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Rafael Valls dans la montée du col d'Allos. | Xavier Richard

Au cœur du peloton avec Lampre-Merida

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Deux jours après la victoire de Ruben Plaza Molina à Gap, Philippe Mauduit, le directeur sportif de l’équipe Lampre-Merida nous a ouvert les portes de sa voiture pour une journée en totale immersion au cœur d’une étape du Tour de France.

Le rendez-vous avait été donné au pied du bus de l’équipe Lampre-Merida. Un rencart pour un bout de chemin de 161 km dans les Alpes de Haute-Provence. Philippe Mauduit est tranquille. C’est souvent le cas mais là il a l’esprit libéré depuis que Ruben Plaza Molina a offert une victoire à son équipe lors de la 16e étape. « L’avantage d’avoir gagné par rapport à des équipes qui courent toujours après une victoire, c’est qu’on est moins stressé, explique le directeur sportif de la formation italienne. Ça enlève un poids et on peut se permettre d’attendre un peu en début d’étape. » Un à un les coureurs ont enfourché leur vélo en direction du départ. Zéro stress pour Filippo Pozzato qui nous devance de quelques secondes. 12h45. A l’appel des coureurs, il est temps de se mettre en route. Dans la file des voitures, chacun prend sa place. Sans leader bien classé au général depuis l’abandon de Rui Costa, les véhicules de la formation Lampre-Merida ont le dossard 21. Loin derrière le peloton. Forcément un handicap quand un coureur appelle et qu’il faut rejoindre la fin du paquet le plus rapidement possible.

 Rafa Valls dans la descente d'Allos #TDF2015Une photo publiée par @francetvsport le22 Juil. 2015 à 8h06 PDT

Rafa Valls dans la descente d'Allos #TDF2015

Une photo publiée par @francetvsport le

Dans le SUV Mitsubishi des Lampre, je prends mes marques à droite de Philippe Mauduit. La voiture est grande mais l’espace bien vite encombré. Sur la cuisse gauche de Philippe Mauduit le guide de route et sur la droite une carte routière. S’il n’y avait que ça... Une tablette, une mini tv, radio-tour et le système radio pour les oreillettes, difficile de garder un œil sur la route et les deux mains sur le volant. Comme ses collègues, le Tourangeau est un virtuose du volant. Jamais d’affolement mais toujours le geste juste et précis. Comme à la radio avec ses coureurs. Des interventions courtes mais efficaces avec juste ce qu’il faut d’info et de paroles réconfortantes. « Je ne leur parle pas trop, confirme Mauduit. Les oreillettes c’est bien mais si ça bourdonne toute la journée, le gars il n’en peut plus. Je leur donne les infos principales. Les écarts, les montées, quelques consignes. » Comme prévu, le départ de Digne est bouillant. Thermomètre toujours en hausse et grosse bagarre pour sortir du peloton. Chez Lampre, la consigne est claire. « Laissez faire et restez attentif avant la première bosse ! » Pendant que les audacieux se battent pour créer la bonne échappée, les Lampre en gardent un peu sous la pédale. Une stratégie d’attente qui paye puisqu’un groupe de 36 se forme au pied du col des Lèques. Parmi eux deux Lampre-Merida : Kristijan Durasek et Rafael Valls.

La chasse à la cannette

Avec « les gros poissons » présents dans le groupe, le peloton ne laisse pas trop partir les échappés. Philippe Mauduit demande à ses coureurs de ne pas trop en faire mais de rester bien placé pour une éventuelle première sélection. A notre hauteur, on voit Tejay Van Garderen, Nathan Haas et Jérôme Coppel en grosse difficulté. On ne sera pas surpris en entendant leur abandon quelques minutes plus tard. Finalement, l’écart commence à monter et on autorise les voitures des fuyards à se caler derrière l’échappée. Avant de doubler le peloton, Philippe Mauduit ravitaille ses coureurs restés à l‘arrière. A l’arrière, Ronny le mécanicien fait passer les bidons au directeur sportif. Il n’aura pas d’autre intervention à faire. Descendu à l’arrière du peloton, Davide Cimolai et Ruben Plaza Molina récupèrent une dizaine de bidons pour les distribuer à leurs coéquipiers. Sur ce Tour, l’eau est le nerf de la guerre. « Cette année, c’est très nerveux, explique Philippe Mauduit. C’est la chasse à la cannette. Et on ne peut pas laisser les gars sans bidon une demi-heure. » A ce moment-là, il fait 39°. On laisse Chris Froome derrière nous pour rejoindre les hommes à l’avant. Le plus dur commence pour eux. Philippe Mauduit prend des nouvelles et annonce sa stratégie. Si loin de Pra Loup, ce n’est pas la peine de s’exciter. « Laissez-vous porter ! Faites tourner les jambes. Pas trop en puissance. »

Le col de Toutes Aures et le col de la Colle-Saint-Michel se passent sans encombre. Ça monte au rythme et ça descend à tombeau ouvert ! Pour nous aussi. Les pneus crissent dans les virages serrés. On est dans la course. A 50 kilomètres de l’arrivée se profile le col d’Allos, la plus grosse difficulté de la journée. L’ascension amène les coureurs au point culminant du Tour 2015 (2250 m). Quant à la descente, c’est de loin la plus technique et la plus dangereuse. Malheureusement pour Lampre-Merida, le col d’Allos est fatal aux deux échappés de la formation italienne. Durasek saute en premier. L’espoir est de courte durée car Valls craque à son tour sous l’impulsion de Thibaut Pinot parti en chasse de Simon Geschke et Andrew Talansky. Philippe Mauduit vient à la hauteur de ses deux coureurs. Valls essaye de se relancer mais il ne reviendra pas. On le suit jusqu’à l’arrivée. A cinq kilomètres de l’arrivée, le directeur sportif vient le féliciter une dernière fois. « Tu t’es bien battu. Tu as fait ce que tu as pu. Bravo. Allez termine à ton rythme. » L’Espagnol termine son. Il étape sans forcer et franchit la ligne en même temps que le maillot jaune Chris Froome et Nairo Quintana. « Aucun regret, ça s’est joué à la jambe », conclut Philippe Mauduit en garant sa voiture dans l’espace dédié aux équipes. Quelques secondes plus tard, ses hommes le rejoignent. Pas de podium pour les Lampre-Merida. Ça ne peut pas sourire à chaque fois.