Tour de France 2018 : Thomas - Froome, alors c'est qui le leader ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
Geraint Thomas dans la roue de Chris Froome (Sky) sur la 11e étape du Tour de France 2018

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Et si le principal adversaire de Christopher Froome venait de ses propres rangs ? Alors que les favoris misaient pour le moment sur une stratégie d’attentisme vis-à-vis du tenant du titre, le danger vient finalement de Geraint Thomas, son fidèle lieutenant vainqueur de la 11e étape et nouveau maillot jaune.

Méfiez-vous de vos ennemis, encore plus de vos amis. Voilà le genre de dicton qui pourrait seoir comme un gant à l’équipe Sky. Après la tourmente autour de Chris Froome et de son contrôle anormal, voilà que le sportif pourrait attirer de nouveaux nuages. Pour le moment, le Tour de France de l’équipe britannique a tout du long fleuve tranquille. Equipe surdimensionnée, train parfaitement organisé et mode lessiveuse activé pour la concurrence : la formation évoluait déjà comme si elle défendait le maillot jaune avant même de s’en être emparé. La voie royale pour un nouveau sacre alors ? Peut-être bien. A moins que le scénario d’une lutte interne avec Geraint Thomas ne prenne un peu plus d'ampleur. A la Rosière, Thomas s'est imposé en solitaire dans cette première arrivée au sommet, avec 20 secondes d'avance sur le Néerlandais Tom Dumoulin et son coéquipier Chris Froome.

Avec le Gallois en bras droit du quadruple vainqueur du Tour, l’équipe de Dave Brailsford dispose d’une seconde cartouche pour viser haut, très haut. Même Froome en convient, Geraint Thomas "donne des options". Et le classement général donne au moins autant d’arguments au coureur de 32 ans. Avec 1'25'' secondes sur Froome, Thomas a un petit matelas sur son leader et, par extension, sur les autres prétendants cette année.

Souviens-toi 20

Le natif de Cardiff a déjà prouvé, en plus de l'étape d'aujourd'hui, qu’il pouvait tenir la distance en montagne, le terrain de jeu des prochains jours pour le peloton. Vainqueur du général sur le Dauphiné, habitué du Top 20 sur le Tour en se dépouillant à chaque fois pour Froomey, Thomas peut légitimement avoir des ambitions personnelles. Surtout qu’à l’image de la dixième étape, les Castroviejo, Poels et autres Kwiatkowski sont déjà de sérieux atouts pour épuiser le peloton sans que Thomas ne se mette lui aussi nécessairement à la planche.

SI Nicolas Portal, directeur sportif de la Sky, assure haut et fort que le titre du leader n’est pas à revendiquer, Thomas ne se prive pas de susurrer son cas ces dernières semaines, sans pour autant assumer un quelconque crime de lèse-majesté. "Si je peux rester au contact, je le ferai" a-t-il assuré lors de la journée de repos. Ce, quelques jours après avoir admis que "porter le maillot jaune, ce serait sympa". Après tout, n’est-ce pas la posture que le même Christopher Froome a adopté au début des années 2010 pour mieux renverser Bradley Wiggins alors solide patron des Noir-et-Bleu ? L’un des principaux intéressés est en tout convaincu que la situation est idéale pour que Thomas puisse venir bousculer l’ordre établi au sein de la Sky, et a fortiori pour l’ensemble de la Grande Boucle.

Si Thomas prend le maillot jaune, la Sky aura un réel problème

Consultant pour Eurosport en Grande Bretagne sur ce Tour, Wiggins est formel, "si Geraint reste là où il est et prend le maillot jaune, ils auront un réel problème entre les mains". Et quand "Wigo" parle, on l’écoute, tant il connaît bien les rouages de la machine anglo-saxone. "Dave (Brailsford, le patron de la formation) leur dira qu’ils peuvent le gagner tous les deux, pour les motiver, mais aussi pour garder toutes ses cartes jusque tard dans la course. Il a tendance à servir ses intérêts. Pour lui, tout ce qui compte, c’est que l’équipe gagne, ce n’est pas une question d’individualités ou de personnalités."

Reste désormais à savoir jusqu’où osera aller Thomas. Tout d’abord, jusqu’où le Gallois pourra tenir, lui qui n’a jamais été dans une situation de force sur un tour de trois semaines, d’autant plus avec un chrono normalement favorable à Froome la veille de l’arrivée ? Et s’il peut tenir la roue du "Kenyan blanc", tentera-t-il de bouger pour secouer le reste des leaders et écrémer, quitte à mettre le numéro un des siens en difficulté ? Thomas n’a pas, semble-t-il, le profil d’un ambitieux aux dents longues, pas comme Froome en 2011 et 2012. Il a d'ailleurs réitéré ses ambitions de... Top 3 mercredi à l'arrivée de la Rosière. "Le podium, ce serait formidable pour moi, mais le but principal reste de gagner le Tour et Froomey reste notre meilleure carte. Si on me demande de rouler pour Chris, je roulerai pour lui."

La situation de la course pourrait toutefois les aiguiser, même si Froome martèle qu’il n’y aura "pas de tensions" dans ses rangs, prônant la communication entre son lui et son lieutenant. L’Alpe d’Huez jeudi, premier grand juge de paix de ce Tour 2018, devrait en dire long. D’autant plus que le bras droit est paré d’or, quand le supposé patron conserve ses habits normaux de tâcheron.