portrait Christopher Froome Sky
Christopher Froome (Sky) | KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Christopher Froome entre ombres et lumière

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A 30 ans, Christopher Froome a remporté, ce dimanche, son deuxième Tour de France. Un Tour sur lequel le leader britannique de la Team Sky a une fois de plus prouvé sa supériorité face aux grands Contador, Nibali et Quintana. Un Tour sur lequel il a remporté une étape et déclenché une grande polémique. Un Tour sur lequel son équipe et lui ont dû faire face à des critiques permanentes. Portrait de celui que l’on surnomme le Kényan blanc, grand champion pour certains, véritable imposteur pour d’autres.

La victoire d’un homme

La victoire de Christopher Froome, ce dimanche, est la victoire d’un homme discret mais affable, ultra-médiatisé mais pourtant peu connu. Né en 1985 au Kénya, Froome a vécu 15 ans dans ce pays d’Afrique de l’Est avant de s’installer en Afrique du Sud puis de gagner la Grande-Bretagne. Le vélo, Christopher Froome s’y est tout d’abord frotté via le mountain bike. Avant de rapidement passer à la route. Après des débuts professionnels dans l’équipe Konica Minolta, il a passé deux saisons dans les rangs de la formation Barloworld puis s’est engagé avec la Sky en 2010. C’est sous les couleurs de l’équipe de Dave Brailsford que « Froomy » a remporté ses plus belles victoires : le Dauphiné (2013 et 2015), le Tour de Romandie (2013 et 2014) et le Tour de France. A deux reprises. En 2013 et cette année.

Avec son style très particulier –  un corps dodelinant et une cadence de pédalage très rapide en montagne - Froome a une fois de plus mâté la concurrence, sachant la garder à bonne distance au classement général. Même lors de l’ultime étape alpestre où le Colombien Nairo Quintana, son dauphin, a réalisé un joli numéro dans l’Alpe d’Huez en larguant le leader de la Sky. Mais si le petit grimpeur de la Movistar a suscité, ce jour-là, bien des espoirs dans son camp, ceux-ci ont rapidement été déçus.  Rien à faire en effet : Froome a conservé le maillot jaune pour 1’12’’. Il l’aura arboré pendant 16 jours, ne laissant que trois autres coureurs revêtir le maillot tant convoité (Rohan Dennis, Fabian Cancellara et Tony Martin). Ce coup-ci, il repart également avec le maillot de meilleur grimpeur mais avec seulement une victoire d’étape – à la Pierre-Saint-Martin – contre 3 en 2013.

La victoire d’une équipe

Ce succès, s’il revient bien évidemment à Froome, c’est aussi la victoire d’une équipe : la Team Sky. Le collectif de la formation de Dave Brailsford s’est en effet montré particulièrement efficace pour épauler quotidiennement son leader dans la quête de son deuxième succès. On pense bien évidemment à son fidèle lieutenant Richie Porte. Initialement équipier de Bradley Wiggins, le coureur australien, n’a pas été avare en efforts, notamment quand  il s’est agi de faire gagner Christopher Froome à la Pierre-Saint-Martin. Ce jour-là, Porte, dont le palmarès personnel n’est pas exempt de jolies victoires, s’est même offert le luxe de coiffer au poteau Nairo Quintana pour prendre la deuxième place de l’étape. Rien que ça.

Outre Richie Porte, Froome a également pu compter sur Geraint Thomas. Impérial sur les pavés, impressionnant en montagne, le Gallois, ex-Barloworld comme Froome, a connu une progression fulgurante ces dernières années et en a largement fait profiter « Froomy ».  « Il a été fantastique sur les pavés, dans le vent, la pluie. Il termine les Pyrénées avec moi. Bientôt, il pourra être leader sur un Grand Tour », affirmait le Britannique il y a quelques jours dans les colonnes de L’Equipe. L’Irlandais Nicolas Roche et le Néerlandais Wouter Poels ont, eux aussi, apporté leur pierre à l’édifice Sky. Même si ce fût de manière un peu plus « discrète » que leurs deux compères.

