Jens Voigt: le papy vous salue bien

Jens Voigt: le papy vous salue bien

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C'était peut-être un coup prémédité mais il n'a pas vraiment osé l'avouer après avoir passé la ligne à Harrogate. Le doyen du peloton, Jens Voigt, a en tout cas profité des quelques difficultés du jour, répertoriées pour le classement de la montagne, pour s'emparer du maillot à pois de meilleur grimpeur. Il sait qu'il peut le perdre dès dimanche dans une autre étape tout aussi escarpée, mais peut lui importe. A près de 43 ans, l'Allemand de la formation Trek aime s'imposer des défis.

Il aime aussi rouler à l'avant. Ce gros moteur qui dispute son 17e Tour de France consécutif, ce spécialiste des échappées dont beaucoup certes ont avorté, mais qui lui ont parfois souri et lui ont permis de se faire un nom avec tout de même trois victoires d'étapes et deux journées passées en jaune, a parfaitement senti le coup sur les routes anglaises. Comme il ne peut pas espérer se mêler au sprint, son lourd gabarit ne le lui permet pas, pas plus qu'il ne l'autorise à avaler la montagne, Jens Voigt s'épanouit dans un profil de rouleur qui aime avaler les kilomètres sans craindre de puiser dans ses réserves. Fort de son expérience, il s'est encore mis en évidence en prenant le bon wagon avec les Français Benoît Jarrier et Nicolas Edet dès le début de l'étape. A la faveur d'un sprint intermédiaire, Voigt leur a faussé compagnie le temps de prendre tous les points du classement de la montagne de la journée, avant de se relever et d'attendre sagement le retour du peloton.

"Mes jambes me disaient que c'était possible"

"J'avais envie de profiter de la forme du moment pour tenter quelque chose. Le Tour est long. Je ne suis pas sûr d'avoir le même répondant dans une semaine. Bien sûr, j'ai une fonction, celle de rouler autant que je le peux, devant le peloton quand il faut travailler pour l'équipe. Mais là, nous n'avions pas vraiment d'objectif avec un vrai sprinteur, même si Fabian (Cancellara) pouvait faire quelque chose.... Il a d'ailleurs essayé dans le dernier kilomètre. Mais moi je n'étais pas dans l'état d'esprit d'attendre aujourd'hui. Comme d'habitude, je suis allé prendre l'air à l'avant. Mes jambes me disaient que c'était possible. Alors je me suis dit à mon tour soyons bête, soyons spectaculaire. Et puis quand j'ai accéléré au point intermédiaire, que j'ai vu que j'avais pris quelques mètres d'avance, je me suis fixé comme but d'aller chercher le maillot à pois. C'était une superbe ambiance, avec beaucoup de monde sur le bord des routes, surtout en haut des côtes. Et ça m'a porté. Ensuite, j'étais conscient que j'étais beaucoup trop loin de l'arrivée pour espérer mieux. Je me suis laissé reprendre pour m'économiser. Il y aura peut-être d'autres petites choses à faire dans les prochains jours. Dès demain déjà, je vais défendre mon maillot. Tant que je supporte la souffrance. Ce n'est pas un problème"

Celui qui a souvent affirmé "aimer la souffrance, cette sensation" et "faire souffrir aussi les autres" dans le peloton, quand il doit mener un train d'enfer, ne croit pas du tout en ses chances de rester vêtu de pois rouges encore très longtemps. Mais ce qui est sûr, c'est que pour l'en dévêtir, les prétendants vont devoir d'abord l'affronter et se dépouiller. Car le "métronome" Voigt, malgré "son grand âge" comme il le dit lui même en souriant, n'abandonne que rarement. La preuve, après avoir fait ses adieux au Tour en 2013, il a répondu à la demande de son équipe qui lui a demandé de revenir cet année dans son rôle inimitable de régulateur de tempo et de dynamiteur de peloton. Et il semble être bien entré dans le vif du sujet.

Vidéo : la réaction de Voigt à l'arrivée

Christian Grégoire