SKY TOUR 2015
L'équipe Sky triomphe sur les Champs-Elysées. | MATHILDE L'AZOU

Le triomphe de Froome et Sky

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Il y a eu les crachats, les jets d'urine, de bière. Les bras d'honneur et autres gestes déplacés de supporters. Les suspicions quasi-permanentes d'un public et des médias interloqués par la domination de Christopher Froome. Et au final, il y a ce maillot jaune, tant attendu, tant convoité, sur les épaules du leader du Team Sky, sur les Champs-Elysées. Retour sur un Tour qui n'a pas été de tout repos pour l'équipe de Sir Dave Brailsford.

Rarement un maillot jaune n'aura été autant conspué durant un Tour de France. Le Team Sky aura durant cette édition 2015 énervé, inquiété, ou passionné les foules. Mais en aucun cas il n'aura laissé indifférent tout individu qui se veut passionné de vélo. Avec une mécanique bien huilée, et des coéquipiers qui ont le niveau pour être eux-aussi leaders d'équipes, les coureurs de Dave Brailsford ont réussi à contrôler la course de bout en bout, ne perdant du temps sur Quintana que dans les 21 virages de l'Alpe d'Huez.

Les pièges de la première semaine ont été évités par la formation anglaise. Bien placé, Chris Froome a pris du temps sur ses principaux adversaires dès la deuxième étape, celle des bordures. Le coureur de 30 ans s'en est sorti sur les pavés, lui qui avait abandonné avant même d'avoir l'ombre d'un secteur, l'an passé. Le Mur de Huy a été un premier indicateur de la forme du grimpeur anglais.  

Il avait prévu d'attaquer à la Pierre Saint-Martin, il l'a fait

14 juillet, Tarbes-La Pierre Saint-Martin. Première étape de montagne, et premier vrai rendez-vous pour les cadors du peloton. Chris Froome assomme la concurrence sur les pentes de ce col qui n'avait encore jamais été emprunté par le Tour. Contador et Nibali sont lâchés, Quintana n'est pas au mieux. La facilité du coureur anglais est telle qu'il déclenche automatiquement les suspicions. Celui qui a passé une partie de sa jeunesse en Afrique se défend : « J'avais été reconnaître ce col avec Nicolas Roche et Nicolas Portal. Je leur avais même dit où est-ce que je comptais précisément attaquer. C'était planifié. Quintana avait un plan : il voulait attaquer dans les Alpes. Moi, j'avais choisi La Pierre Saint-Martin ». La plupart des coureurs du peloton du Tour expriment par la suite leur soutien au double vainqueur de la Grande Boucle.

Un public hostile au maillot jaune

Certains jours ont été difficiles pour la formation Sky, crispée par l'enjeu que représente le maillot jaune, et surtout stressée par les réactions des supporters à leur égard. Certains vont à l'encontre des valeurs du sport, en jetant de l'urine, de la bière, et ayant des gestes déplacés à l'égard du leader du Tour. « Quelques personnes ont été agressives oui, mais 99 % du public a été fantastique. C'est ce que je veux retenir du Tour, ces milliers de gens sur le bord des routes qui nous encouragent. C'est dommage que certains individus gâchent la fête. Je n'ai rien fait de mal et je ne mérite pas ça. Mais ça n'enlève en rien à ma joie d'être à Paris en jaune », reconnaît Chris Froome, sourire aux lèvres, dans la traditionnelle conférence de presse du vainqueur du Tour. 

Avant tout une victoire collective

On dit du vélo qu'il est le « plus collectif des sports individuels ». Pour le Team Sky, ce proverbe se confirme. Luke Rowe était presque aussi heureux que son leader hier, au sommet de l'Alpe : « Je sais que seul je n'aurais jamais pu gagner le Tour, je n'en ai pas les moyens. Alors si je peux le faire gagner à mon coéquipier, c'est génial ». Le maillot jaune n'a pas manqué de remercier ses amis, à la veille des Champs-Elysées : « Je voudrais vraiment leur dire merci. Je n'oublie pas non plus le staff qui est derrière nous et qui nous soutient. Sans eux rien ne serait possible, je n'aurais pas gagné le Tour ».

Froome et Sky dans l'histoire

Pour la première fois depuis l’intronisation du maillot blanc à pois rouges, le vainqueur de ce classement revêtira également le jaune du vainqueur final. Chris Froome  rejoint Eddy Merckx dans l'histoire, auteur lui aussi de ce doublé en 1969 et 1970. Il rentre encore un peu plus dans l'histoire, en devenant le premier Anglais à remporter deux Tours de France. Un rêve devenu réalité pour celui qui n'a commencé à regarder le Tour qu'à l'âge de 16-17 ans, quand il n'allait pas dehors enfourcher sa bicyclette. « J'ai l'impression d'avoir tout vaincu. Ça a été un long chemin pendant trois semaines. Je suis mort mille fois dans l'Alpe d'Huez ». Pour le coureur de 30 ans, qui va bientôt être papa, « endosser le maillot jaune est un honneur ».

Cette victoire est le fruit d'une année de sacrifice pour l'ensemble des coureurs sélectionnés par Dave Brailsford. Les nombreux stages et préparations spécifiques ont causé la domination d'une équipe qui depuis ses débuts n'a jamais fait l'unanimité. De par son envie de repousser les limites matérielles et humaines (instauration des motor-homes, multiplication des stages et exercices spécifiques), Sky a souvent inquiété, et causé la suspicion au sein du peloton, et face au public. Mais l'heure n'est pas aux polémiques, après tout, il y a un maillot jaune à fêter.