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Froome, Quintana, Sagan, Bardet, ils ont fait le Tour 2915 | LIONEL BONAVENTURE / AFP

Jaune - Bleu - Vert, le bilan du Tour

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Que de choses à dire sur ce Tour de France 2015. Entre le maillot jaune Chris Froome malmené, le réveil de Nairo Quintana, la régularité de Peter Sagan et la grinta des Français Vuillermoz, Bardet et Pinot, retour sur une course intense d'Utrecht à Paris.

Le Tour de maillot jaune : Chris Froome a bravé la tempête

Sale temps pour le maillot jaune. Ce Tour 2015 n’a pas été tendre avec le porteur de la tunique du premier au classement général. Des coups, des chutes, des abandons, des insultes et même de l’urine, le maillot a été sacrément malmené. Avant d’échoir définitivement sur les épaules de Christopher Froome à Fougères, il y avait presque une forme de malédiction pour celui qui le portait. Vainqueur du contre-la-montre à Utrecht, Rohan Dennis l’a perdu dans une bordure le lendemain. Fabian Cancellara l’a pris mais victime d’une terrible chute, il s’est cassé deux vertèbres en allant à Huy. Chris Froome l’a eu une première fois mais le numéro de Tony Martin à Cambrai l’en a dépossédé. Pas pour longtemps. Deux jours plus tard, l’Allemand tombait à son tour dans l’arrivée pentue du Havre et se cassait la clavicule. Voilà comment, après un jour sans porteur du maillot (Martin a quand même franchit la ligne et s’est retrouvé forfait le lendemain, ndlr), Chris Froome s’est retrouvé à gérer son pole position en Bretagne et dans la première étape pyrénéenne. C’est là que les ennuis ont vraiment commencé.

Tout s'est joué à Zélande

Dans son style peu académique, le Britannique s’est mis à tourner des manivelles comme lorsqu’il avait écrasé le Tour 2013 au Mont Ventoux. S’il n’a mis que 1’04’’ à Nairo Quintana, son incroyable facilité face à des favoris effacés ont jeté le doute sur ses performances. Le temps de la suspicion, héritage des années folles de l’EPO, s’est emballé, emportant dans ce tourbillon les médias et le public. L’équipe SKY a tenté de désamorcer cette bombe à retardement mais le mal était fait. Chris Froome n’a pas seulement dû affronter Quintana, Contador et Nibali. Il a aussi subi les insultes, les crachats, les jets de toute sorte jusque dans la montée finale de l’Alpe d’Huez. Heureusement, aucun incident grave ne s’est produit. Sur la route, Froome a lentement décliné. Moins entouré dans les Alpes que dans les Pyrénées et touché par une bronchite, il a fini son Tour dans l’inconfort, concédant quasiment deux minutes à Quintana en deux jours. Il n’en fallait pas un de plus face à un Colombien en pleine ascension mais qui s’est peut-être réveillé trop tard. Froome vainqueur avec 1’12’’ d’avance, l’histoire retiendra que c’est à Zélande que le Tour s’est joué. Lors de cette 2e étape, une bordure a fait perdre 1’28’’ à Quintana. Chris Froome entre dans le club des doubles vainqueurs du Tour de France au terme d’une course qu’il l’a rendu plus fort mais pas forcément plus populaire.

Le Tour des Français : Pas de podium mais des étapes

Aucun malentendu. Seulement des histoires. Romain Bardet et Thibaut Pinot ont planté le décor d’une rivalité franco-française. On les oppose depuis qu’ils ont pris la relève des grands champions tricolores. Pour le moment ils gardent leur distance. A Mende, leur marquage dans le final leur a même coûté une victoire alors que l’espoir de peser sur le classement général s’était envolé au bout des dix premiers jours. Le plus abattu, Bardet s’en est relevé le premier. L’Auvergnat d’AG2R-La Mondiale courait après son premier succès sur le Tour. Il est arrivé à St-Jean-de-Maurienne, en solitaire. Ephémère maillot à pois à 24 heures de Paris, Bardet conclut sa Grande Boucle à une belle 9e place, meilleur combatif en prime. La bascule a sans doute eu lieu entre le vétéran Jean-Christophe Péraud et lui. Ambitieux au départ d’Utrecht, Thibaut Pinot a été plombé par sa première semaine. Ecrasé par la chaleur, le leader de la FDJ ne doit qu’à son seul courage sa rédemption sur les pentes de l’Alpe d’Huez. Attaquant dispersé, il a tout remis en ordre pour ce final grandiose qui sauve son Tour et celui de son équipe. C’est certainement ce qui a manqué à Pierre Rolland (Europcar), 10e du général mais sans l’étincelle pour claquer sa victoire comme en 2011 et en 2012. Si son équipe ne trouve pas de sponsor, il trouvera sûrement une belle porte de sortie. En attendant la victoire d’un Français sur un grand tour, d’autres pépites remontent à la surface du peloton. 8e de la Vuelta 2014, Warren Barguil s’est révélé comme l’étoile montante du cyclisme. Jusqu’à son jour sans à La Toussuire, le Breton titillait les pensionnaires du Top 10. 14e de ce Tour des costauds, c’est finalement pas si mal. Fraîcheur, courage, panache et belle gueule, il a déjà tout pour lui. Mention très spéciale également pour le puncheur d’Alexis Vuillermoz qui a ouvert le compteur tricolore à Mûr-de-Bretagne. Avec Mickael Cherel, 18e du général, AG2R s’est doté d’une belle ossature pour le futur. Quant à Tony Gallopin, il n’est pas encore prêt pour jouer la gagne sur une course de trois semaines. Solidement accroché au top 10 après les Pyrénées, il a finalement dévissé dans les Alpes et termine 31e à Paris sans avoir eu sa chance dans une étape.

Le Tour des sprinteurs : Greipel force 4, Sagan toujours vert

Christian Prudhomme n’avait pas fait un cadeau aux sprinteurs en programmant dix jours de plaine en début de Tour. De la plaine mais pas du plat. Il y avait très peu d’arrivées taillées pour les pur-sang du peloton. Sans Marcel Kittel, quadruple vainqueur d’étape en 2013 et 2014, la voie était libre pour son compatriote André Greipel. Il ne s’est pas privé de réaliser un carton plein. A chaque fois que les conditions étaient réunies pour faire parler sa puissance, le sprinteur de Lotto-Soudal a scoré. A Zélande, à Amiens, à Valence et à Paris, il a mis au pas ses rivaux dont Mark Cavendish, à qui il n’a laissé qu’une miette (Fougères), et le transparent Alexander Kristoff. S’il en est un qui est vert de rage, c’est bien Peter Sagan. A l’aise sur tous les terrains dans ce Tour des grimpeurs, le Slovaque s’est taillé la plus grosse part du gâteau mais sans la cerise. Comme l’an passé, il remporte le maillot vert, son quatrième de rang, sans gagner la moindre étape. Dans le top 5 de 11 étapes sur 21, le joyau de Tinkoff-Saxo a dû se contenter de 5 deuxièmes places. Pour un coureur qui a le sens du show, gagner grâce à sa régularité est presque un affront.

VIDEO : Le résumé du Tour 2015