Bernard Thévenet
Bernard Thévenet | DR

Bernard Thévenet : "Pra Loup a marqué les Français"

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Double vainqueur du Tour de France en 1975 et 1977, Bernard Thévenet célèbre cette année les 40 ans de son fameux succès à Pra Loup, l’arrivée de cette 17e étape. Tombeur d’Eddy Merckx ce jour là, le Bourguignon explique à Francetvsport qu’il ne s’agit pas forcément du plus beau souvenir de sa carrière, mais plus celui qui a marqué le public français.

Pra Loup, c’était il y a 40 ans, mais vous avez encore quelques images très marquées de ce jour là…
Bernard Thévenet :
Oui, bien sûr. C’est la première fois que je récupérais le maillot jaune. C’est quelque chose d’extraordinaire. J’ai encore des images de la descente terrible du col d’Allos, où j’ai vraiment beaucoup souffert. J’ai eu très peur. Après la remontée de Pra Loup, j’étais vraiment en rage parce que je devais absolument rattraper mon retard, et au moment où j’ai passé Merckx. Une autre image, c’est celle où j’ai rattrapé Felice Gimondi pour pouvoir gagner l’étape. Et puis il y a eu la remise du maillot jaune…

Et ce fameux virage où vous avez dépassé l’imbattable Merckx, vous vous en souvenez ?
B. T. :
Ah oui ! Mais ça n’a pas duré très longtemps. Il y a eu une photo qui a été faite de ce moment là car les caméras n’étaient pas présentes, mais c’est sûr que je me souviens de ce moment. J’étais surtout content d’avoir réparé mon erreur dans la descente précédente finalement. J’étais vraiment en rage contre moi-même après cette mauvaise descente, et rejoindre Merckx m’a donné du baume au cœur. Mais ce n’était pas encore fini, il fallait enchaîner pour rejoindre Gimondi, et aller gagner l’étape. Mais je ne pensais pas du tout reprendre le maillot jaune dans cette étape.

Avez-vous compris à ce moment que vous veniez de marquer l’histoire du Tour ?
B.T. :
Non. Sur le vélo, on reste concentré sur son effort, sur sa course. Je ne pensais pas que l’on en parlerait 40 ans après ! Mais ça montre que l’on a fait quelque chose d’extraordinaire, qui a donné beaucoup de bonheur à de nombreuses personnes. Ca fait plaisir, mais ce n’est pas forcément le plus beau moment de ma carrière.

Que vous êtes-vous dit avec Merckx à la fin de l’étape ?
B. T. :
Après la course, Merckx m’a félicité. On n’a pas beaucoup parlé. A la fin du Tour, il a reconnu que j’étais plus fort que lui. J’admire sa sportivité, parce qu’à un moment, j’ai crevé dans une descente et il n’en n’a pas profité. C’était vraiment une bagarre loyale. C’était un grand moment.

C’était votre plus belle bagarre ?
B.T. :
Si les gens se souviennent surtout de celle-ci, paradoxalement, la bagarre contre Hennie Kuiper, deux ans après, était plus belle… Mais Merckx, c’était Merckx, il n’avait jamais été battu sur un grand Tour. C’était une sorte de passation de pouvoir. Et le fait que ce soit un petit Français qui puisse le battre, forcément, ça a marqué. Je suis devenu un héros ce jour là, oui, mais Hinault a gagné cinq Tour ! Et Fignon en a gagné deux aussi… C’était l’époque où les Français ont gagné neuf Tours en onze ans (de 1975 à 1985). Après la source, s’est tarie.

Est-ce que la victoire à Pra Loup est le tournant de votre carrière ?
B.T. :
Je ne sais pas. C’était un grand moment. Le jour où on revêt le maillot jaune pour la première fois, c’est extraordinaire cet instant là. C’est plus marquant qu’une victoire d’étape, surtout si on le porte jusqu’au bout ! Pra Loup, c’est finalement ce que les Français ont retenu de ma carrière. C’est peut-être un peu réductif. J’ai fait d’autres exploits, j’ai gagné d’autres choses qu’à Pra Loup, mais c’est le plus grand souvenir qu’ils ont gardé de moi.

Romain Bonte