Ça s'est passé un 23 juillet 1978 : Première participation et première victoire pour Bernard Hinault sur le Tour de France

Publié le , modifié le

Auteur·e : Paul Giffard
Bernard Hinault
Le cycliste français Bernard Hinault pose avec le maillot jaune après avoir remporté le 65ème Tour de France | AFP

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Ce 23 juillet 1978 marque le début d'une suprématie sur le Tour de France. La France et le monde du cyclisme découvrent alors un jeune gamin surdoué, Bernard Hinault. Pour sa toute première participation sur la Grande Boucle, le natif d'Yffiniac (Côtes-d'Armor) remporte le maillot jaune à l'issue des trois semaines. Il s'agit de son premier succès dans la plus grande course du monde, mais loin d'être le dernier. Récit.

Bernard Hinault ne pouvait pas rêver mieux pour une première sur le Tour de France. "C'est la première fois de ma vie que je vais le prendre, pour moi c'est une très très grande joie", déclare alors le Breton, seulement âgé de 23 ans. Le 23 juillet 1978, au terme de la 65e édition, il arrive avec le maillot jaune sur la plus belle avenue du monde, les Champs-Élysées. Non aligné l'année d'avant, Hinault est sorti de son terrier au meilleur des moments, tel un "blaireau" comme on le surnommera par la suite. Le cycliste tricolore peut alors savourer.

Victorieux de trois étapes de la Grande Boucle, dont le contre-la-montre décisif, le coureur de Renault-Gitane domine largement le classement général à l'issue des trois semaines de compétitions devant Joop Zoetemelk (Miko-Mercier-Hutchinson), relégué à 3 min 56 s et Joaquim Agostinho (Flandria-Velda) qui pointe à 6 min 54 s. Une domination sans partage d'un talent précoce, d'un phénomène du cyclisme mondial, considéré par la suite comme l'un des plus grands champions de l'histoire du sport français. 

Bernard Hinault avec le maillot jaune sur les épaules lors de la dernière étape du Tour de France 1978
Bernard Hinault avec le maillot jaune sur les épaules lors de la dernière étape du Tour de France 1978 © STAFF / AFP

"Il ne se passera rien d'essentiel avant la première épreuve contre-la-montre"

La légende Eddy Merckx vient de prendre sa retraite sportive, Luis Ocaña et Raymond Poulidor en ont fait de même à l'automne 1977, la route vers la victoire est toute tracée pour le Français. D'autant plus qu'il est le champion de France et le vainqueur sur le Tour d'Espagne en titre. Mais de nombreux concurrents sont présents sur cette 65e édition. Le maillot jaune sortant Bernard Thévenet (Peugeot-Esso-Michelin), fragilisé par une maladie du foie à l'hiver, figure bien sur la liste de départ. Tout comme les Belges Michel Pollentier (Flandria-Velda-Lano), tout juste vainqueur du Critérium du Dauphiné libéré, et Lucien Van Impe (C&A). Sans oublier les Néerlandais Joop Zoetemelk (Gan Mercier) et Hennie Kuiper (Ti-Raleigh).

"Il ne se passera rien d'essentiel avant la première épreuve contre-la-montre. La course se jouera ensuite dans la montagne", annonce Bernard Hinault après le prologue. Cochée par la pépite qui va répondre présent en empochant le contre-la-montre individuel lors de la 8e étape. Le Breton revient à la 4e place au général et met hors course, pour la victoire finale Van Impe, Kuiper et Thévenet. Premier tournant dans ce Tour de France marqué par une action forte. 

Un homme de caractère

Le 12 juillet se distingue par une grève menée par l'ensemble des coureurs. Le champion de France est en première ligne. "À partir du moment où nous devenons un leader, on se doit de défendre tous les coureurs cyclistes, pas simplement ceux de votre équipe." Le peloton est excédé par les horaires invraisemblables. C'est pourquoi, il roule sur un rythme de sénateur avant de terminer à pied. Résultat, pas de vainqueur mais la France découvre un homme de caractère. 

Bernard Hinault mène le peloton de coureurs "piétons" lors de l'arrivée à pied de la 12e étape entre Tarbes et Valence d'Agen
Bernard Hinault mène le peloton de coureurs "piétons" lors de l'arrivée à pied de la 12e étape entre Tarbes et Valence d'Agen © STF / AFP

À l'agonie après le deuxième contre-la-montre de la Grand Boucle où il terminera sous oxygène, il va faire parler ses cuisses pour s'imposer au sprint lors de la 15e étape reliant Saint-Dier-d'Auvergne à Saint-Étienne (196 km). Le lendemain, Pollentier récupère un temps le maillot jaune mais est exclu pour avoir tenté de frauder le contrôle antidopage. Désormais à 14 secondes du leader Zoetemelk, Hinault a rendez-vous avec l'histoire lors du troisième et dernier contre-la-montre.

Jacques Anquetil, Eddy Merckx et maintenant Bernard Hinault

Entre Metz et Nancy, le Tricolore va mettre tout le monde d'accord. Sur une étape longue de 72 km, il en aura fallu que 10 pour que le retard au général soit comblé. Faisant preuve d'une gestion parfaite, le natif d'Yffiniac va prendre le fauteuil de leader avec plus de 3 minutes d'avance sur son dauphin. Le Tour est désormais plié. 

Conscient qu'il ne reviendra pas, le Hollandais s'avoue vaincu. "Une fois de plus, j’ai eu affaire à un très grand coureur. Lui gagnera encore plusieurs fois le Tour. Moi jamais ! Après 50 km, j’ai su que tout était consommé et en pareil cas, les jambes commencent à ne plus répondre", confie le vaincu. Sur les Champs-Élysées, Bernard Hinault franchit la ligne d'arrivée devant une foule acquise à sa cause. L'homme qu'on ne surnomme pas encore le Blaireau remporte le Tour de France pour sa première participation, comme Jacques Anquetil et Eddy Merckx. Deux légendes du monde de la pédale qui ont remporté cinq fois la Grande Boucle chacun, comme le fera Bernard Hinault en 1985.

Paul Giffard paul_gfrd