Les 5 moments qui ont fait de Romain Bardet le dauphin de Chris Froome

Les 5 moments qui ont fait de Romain Bardet le dauphin de Chris Froome

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Le podium de Romain Bardet est une surprise, c'est un fait. Mais un coup d'oeil dans le rétroviseur du Tour de France 2016 permet de comprendre que celui-ci a été construit étape par étape avec une maîtrise exceptionnelle. Retour sur les cinq moments qui ont fait de Romain Bardet le deuxième de la Grande Boucle.

A Cherbourg, de la concentration​ 

Il y a trois semaines, Romain Bardet n’est qu’un prétendant au top 5. Bien au chaud dans le peloton, le leader d’Ag2r-La Mondiale n’a qu’une ambition : ne pas perdre de temps bêtement. Et vers Cherbourg, les costauds passent un premier test sur une arrivée en costaud. Loin de Sagan et Alaphilippe qui se disputent la victoire d’étape, Bardet ne se laisse pas surprendre. Bon 24e en haut de la bosse finale, Bardet finit dans le même temps que Sagan mais ne lâche pas de secondes contrairement à Pinot, Nibali ou Contador. Premier objectif atteint.

A Finhaut Emosson, la première banderille 

Discret au possible pendant les deux premiers tiers du Tour de France, Romain Bardet court à l’économie. Un comble pour cet attaquant né qui reconnaît parfois « s’ennuyer » dans un cyclisme moderne trop calculateur. Après des Pyrénnées traversées sans souci malgré l’apocalypse d’Andorre Arcalis et suite à un bon premier chrono où il limite la casse, Bardet sort de sa boîte en Suisse. Vers le sublime barrage de Finhaut Emosson, Froome et Porte sont partis mais derrière, l’Auvergnat qui avait parfaitement reconnu le final, prend la roue d’Adam Yates qui accélère dans le terrible dernier kilomètre. Sixième avant l’étape, Bardet grappille une place en doublant un Valverde qui s’était mis au service de Quintana, la prochaine victime de Bardet.

A Megève, de la force  

Entre Sallanches et Megève, Bardet ne grimpe pas au classement mais il gagne en crédit. Sa cinquième place surprise à seulement 42 secondes de Froome et neuf de Porte prouve qu’il est dans une forme étincelante en troisième semaine, exactement comme en 2015 quand il avait arraché une étape et un top 10 surprise. Peu habitué à briller dans l’effort solitaire, Bardet se régale sur les traces de Bernard Hinault, dans la Côte de Domancy. On pensait que Porte allait doubler le Français ? Erreur. On imaginait que Quintana pourrait lui résister voire lui reprendre du temps ? Erreur encore. Ce jour-là, Romain Bardet devient un vrai prétendant au podium final. Certains le voient même en favori pour accompagner Froome sur la « boîte » à Paris.

Au Mont Blanc, de la folie 

Le chef d’œuvre, le coup de folie, l’exploit. Appelez cela comme vous voulez, vendredi entre Albertville et Saint Gervais Mont Blanc, Bardet a marqué l’histoire du Tour. Une victoire à l’ancienne avec une attaque de loin, dans une descente, à la Chris Froome. Alors que le peloton était debout sur les freins pour éviter les chutes qui ont pénalisé Mollema, Froome ou Rolland, Bardet, flanqué de Chérel, prend la poudre d’escampette. Faisant totalement confiance à son coéquipier, Bardet prend du champ sur ses rivaux avant de se lancer seul à l’assaut de la dernière difficulté du jour. Poussé par une ferveur incroyable, le Français ne faiblit pas, et fait coup double. Une victoire de prestige face au Mont Blanc et la deuxième place du général. Si les écarts sont encore faibles, Bardet a pris un ascendant psychologique évident sur ses adversaires. Ne lui reste plus « qu’à » défendre sa position entre Megève et Morzine.

A Morzine, de la défense 

Un parcours terrible, des conditions dantesques, tout était réuni pour que l’avant-dernière étape du Tour de France soit une guerre entre les derniers prétendants au podium. Las, mené par la Sky, le groupe des costauds est bien calme. Le seul Roman Kreuziger, parti très tôt dans une échappée et un temps deuxième virtuel du général, inquiète (un peu) la formation Ag2r-La Mondiale. Les hommes de Vincent Lavenu roulent et écartent la menace. La descente de Joux-Plane rendue si dangereuse par la pluie est maîtrisée par Bardet qui aura finalement passé une journée bien plus tranquille que prévu. Si tant est que l’on puisse passer une journée tranquille quand on protège une place sur un podium du Tour de France pour la première fois de sa carrière. Mais comme pendant trois semaines, Bardet ne commet aucune erreur, tout mature qu’il est à seulement 25 ans. Il a mérité sa place de dauphin du roi Froome.

Christophe Gaudot @ChrisGaudot