WIGGINS MAILLOT JAUNE
Bradley Wiggins a perdu pas moins de onze kilos pour gagner le Tour de France. | LIONEL BONAVENTURE / AFP

Des coureurs "pas obligés de ressembler à des cadavres"

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Leurs jambes font bien souvent la taille de vos bras. Leur masse graisseuse est en moyenne quatre fois inférieure à la nôtre. Les cyclistes du Tour de France sont, dans l'ensemble, minces. Certains sont même maigres à faire pâlir les mannequins des Fashion Weeks. Quand cette recherche constante d'une alimentation et donc d'un corps parfait ne sont pas bien encadrés par le staff d'une équipe, cela peut conduire à des dérives, voire à des pathologies comme l'anorexie.

« J'ai vu des coureurs qui voulaient ressembler à des cadavres ». Jean-Jacques Menuet est docteur chez Bretagne Séché-Environnement ; il est spécialiste dans la nutrition sportive et s'attache à ce que ses coureurs soient en forme, mais avant tout en bonne santé. Le peloton cherche par tous les moyens à réaliser les meilleures performances possibles. Cela passe par un matériel de bonne qualité, une préparation optimale… et un corps qui tient la route. « Les coureurs arrivent sur le Tour avec un pourcentage de masse graisseuse de 5 ou 6 %. Mais regardez les gens autour de vous, ils ont entre 25 et 40 %. Il y a une énorme différence », annonce Hubert Long, médecin d'Europcar.

"Essayez de dormir avec la faim, et vous y arriverez"

Chris Froome fait 69 kilos pour 1m86. Il confiait ceci en 2012 : « Essayez de dormir avec la faim, et vous y arriverez. Moi, c'est ce que je fais depuis trois ans ». Barguil, c'est 60 kilos pour une grande carcasse d'1m83. Une extrême maigreur, qui est contrôlée la plupart du temps par les équipes, mais qui peut tourner à la dérive. « J'ai vu des coureurs sauter des repas, boire des tisanes pendant trois jours, faire des jeûnes prolongés… Ils pètent un câble ensuite c'est pas possible. L'alimentation doit rester un plaisir. Je me bats avec mes coureurs pros et amateurs, ils ne sont pas obligés de ressembler à des cadavres pour réussir », déplore Jean-Jacques Menuet. Michael Rasmussen, l'ancien maillot jaune pris pour dopage, allait jusque donner à son directeur sportif sa chaîne qui était autour du cou, avant de monter les cols du Tour. Ce fameux bijou pesait seulement 25 grammes, mais 25 de trop pour le Danois. La course à la maigreur et au rapport poids-puissance parfait peut parfois tourner à l'obsession, et conduire à des pathologies telles que l'anorexie.

Des diététiciens et cuisiniers au service des équipes

Hubert Long est médecin depuis des décennies. Des coureurs anorexiques, il en a croisé : « J'ai eu des cas. Dans ces moments-là, il faut les sortir du système, et les réorienter vers une thérapie adéquate. Il faut veiller à la bonne alimentation des coureurs, pour les rendre performants. On est obligés de travailler sur ce paramètre, mais c'est aussi un danger. »

« Mais attention, il faut savoir qu'un coureur maigre n'est pas forcément un coureur qui n'a plus de muscle. On fait en sorte qu'il perde de la matière grasse, pas du muscle », prévient Jean-Jacques Menuet. Pour cela, toutes les équipes ont embauché ces dernières saisons des diététiciens, mais aussi des cuisiniers, qui préparent ainsi des repas adaptés à chaque coureur. Le but est de favoriser le rapport poids/puissance, décisif pour briller sur les routes du Tour. Le petit-déjeuner, les collations avant et après l'étape, ainsi que le dîner, sont donc étudiés et personnalisés selon les besoins de chacun.

Le Tour n'induit pas une course à la maigreur, mais au rapport poids/puissance parfait. Ce qui donne, au départ, des coureurs avec la peau sur les os, mais toujours (pour la plupart) en bonne santé.