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Le coureur français Romain Bardet (AG2R) s'est imposé en solitaire à Saint-Jean-de-Maurienne | AFP - JEFF PACHOUD

Encore un joli Tour signé Bardet et AG2R

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Brillante l’an passé, l’équipe AG2R La Mondiale a relevé le défi de s’illustrer de nouveau sur ce Tour de France 2015. Si les hommes de Vincent Lavenu n’ont cette fois pas pu monter sur l’un des podiums des Champs-Elysées, ils ont néanmoins montré quelques-uns des plus beaux visages de cette 102e édition. Après la première victoire d’étape d’Alexis Vuillermoz, Romain Bardet a symbolisé la réussite de la formation savoyarde en empochant un deuxième succès, en portant le maillot à pois une journée et en terminant dans le Top 10.

Le triomphe de l’année dernière mettait une inévitable pression sur l’équipe de Chambéry. La deuxième place de Jean-Christophe Péraud, la sixième de Romain Bardet, la victoire de Blel Kadri et le statut de meilleure équipe de ce Tour 2014, représentaient des objectifs colossaux avant l’entame de cette Grande Boucle. Cette fois encore, Vincent Lavenu s’était donné des objectifs « ambitieux mais raisonnables », en visant deux places dans le Top 5. Mais comme souvent, les aléas de la course l’ont obligé à revoir ses objectifs.

Alors que tous les projecteurs étaient braqués sur Romain Bardet et Jean-Christophe Péraud, c’est Alexis Vuillermoz qui a surgi -devant Chris Froome- du Mûr de Bretagne. Epaté par l’exploit de son « loustic » lors de cette 8e étape, Vincent Lavenu ne pouvait être que soulagé d’avoir déjà signé un joli coup. Et même si le Jurassien admet lui-même avoir « mis un certain temps à digérer (sa) victoire », la mécanique était lancée. Il suffisait de voir l’ambiance qui régnait ce soir-là dans leur hôtel à Vannes, pour comprendre que cette bande de potes avait envie d’aller encore plus loin. 

Riblon et Péraud à l'arrivée du contre-la-montre
Riblon et Péraud à l'arrivée du contre-la-montre

Un vrai groupe

Car comme le dit Christophe Riblon, « on a créé un vrai groupe, on s’entend bien. On travaille depuis de nombreuses années ensemble, et cela se ressent quand on garde le même noyau ». C’est aussi ce qui caractérise l’équipe construite par Lavenu et son Directeur Sportif Julien Jurdie. Même s’il y a eu quelques changements par rapport à l’équipe du Tour de l’an dernier, les cadres et les leaders sont restés. « C’est quelque chose d’important si l’on veut continuer à progresser et avoir des résultats », estime Riblon.

Malgré cette cohésion, cette envie de bien faire entrevue notamment dans le contre-la-montre par équipes, lorsque justement Riblon avait félicité un par un ses coéquipiers, l’équipe AG2R a vu le vent tourner. Des leaders loin au général, les abandons de Ben Gastauer et Johan Van Summeren dans les Pyrénées avaient obligé Lavenu à « revoir ses objectifs à la baisse ». Et lorsque Jean-Christophe Péraud qui n’était déjà pas au mieux a chuté, on a bien cru que ce Tour serait loin d’être au niveau du précédent. Mais la force de caractère de Péraud a montré la voie, et toute l’équipe a tenu. 

Jean-Christophe Péraud et ses blessures
Jean-Christophe Péraud et ses blessures

Tous au service de Bardet

« On n’a jamais baissé les bras, même après les premières difficultés dans les Pyrénées. Les coureurs ont su rebondir », s’est félicité Vincent Lavenu. Péraud n’étant plus opérationnel, tous les espoirs se sont alors tournés vers l’autre leader, Romain Bardet. Peu en verve en début de Tour, il a pu compter sur le soutien de tous ses coéquipiers. Vuillermoz, Riblon, Jan Bakelants, Mikaël Chérel et Damien Gaudin se sont tous mis au service de leur leader. Et les efforts sans compter de ses potes lui ont permis d’aborder les Alpes dans les meilleures conditions.

« Si on m’avait dit après les Pyrénées que je ferais une fin de Tour comme celle-ci, j’aurais signé des deux mains ! », expliquait Bardet après l’étape de l’Alpe d’Huez. Vainqueur avec panache deux jours plus tôt de la 18e étape, le natif de Brioude savourait à ce moment encore les derniers instants avec le maillot à pois sur les épaules. C’est peut-être le plus grand regret de Lavenu en cette fin de Tour, même si ce maillot distinctif « s’est joué avec les meilleurs, à la pédale ». 

Alexis Vuillermoz, vainqueur ici à Mûr-de-Bretagne
Alexis Vuillermoz, vainqueur ici à Mûr-de-Bretagne

Un avenir prome​tteur

Comme le résume Mikaël Cherel, le bilan d’AG2R est « excellent ». « On a encore vécu une super aventure, tous ensemble, et on a pris beaucoup de plaisir », confirme le Normand. « La pression était là, c’est sûr. C’était difficile de faire aussi bien que l’an passé, on le savait. On avait un groupe soudé, uni, et de très haut niveau. Donc on n’avait aucune raison que l’on ne réussisse pas notre Tour cette année », résume-t-il. Sa situation personnelle résume d’ailleurs parfaitement l’état d’esprit de cette équipe. « Moi, je suis là pour aider Romain, je suis équipier », rappelle-t-il, ce qui ne l’a pas empêché d’intégrer le Top 20, tout comme Bakelants.

Cette édition 2015 étant désormais terminée, il faut d’ores et déjà plancher sur l’avenir, un avenir qui s’annonce plutôt positif. Avec un centre de formation qui lui a notamment permis de mettre en selle Romain Bardet (qui n’a que 25 ans), des partenaires financiers (AG2R et Focus) qui ont renouvelé leur contrat pour quatre ans, Vincent Lavenu peut « espérer des perspectives intéressantes ». La base de son équipe, « le noyau dur » comme l’appelle Riblon, est solide. La retraite annoncée de Péraud va forcément obliger à faire de nouveaux choix, mais à ce niveau, l’équipe de Chambéry a rarement déçu.

Romain Bonte