Emilien Jacquelin : "Mon rêve d'enfance, c'était de courir le Tour de France"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Vincent Daheron
Jacquelin
Emilien Jacquelin, l'un des meilleurs biathlètes français. | AFP

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Né à Grenoble et originaire de Villard-de-Lans, où il habite encore, le biathlète Emilien Jacquelin vivra au plus près la 16e étape du Tour de France qui arrive dans sa ville. Passionné de cyclisme depuis sa tendre enfance, le champion du Monde 2020 de la poursuite pratique très régulièrement un sport qu'il avoue préférer, parfois, au biathlon. Entretien avec un skieur à la culture vélo sans limites.

Quel est votre rapport au cyclisme ?
Emilien Jacquelin :
« Le sport en lui-même, je l'affectionne depuis tout petit, j’ai été bercé par le Tour de France. Je suis né en plein mois de juillet donc j’ai ce rapport-là, où chaque année, en même temps de fêter mon anniversaire, je célébrais la Grande Boucle. J’ai jamais raté une édition, j’ai grandi avec et ces grands champions m’ont donné envie de pratiquer ce sport, parce que j’ai pratiqué le VTT puis le vélo de route de mes 7 ans à mes 18 ans. Aujourd’hui, le cyclisme reste mon sport favori et je prends autant de plaisir à le regarder qu’à le pratiquer. »

C’était votre premier sport ?
EJ :
« C'était le premier. Après, habitant en montagne j’ai très vite chaussé les skis mais finalement mon choix de cœur c’était le vélo et particulièrement le VTT à ce jeune âge où c’était bien plus facile de parcourir les chemins que les routes. »

"J’adore le ski de fond mais c’est vrai que je m’épanouis encore plus sur un vélo"

Vous avez dit que c’était votre sport favori, c’est-à-dire que vous préférez le cyclisme au ski ?
EJ :
« De base, c’était le cas. Lors de mon année en troisième, j’avais décidé d’arrêter le ski de fond pour me dédier au cyclisme et malheureusement j’ai contracté une mononucléose et ça ne s’était pas passé comme je le voulais. On m’avait proposé d’intégrer le pôle espoir de ski de fond sur Villard-de-Lans donc je me suis dit que c’était un coup du destin et que j’étais pas trop fait pour le vélo. Bien sûr j’adore le ski de fond mais c’est vrai que je m’épanouis encore plus sur un vélo. J’ai cette sensation de liberté de pouvoir aller où je veux, chose qui est assez restreinte en ski de fond puisque ça s’arrête aux pistes qui sont damées alors que le choix est illimité en vélo. »

A quelle fréquence pratiquez-vous encore le cyclisme ?
EJ :
« La fréquence baisse d’année en année puisque le but, comme dans chaque sport de haut niveau, est de faire de plus en plus d’entraînements spécifiques et nous, l’été, ça reste du ski roues. Je fais encore entre une à trois fois du vélo par semaine. Maintenant, ce sont soit des grosses séances de 4 heures ou alors des petites séances de récupération qui vont durer entre 2 et 3 heures. Ça me permet de continuer à vivre ma passion et me faire plaisir. »

Le cyclisme est intégré dans votre préparation ? C’est complémentaire du ski de fond ?
EJ :
« Totalement. On a de la chance de ne pas faire que du ski roues quand on s’entraîne du 1er au 30 novembre avant le début des courses. On fait de la musculation, de la course à pied et donc du vélo. Le vélo est partie intégrante de notre préparation car c’est important de faire beaucoup d’heures d’entraînements à basse intensité pour travailler la caisse et faire des heures pour se préparer pour l’hiver. Le vélo s’y prête forcément. On peut faire d’intensité le matin en ski roues et pour de la récupération, on va plutôt choisir le vélo que la course à pied car c’est un sport où on est vite impacté musculairement et au niveau des articulations. »

Est-ce qu’il y a d’autres passionnés de cyclisme dans l’équipe de France ?
EJ :
« Je pense à Antonin Guigonnat qui adore encore plus le VTT donc on partage beaucoup. On parle biathlon mais on parle aussi pas mal de vélo, de matériel. C’est toujours chouette de faire du vélo en équipe, on a des passions communes hormis le biathlon donc on passe des entraînements où on se libère la tête tout en s’entraînant. »

