Christian Prudhomme
Christian Prudhomme a été bluffé le public anglais au bord des routes | YUZURU SUNADA / BELGA MAG / BELGA/AFP

Christian Prudhomme : "Le Tour le plus ouvert depuis des années"

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Juste avant la première journée de repos, Christian Prudhomme, le directeur de la Grande Boucle, a confié à Francetvsport.fr son ressenti sur la première partie de la course. Il retient d’abord le grand départ "absolument dingue" en Angleterre, et annonce qu’il risque d’y avoir "de vraies surprises" au général à Paris.

Quel bilan tirez-vous de ces dix premiers jours de course?
Christian Prudhomme : "J’ai d’abord été, comme tout le monde, très enthousiasmé par le grand départ et époustouflé par les images des foules innombrables. C’était une vision incroyable. Le développement du vélo et la passion pour le Tour de France au Royaume-Uni sont absolument phénoménaux et ont éclaté au visage de tout le monde. En général, quand un grand départ se passe bien, il lance aussi le Tour sur le plan sportif : ça a été le cas. Outre l’aspect populaire, il y a une course très, très dense : les coureurs ont non seulement utilisé le parcours selon leurs qualités, mais ils l’ont aussi magnifié. Dans l’étape de Sheffield, dans l’étape des pavés évidemment et dans les Vosges, tout ce qu’on a mis sur le parcours avec Thierry Gouvenou (le directeur de course, ndlr), a été utilisé par les coureurs. C’est sans doute le Tour le plus ouvert depuis des années."

Le grand départ dans le Yorkshire a-t-il dépassé vos attentes?
CP : "Bien sûr. C’était dingue, absolument dingue. Pour comprendre, il faut remonter au départ inoubliable du Tour de France 2007 à  Londres. A ce moment-là, on s’était dit qu’on reviendrait en Angleterre dix ans après. Sauf qu’il y a eu la première victoire d’un Britannique sur le Tour, Bradley Wiggins en 2012, qui a déclenché un enthousiasme phénoménal pour le vélo sur route. Il fallait donc être au plus près de la victoire d’un Anglais, et le plus près, c’était 2014. On s’attendait à un vrai succès populaire, mais pas à ce point-là. C’était un mur de bruit pendant trois jours. Quand on s’arrêtait pour notre 'pause technique' quotidienne, je me disais, 'mais qu’est ce que j’ai aux oreilles ?' C’était une Alpe d’Huez sur 200 kilomètres."

Était-ce semblable au grand départ d’il y a sept ans à Londres?
CP : "En 2007, il y avait un monde fou, mais ils ne faisaient pas de bruit.  Même si les racines de la discipline sont au Yorkshire, ce n’était pas encore une nation de cyclisme sur route : Cavendish n’avait pas encore gagné une seule de ses 25 étapes, Wiggins était déjà champion olympique sur piste mais n’était qu’un bon rouleur sur route, et Froome n’avait même pas encore mis les pieds en Europe ! Sept ans après, c’est un autre monde. Avec Gary Verity, le patron du ‘Welcome to Yorkshire’, nous avons reçu les félicitations de David Cameron, le Premier ministre britannique, que j’ai données à François Hollande lors de sa visite. Il a plaisanté en disant : 'merci au Tour de France, car ce n’est pas tous les jours que je reçois les félicitations de Cameron !' "

Certains coureurs ont regretté qu’avec cette ferveur, les routes soient devenues dangereuses…
CP : "Les premières étapes du Tour sont toujours très, très nerveuses. Et ça n’aide pas quand il y a beaucoup de monde. Malgré tout, je tiens à noter que le public britannique était incroyablement discipliné. Quand on passe des messages -on en passe beaucoup et il faut que les médias continuent à les passer-, ils sont écoutés à 99%. Si les millions de personnes au bord des routes n’avaient pas été disciplinées, il y aurait eu des vrais soucis. A la marge il y a toujours quelque chose, mais si on va demander aux coureurs ce qu’ils ont pensé du grand départ au Yorkshire, ils vont tous dire : 'c’était exceptionnel' et n’auront qu’une envie : revivre ça."

-Comment avez-vous réagi à l’abandon de Froome (*) qui avait reçu un superbe accueil dans son pays?
CP : "C’est vrai qu’il avait reçu un accueil extraordinaire en Angleterre, mais je crois que la star, c’est d’abord le Tour de France. Voir tant de gens en jaune, entendre tant de fois le mot 'France'  prononcé en Angleterre… Il y a une énorme fierté à avoir fait la Une d’un journal comme le Times, qui a réservé une double-page couleur titrée 'vive le Tour'. Le Times ! On est bien au-delà de l’événement sportif. Bien au-delà. Sur le plan de la compétition, sans Froome, je crois qu’il peut y avoir de vraies surprises."

Et les Français? Y en a-t-il un qui peut prétendre à la victoire finale?
C.P. : "Sans doute pas dès cette année, en revanche, il y a une grosse densité. Les Français sont au moins aussi bien que ce qu’on pouvait imaginer. Au départ du Tour, je disais que quatre coureurs français peuvent finir dans le Top 10. Dix jours après, avec en plus le maillot jaune de Gallopin et Kadri qui gagne une étape, cela semble plus que possible.

Gallopin leader pour la Fête Nationale, c’est un joli symbole…
CP: (il s’exclame) "Un Français en jaune ! Un 14 juillet ! C’est bien, il est talentueux, il est beau gosse, sa fiancée (Marion Rousse, ndlr) est jolie comme un cœur, ses parents étaient là à côté… au-delà du maillot jaune, il y avait une émotion incroyable dimanche. Toute sa famille était là le jour où il prend la tête du général. C’était touchant et hyper frais. C’est une très belle histoire."

* Entretien réalisé quelques heures avant l'abandon d'Alberto Contador

Gaétan Scherrer @GaetanScherrer