Ça s'est passé le 8 juillet 1998 : Willy Voet arrêté, début de l'affaire Festina et séisme dans le monde du cyclisme

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jules Boscherini
Affaire Festina 1998
À gauche, le coureur vedette de la formation Festina, Richard Virenque, à droite, le soigneur de l'équipe, Willy Voet. | JACK GUEZ, PASCAL PAVANI / AFP

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Le 8 juillet 1998, 3 jours avant le début de la 85e édition du Tour de France, l’un des soignants de l’équipe Festina, Willy Voet, est arrêté à la frontière franco-belge. C’et le début d’une tourmente médiatique et judiciaire pour l’équipe française qui va se voir, une dizaine de jours plus tard, évincée de la Grande Boucle. Le Tour 1998, restera dans les mémoires comme le "Tour empoisonné", celui de l'une des plus éclatantes affaires de dopage jamais avérées dans le sport.

Ce 8 juin 1998, il est aux alentours de 6h30 du matin. A la frontière franco-belge, Willy Voet, soignant de l’équipe cycliste Festina, est arrêté alors qu'il se rend en voiture en Belgique pour prendre un bateau à destination de Dublin, où est donné le départ du Tour de France 1998. Ce qui doit être un banal contrôle douanier va se transformer en affaire d’état. Il se fait arrêter avec un véritable arsenal de produits dopants : 234 doses d’EPO, 180 doses d’hormones de croissance, 160 flacons de testostérone. Le 10 juillet, 24 heures avant le début de la course, les premières fuites de l’arrestation de Voet circulent dans la caravane du Tour de France. 

Une Grande Boucle tourmentée

Très vite, les suiveurs doivent se rendre à l’évidence. Coureurs, journalistes, public, tous ont maintenant l’information de l’arrestation de Willy Voet mais aucun ne comprend à ce moment, l’ampleur du scandale. Le tour démarre tant bien que mal dans une atmosphère très lourde.

Pour les cyclistes de l’équipe Festina, tout va s’arranger et aucun ne sort de sa bulle. La justice a reçu le feu vert et décide d’aller jusqu’au au bout de sa démarche. Les coureurs reviennent en France le 13 juillet mais l’honneur de l’épreuve est en danger ! Le lendemain, Willy Voet avoue et le 15 juillet, le directeur sportif Bruno Roussel est interpellé ainsi que le médecin de l’équipe, le Dr Ryckaert. Après une garde à vue et des aveux (de dopage généralisé et organisé) du patron de l'équipe, à l'issue de la 4e étape, Jean- Marie Leblanc, le directeur du Tour de l’époque, prend la décision d’exclure les coureurs le 17 juillet, à la veille de la 7e étape. S’en suit une conférence de presse surréaliste de Richard Virenque, en larmes, et de ses coéquipiers dans un bistrot de Corrèze, devenu célèbre à son insu, chez Gillou, sur la RN89.

Quelques jours plus tard, le 23 juillet, à Lyon, six des neuf coureurs avouent les faits. En résulte une perquisition de la police dans les hôtels et camions de certaines équipes. La colère se fait ressentir dans le peloton qui reproche aux membres de Festina d’avoir brisé l’omerta. Le quotidien Le Monde appelle dans ses colonnes à stopper la course tandis que ce nombreux médias envoient des reporters fouiller les poubelles dans le sillage des équipes.

Le 28 juillet, la police effectue une nouvelle perquisition à l'hôtel de la formation TVM, à la suite de la mise en examen du directeur sportif et du médecin de l’équipe. En protestation contre "les méthodes indignes de la police", le peloton décide une grève qui voit les coureurs s’arrêter dès le kilomètre 32 de l’étape entre Albertville et Aix-les-Bains. L’étape est annulée, ce qui entraîne de nombreuses équipes à quitter le Tour (Once, Banesto, Vitalicio, Kelme et Riso Scotti) dans l'indignité. TVM suivra le pas et se retire elle aussi de la course.

Orpheline de 7 équipes au total, la Grande Boucle voit les derniers jours de l'épreuve 1998 de plus en plus incertains. La direction du plus mythique des « grands tours » parvient à sauver les meubles en maintenant les dernières étapes avant l’arrivée sur les Champs-Élysées où l’Italien Marco Pantani, remporte le 2 août, le classement général.

L’indignation du grand public

Suite à cette affaire, l’opinion sur le cyclisme change. C’est la première fois que cette pratique répandue éclate au grand jour. Beaucoup y voient alors un sport où le dopage est devenu la norme pour obtenir des performances. C’est aussi la première fois qu’est mise en lumière l’influence que certains coureurs peuvent exercer au sein de leur équipe en incitant leurs coéquipiers à se doper et la mise en évidence de la participation active de l’équipe médicale.

Cette affaire trouvera un écho quelques années plus tard, avec Lance Armstrong qui a mis en place un système de dopage systématique et organisé au sein de ses équipes au cours de ses 7 victoires. L'Américain avoue en 2013 lors d’un entretien accordé à Oprah Winfrey et se voit retirer ses succès sur le Tour de France, ternissant un peu plus l’image de ce sport. 

Naissance de l’antidopage moderne

Ce sombre épisode ne connait son dénouement qu’à la fin des années 2000. Richard Virenque, seul coureur poursuivi et l'un des rares à avoir nié tout dopage durant la procédure avant d'avouer lors du procès, est finalement relaxé. En 2000, la Fédération suisse, dont il dépend, lui inflige 9 mois de suspension. Bruno Roussel et Willy Voet sont respectivement condamnés à des amendes de 7 600 et 4 500 euros et une peine de prison avec sursis d’un an et un mois.

"Ce fut la pénible histoire des mœurs d'une époque, dominées par un coupable sentiment d'impunité et par un comportement d'arrogance dont la morale sportive a fini par avoir raison, non sans le concours de la loi", a conclu Jean-Marie Leblanc, dans un ouvrage consacré aux 100 premières éditions de l'épreuve (Le Tour, 100 images, 100 histoires, éditions Denoël). Plus de 20 ans après cette histoire, l’affaire Festina reste dans les mémoires comme l’une des pages les plus noires du Tour de France. A la suite de ce scandale, les instances décident de créer en 1999, l’Agence Mondiale Antidopage (AMA).

Jules Boscherini @julesboscherini