JO et Tour de France 2021 : le casse-tête d'une programmation qui se chevauche

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Greg Van Avermaet
Le Belge Van Avermaet savoure son titre olympique lors des JO de Rio en 2016. | AFP

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Les JO de Tokyo déraillent. Samedi, les organisateurs ont dévoilé le programme des épreuves olympiques de l'été prochain. Problème : la course en ligne de cyclisme doit avoir lieu en parallèle de la dernière semaine du Tour de France 2021... Coincé entre l'Euro de football et les Jeux, le Tour de France a peu de marge de manœuvre pour éviter cette situation.

Maillot jaune ou médaille d'or : à l'été 2021, il faudra choisir sa quête pour les coureurs cyclistes. C'est en tout cas la situation à ce jour. Alors que l'organisation des JO de Tokyo 2020 a dévoilé le calendrier de ses épreuves, un problème de taille se pose : la course en ligne cycliste aura lieu le 24 juillet, soit la veille de l'arrivée du Tour de France (du 2 au 25 juillet), et le contre-la-montre olympique le 28 juillet. Un cas de figure qui avait été soigneusement évité à l'origine cet été, avant l'explosion de la crise sanitaire et le report des deux compétitions. Ainsi, le départ du Tour avait été avancé à fin juin, pour ne pas marcher sur les plates bandes olympiques. Dans ce cas, il suffit de faire pareil à l'été 2021 ? Pas si simple.

Le CIO renvoie la balle 

La Grande Boucle 2021 partira en effet de Copenhague, qui sera aussi ville hôte de l'Euro 2021 de football. Et c'est là que les choses se compliquent puisque la capitale danoise accueillera trois matches les 17, 21 et 28 juin. Dans de telles conditions, il apparaît compliqué d'avancer le départ du Tour de France au 25 juin, dans une ville déjà saturée par l'Euro, sachant que le Danemark doit organiser les trois premières étapes du Tour 2021. “Le grand départ dans une ville comme Copenhague, on peut comprendre que ce soit difficile de l’avancer si ça télescope avec un événement comme l’Euro de foot”, reconnaît Thomas Vœckler, consultant France Télévisions.

Mais ce casse-tête logistique devra être résolu sous peine d'imposer un choix cornélien aux coureurs. En effet, étant donné le chevauchement des JO et du Tour, ainsi que les sept heures de décalage horaires entre la France et le Japon, les cyclistes seront contraints de choisir entre le jaune de la médaille olympique et celui du Tour. Or, le parcours de l'épreuve olympique est annoncé très montagneux, et donc propice à la victoire de coureurs aux mêmes dispositions que les favoris du Tour. "A Tokyo, le parcours est destiné aux purs grimpeurs, c’est-à-dire à ceux qui visent le Tour, et à choisir ils privilégieront le Tour sans hésiter. Si c’était un parcours pour des puncheurs, on trouverait des candidats, là on va se retrouver avec une course olympique au rabais", prévient Thomas Vœckler.

Une course olympique sacrifiée

L'ancien maillot jaune, aujourd'hui sélectionneur de l'équipe de France, regrette ce chevauchement : "C'est pénalisant pour tous : les coureurs et les organisateurs. La course des Jeux sera privée des meilleurs éléments mondiaux, parce que la grande majorité va préférer le Tour de France". D'autant plus qu'après une année 2020 sans visibilité pour les sponsors, les équipes de marque ne libéreront pas leurs stars pour les JO : "On peut imaginer que les sponsors ne vont pas accepter de libérer les stars et se dire “ok, mon meilleur coureur ne fera pas le Tour pour aller faire une course d’un jour avec son maillot national”, ça se comprend", anticipe Vœckler, qui poursuit : "Sur une course olympique, c’est très dur de s’illustrer et les retombées sont bien plus faibles que sur le Tour, même s’il y a une culture olympique sur route. Les coureurs, on n’a pas besoin de leur demander s’ils sont motivés pour aller aux JO : c’est tous les 4 ans, ils veulent tous y aller". Mais moins que sur le Tour.

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Il va donc falloir trouver une solution, et selon Thomas Bach, ce n'est pas à Tokyo de s'en occuper : "Non, ce n'est pas possible. Cela aurait des implications trop compliquées. Nous avons déjà communiqué (cette décision) à toutes les parties prenantes, le Tour de France et les hôtes danois", a déclaré le président du Comité International Olympique, renvoyant ainsi la balle à Christian Prudhomme et ses équipes. Toutefois, Thomas Vœckler reste optimiste : "J’ai espoir que la situation ne reste pas en l’état, qu’on puisse avoir les meilleurs coureurs sur les deux courses. On est à plus d’un an : est-ce que c’est une décision ferme et irrévocable ce programme olympique ? Parfois, celui qui dégaine le premier, c’est pour marquer son territoire".