Peter Sagan maillot jaune TDF
Le maillot jaune Peter Sagan est un des premiers coureurs à remettre en cause cette fameuse règle des trois kilomètres. | AFP

La règle des trois kilomètres remise en cause : dans le peloton, les avis divergent

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La règle des trois kilomètres sera-t-elle bientôt de l'histoire ancienne ? Cette partie du règlement est en tout cas sacrément remise en question par les sprinteurs du peloton. Mais les formations qui visent le classement général, à commencer par le Team Sky, ne sont pas de cet avis...

C'est une image qui se répète souvent ces derniers jours, alors que l'emballage final est imminent, et que c'est au tour des sprinteurs de s'expliquer : parmi les trains des Cavendish, Kittel ou autres, on retrouve le Team Sky, à protéger notamment Christopher Froome. Une attitude qui peut se comprendre du côté de l'équipe britannique, qui tient à protéger au mieux sa meilleure carte pour le classement général, mais qui inquiète plusieurs équipes, craignant pour la sécurité du peloton. Effectivement, la présence d'une équipe supplémentaire dans le final peut créer un surplus de tension et dans les virages des derniers hectomètres, engendrer des cassures voire des chutes, dans un contexte où les coureurs ont déjà l'habitude de frotter beaucoup.

La règle actuellement appliquée par l'Union Cycliste Internationale (UCI) et le Tour est la suivante : en cas d'incident mécanique ou chute dans les trois derniers kilomètres, le coureur concerné par ces soucis sera malgré tout classé dans le même temps que le groupe auquel il appartenait. Lors de la seconde étape, Richie Porte a crevé quatre kilomètres avant l'arrivée. L'Australien termine finalement à 1'45 du vainqueur et leader du classement Peter Sagan. S'il avait rencontré ce problème mécanique un kilomètre plus tard, le leader de la BMC aurait été classé dans le même temps que le peloton. Et le résultat aurait forcément été tout autre.

Le maillot jaune Peter Sagan a été l'un des premiers à remettre en question cette règle, à la suite de l'arrivée de la troisième étape à Angers. « Beaucoup de coureurs qui jouent le classement général sont obligés d'être dans les sprints massifs… On voudrait pouvoir se disputer la victoire entre sprinteurs, et ne pas être gênés par eux. On parle de sécurité. Qu'il y ait dans le final des incidents entre sprinteurs je veux bien, mais pas à cause de coureurs qui ont la montagne pour s'expliquer après », a souligné le champion du monde slovaque. Celui qui s'est fait le porte-parole de tout un peloton a rajouté que songer à modifier cette fameuse règle des trois kilomètres, « serait bien pour le cyclisme et notre sécurité ».

Mark Cavendish, déjà vainqueur de deux étapes, est du même avis que le maillot jaune : « avant, les coureurs qui visaient le général restaient à l'arrivée, et essayaient juste d'éviter les cassures… Mais maintenant, on a juste l'impression qu'ils veulent être devant pour gagner encore des secondes…. Heureusement que toutes les équipes ne le font pas, mais ça devient très risqué », s'est-t-il plaint.

Les formations qui visent le général pas du même avis

De leur côté, les coureurs qui visent le classement général n'ont pas manqué de répondre à leurs homologues sprinteurs. C'est notamment le cas de Dan Martin, d'Etixx-Quick Step. Le coureur irlandais s'est fendu d'un tweet à l'attention des trains de sprinteurs, leur rappelant que le problème venait peut-être d'eux, tout simplement : « Tous les sprinteurs qui se plaignent de voir des leaders du classement général aux avant-postes devraient regarder ces coureurs de train qui laissent des cassures se former dans le dernier kilomètre. Certains arrêtent de pédaler au milieu de la route », écrit cet ancien vainqueur de Liège-Bastogne-Liège.

Sir Dave Brailsford, patron de l'équipe Sky, qui se trouve au cœur du souci, s'est montré plus mitigé face à un possible changement de règle. « C'est une course de vélo, il faut grandir un peu ! Il y a des coureurs qui jouent le sprint, et d'autres qui assurent classement général », a-t-il défendu au site anglais Cyclingnews. Le manager de la formation britannique, qui a dans ses rangs le grand favori Christopher Froome, a justifié l'omniprésence de son équipe aux avant-postes en plein emballage final : « Ce qu'on ne veut pas, c'est perdre le classement général à cause d'un incident de course. C'est tout ».

Alors que derrière Dave Brailsford Christopher Froome récupère tranquillement après l'étape de Limoges sur son home-trainer, le patron britannique poursuit son argumentaire. « Celui qui perd du temps sur une cassure ne doit pas être accrédité du même temps que le vainqueur », continue-t-il.

Entre les suspicions de dopage mécanique, les problèmes des véhicules en course, et cette règle des trois kilomètres tout juste remise en cause, l'UCI a du pain sur la planche.