Emilien Jacquelin, champion du Monde 2020 de la poursuite en biathlon.
Emilien Jacquelin, champion du Monde 2020 de la poursuite en biathlon. © AFP

Quels sont les souvenirs du Tour de France les plus marquants pour vous ?
EJ :
« Il y a une édition qui m’a vraiment marqué et où j’ai ressenti que j’aimais vraiment ce sport, c’est le Tour de France 2003. Bon avec du recul, je sais très bien qu’il y avait beaucoup de chaudières à cette époques (rires). Mais c’est un Tour qui m’avait marqué parce qu’il y avait énormément de rebondissements : je pense à l’étape de Gap avec la chute de Joseba Beloki, le courage de Tyler Hamilton de continuer le Tour avec une clavicule cassée, l’échappée de Sylvain Chavanel reprise par Lance Armstrong, le duel avec Jan Ullrich, sa chute au contre-la-montre… C’était un Tour d’anthologie, en plus pour le centenaire de la Grande Boucle. Dernièrement, les belles victoires d’étapes de Thibaut Pinot ou Romain Bardet étaient vraiment des moments forts en émotions, qui me donnent beaucoup d’énergie dans ma préparation. »

Habitant à Villard-de-Lans, le Tour passe tous les étés dans la région, c’est aussi une façon d’être encore plus proche du cyclisme ? Vous alliez souvent sur le bord des routes ?
EJ :
« J’essayais d’aller sur le bord des routes, malheureusement depuis mes 17 ans, quand j’ai choisi le biathlon, j’ai tout le temps été en stage lorsque le Tour de France passait soit à l’Alpe d’Huez, soit dans le coin. En tout cas, j’étais présent en 2004 lorsque le Tour de France était arrivé sur Villard-de-Lans. C’était un chouette moment même si ce que je me rappelle surtout, c’est Lance Armstrong qui avait été hué parce qu’il venait de reprendre le maillot jaune à Thomas Voeckler. Le fait de vivre dans les Alpes, on a un sentiment de proximité encore plus fort avec le Tour de France. On sait que chaque année il ne passera pas très loin de chez nous. C’est un événement qui est particulier et je pense l’ensemble des habitants du Vercors et de Villard-de-Lans sont très heureux de revoir le Tour sur le plateau (du Vercors) cette année.

"Quand j’étais plus jeune, je faisais croire à l’entraîneur que j’allais m’entraîner (...) et je retournais devant la télé pour suivre l’étape"

Vous êtes souvent en entraînement quand l’étape arrive, comment vous suivez la course ?
EJ : 
« L’habitude que j’ai prise depuis pas mal d'années, c’est de regarder l’étape et de partir m’entraîner après l’arrivée. Quand j’étais plus jeune, ça m’arrivait en stage de faire croire à l’entraîneur que j’allais m’entraîner et finalement je faisais que trente minutes  et je retournais devant la télé pour continuer à suivre l’étape. C’est plus le cas aujourd’hui mais oui, l’entraînement est lié au Tour de France parce que je m’adapte aux horaires d’arrivée. Là, en stage, c’est un petit peu plus dur parce que je ne suis pas le seul dans l’équipe (rires). Par exemple, on a fait une séance de musculation avant-hier (mardi dernier), et on n’a pas raté l’arrivée au sprint. J’ai raté l’étape d’hier (mercredi dernier) mais je pense que c’était pas la plus passionnante. Pour les prochaines étapes, c’est certain que je regarderai l’arrivée et pendant les siestes, même si c’est du plat, même s’il ne se passe pas grand chose, j’adore regarder. »