Le spectre du dopage

Les performances de Christopher Froome et l’indéfectible soutien de son équipe ont cependant été mis à mal pendant ce Tour 2015. Si le spectre du dopage poursuit Christopher Froome depuis quelques années, et notamment depuis son ascension du Mont Ventoux en 2013, les détracteurs du coureur britannique s’en sont donnés à cœur joie pendant les trois semaines de course. La polémique a été relancée à l’occasion de la 10e étape dont le final – inédit – se courait dans les 15,3 km d’ascension vers la station pyrénéenne de la Pierre-Saint-Martin.  A 6 km du sommet, Froome a lancé une violente attaque à laquelle Nairo Quintana n’a pu répondre. A l’arrivée, le Britannique comptait 1’04’’ d’avance sur le jeune Colombien et était instantanément accusé – de manière suspecte pour certains – d’avoir « tué le Tour ».

Médias, consultants, tous y ont été de leurs critiques parfois assassines, de leur Une agressives. Sur les réseaux sociaux, spécialistes de la petite reine et néofites se sont payés Froome à grands renforts de statuts accusateurs. La palme revient sans doute à Antoine Vayer, chroniqueur au Monde et ex-entraîneur de Festina :

Face à cette ascension de la Pierre-Saint-Martin, les experts ont été appelés à réagir, à argumenter à grand renfort de formules mathématiques. Et pendant plusieurs jours, de nombreux spécialistes des calculs de puissance physique se sont relayés dans les médias. De son côté, Dave Brailsford, manager de la Team Sky, est resté serein - presque froid -  affirmant que, oui, « Chris a une physiologie spéciale » mais que, non, « il ne triche pas ». Afin de mettre fin aux spéculations, il a décidé, quelques jours plus tard, de rendre publiques les chiffres de la puissance développée par son coureur. Mais trop tard : la polémique était en marche.

« Dans le futur, je peux regarder pour faire davantage de tests physiologiques, mais, encore une fois, je ne crois pas que ça changera l’opinion de ceux qui se sont déjà fait une idée », a estimé Christopher Froome dans une interview publiée par le quotidien L’Equipe. Celui qui, comme le reste de son équipe, se plie aux nombreux contrôles antidopage imposés à l’ensemble du peloton, ne pensait  pas - de manière un peu naïve peut-être - « être accueilli avec tant de négativité ».

Beaucoup de mystères

Alors, dopé ou pas ? Pour le moment, personne n’a de preuves – médicales ou mécaniques - mais tout le monde semble avoir un avis. Résultat, Christopher Froome a été victime de comportements assez déplorables (crachats, jet d’urine) sur les routes du Tour. Et continue d’être l’objet de toutes les supputations : vélo mécanique, dopage ultra moderne, caisson hypoxiques en guise de lit. Et même s’il se dit prêt à accueillir un expert de l’UCI afin qu’il puisse voir comment travaille son équipe, Dave Brailsfrod est le premier à entretenir une image un peu nébuleuse de son équipe. Avec lui, « tout est calculé, il n’y a pas d’émotion, affirme l’ancien coureur David Millar dans L'Equipe. (…) Pour moi, il est fougueusement impitoyable, à la fois passionné et sans pitié ». Pour Paul Kimmage, ancien coureur des années 80, le constat est plus lapidaire : « Sa priorité N.1 est de gagner, mais pas de savoir comment il va le faire ».

En attendant d’en savoir plus sur les méthodes de la Sky pour être devenue en 5 ans la plus grosse écurie du peloton, Christopher Froome risque de devoir encore faire face aux critiques, au fur et à mesure de ses futurs exploits. Et d’être traité différemment, regardé comme un extra-terrestre. Mais, au-delà de toutes considérations de dopage (ou pas), n’est-ce pas là le propre des champions ? Car, jusqu'à preuve du contraire, c'est ce qu'il est. Et son palmarès parle pour lui : 6 victoires d'étapes sur des grands Tours, 2 titres sur le Dauphiné et le Tour de Romandie et, depuis aujourd'hui, 2 titres sur la Grande Boucle. 

Isabelle Trancoën