 2014
Vincenzo Nibali encadré par les deux Français, Jean-Christophe Péraud et Thibault Pinot, sur le podium du Tour 2014

Un parcours presque sans temps mort

L'arrivée de Christian Prudhomme à la direction du Tour de France a été plus que salutaire après les soporifiques parcours de son prédécesseur. Depuis 2007, l'ancien journaliste et patron du service des Sports de France Télévisions n'a pas son pareil pour offrir aux coureurs et aux spectateurs un terrain de jeu propice au spectacle. Le parcours 2014 concocté avec Thierry Gouvenou a encore donné lieu à des scénarii dignes d'Hollywood. De Leeds à Paris, on s'est rarement ennuyé. Le choix de l'Angleterre s'est avéré payant. On le sait désormais, les Anglais ont une passion pour les reines, la Mère et la petite. Du coup, ils étaient très nombreux à déchanter après la chute et l'abandon de Cavendish dès la première étape. Cela donnait le ton d'un Tour sans pitié. Kittel et Nibali avaient déjà fait leur show quand sont survenus les terribles pavés du Nord qui ont tout à fait leur place sur la course. Froome ne les a pas vus puisqu'il a jeté l'éponge avant. L'escapade dans l'est de la France, sous une météo exécrable, n'a pas mouillé les pétards français. Blel Kadri et Tony Gallopin ont eux amorcé le feu d'artifice tricolore tandis que Nibali y a affirmé son autorité. Un coup de ballons fatal à Contador, très vite suivi par des Alpes édulcorées mais parfaitement rehaussées par un triptyque pyrénéen grandiose. Et pour finir le seul contre-la-montre du Tour qui, à défaut de donner le vainqueur final, a figé le podium. C'est déjà pas mal.

Le Tour des ​audacieux

Ils ont choisi la plus belle vitrine du cyclisme pour s'exposer. Sur chaque terrain, un coureur s'est révélé aux yeux du monde. Marcel Kittel n'est pas un inconnu mais son triplé en début de Tour a marqué les esprits. La puissance de l'Allemand, parfaitement emmené par l'équipe Giant, a fait mouche. Alors qu'on attendait beaucoup de Peter Sagan, indéboulonnable maillot vert, la surprise est venue du Norvégien Alexander Kristoff. Par deux fois le sprinteur de la Katusha a surpris les ténors. Longtemps dans l'ombre de Thor Hushovd et Edvald Boassen Hagen, il s'est fait un nom. Que dire du Polonais Rafal Majka, invité de dernière minute par son équipe Tinkoff-Saxo, et formidable maillot à pois. Non content d'avoir remporté l'étape de Risoul et Saint-Lary Pla d'Adet avec brio, il a fait le forcing le lendemain sur les rampes d'Hautacam pour assurer sa tunique de meilleur grimpeur face au cannibale Nibali. Entre le sprint et la montagne, il y a de la place pour Tony Gallopin. Le coureur français a démontré tout son talent et toute sa classe pour se parer de jaune puis pour remporter avec panache la 11e étape qui arrivait à Oyonnax. Couvé par Cancellara avant son départ chez Lotto, le Français avait besoin de prendre confiance. Sur ce Tour, il a fait le plein !

Vidéo : Tony Gallopin a fait un grand Tour

Des sprints dominés par Kittel

Marcel Kittel a raflé pas moins de quatre victoires d'étapes dans ce Tour 2014, soit autant que le maillot jaune et vainqueur Vincenzo Nibali. Si l'Allemand n'a pas remporté le maillot vert pour la première fois de sa  carrière, c'est que Peter Sagan a souvent joué placé, y compris dans les sprints intermédiaires. Pour la deuxième année de suite, il a remporté la dernière étape sur les Champs-Elysées, devenant un concurrent de Mark Cavendish, recordman des victoires à Paris (4 consécutives) et à qui il a succédé.

Vidéo: Deuxième victoire de suite de Kittel sur les Champs-Elysées

Xavier Richard @littletwitman