Quels sont les coureurs qui vous ont fait rêver ?
EJ :
« Le premier nom que me vient en tête c’est Marco Pantani, surtout pour le panache. Je trouvais qu’il sortait un peu des règles du cyclisme de l’époque. Il osait attaquer là où personne ne l’avait fait. Je pense à l’étape des Deux Alpes en 1998 où il part dans le Galibier pour aller gagner aux Deux Alpes, je pense que c’est l’une des étapes les plus marquantes du Tour de France. Son panache m’a beaucoup marqué même si j’étais très jeune. Il m’a donné envie de suivre le vélo, et j’étais très ému de sa disparition en 2004 même si j’avais neuf ans. C’est surtout ça que je regarde dans le vélo, ce sont des coureurs qui ont du panache, qui osent attaquer et ne pas regarder leur capteur de puissance. Des athlètes comme Thibaut Pinot ou Vincenzo Nibali sont des coureurs que j’adore, même Mathieu Van der Poel aujourd’hui. Ce sont des coureurs que j’affectionne et que j’adore regarder courir. »

Justement, des coureurs comme Mathieu Van der Poel ou Remco Evenepoel qui attaquent parfois à plus de 50 kilomètres de l’arrivée. Cette nouvelle génération vous plaît ?
EJ :
« Oui clairement, on voit une nouvelle génération qui a beaucoup moins de complexes, c’est le cas de manière générale, même hors du sport. Sur le Tour, Pogacar qui ose se confronter aux plus grands, ce sont des comportements chouettes à voir. Ils ont zéro complexe. Un Mathieu Van der Poel, c’est tout simplement incroyable ce qu’il arrive à faire sur toutes les disciplines. Remco Evenepoel c’est assez dingue, c’est même parfois frustrant parce qu’il est tellement écœurant à partir à 70 bornes de l’arrivée que derrière il n’y a plus trop de suspense. »

On vous a vu très heureux pour la victoire de votre ami Nans Peters, vous roulez souvent ensemble ?
EJ :
« On ne roule pas souvent ensemble parce que nos calendriers nous en empêchent mais on a fait la reconnaissance de l’étape de Villard-de-Lans ensemble. On suit nos carrières respectives, on s’envoie pas mal de news fréquemment. J’était très heureux pour lui parce que Nans, c’est quelqu’un qui a toujours travaillé. Je l’ai rencontré à 13, 14 ans, on courrait sur des courses départementales et régionales ensemble et déjà il était très fort, mais ce n’était pas le plus talentueux. Il a toujours été dans le travail pour arriver à ce niveau. C’est toujours d’autant plus de satisfactions quand des gars comme Nans, qui partagent de belles valeurs et sont des besogneux, gagnent. »

Que pensez vous de cette montée de Saint-Nizier du Moucherotte avant l’arrivée à Villard-de-Lans ?
EJ :
« Ce n’est pas un col très compliqué, c’est très roulant. Lorsque j’ai fait la reconnaissance, c’était la chaleur qui était plus difficile à gérer parce que c’est un col qui est pas mal au soleil, il y a peu d’endroits ombragés. Ensuite, la montée de la Côte 2000 est assez courte, le premier kilomètre est à plus de 10% et ce qui peut être casse-pattes, c’est l’enchaînement entre Saint-Nizier et cette côte, il y a un bon replat d’une quinzaine de kilomètres où il faut vraiment envoyer, ça va aller très vite. Il peut aussi y avoir du vent de face. Et cette petite côte punchy peut faire mal à certains coureurs donc il peut y avoir de petites surprises. »

Est-ce que vous y serez à cette arrivée à Villard-de-Lans ?
EJ :
« Bien sûr, j’y serai. Je vais vivre toute l’étape dans la voiture ASO et ensuite je serai à l’arrivée. C’est beaucoup de fierté et de plaisir d’avoir été invité par ASO parce que mon rêve d’enfance c’était de courir le Tour, alors je ne vais pas le courir mais je serai avec les coureurs, ce sera un bon moment. »

Qui voyez-vous gagnez à Villard-de-Lans ?
EJ :
« Ce qui est certain, c’est qu’une échappée va aller au bout. On sera au lendemain d’un jour de repos, il y aura des étapes de montagne qui seront passées avant et après ce sera les plus grosses donc je pense que les leaders vont laisser filer l’échappée et je vois bien des gars comme Thomas De Gendt, je vois bien Nans encore partir en échappée. L’échappée sera conséquente. L’étape sera pas la plus dure mais avec plus de 3000 m de dénivelé positif, il faudra encore être frais et avoir des qualités de puncheur pour tirer son épingle du jeu sur la Côte 2000. »