3 Tours réduits, 1 méga-Tour ou le huis clos, trois options possibles pour voir des Grands Tours en 2020

Publié le , modifié le

Auteur·e : Théo Gicquel
Egan Bernal pourra-t-il défendre son titre devant le public du Tour de France ?
Egan Bernal pourra-t-il défendre son titre devant le public du Tour de France ? | STR / AFP

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Menacés par la pandémie de Covid-19, les Grands Tours ont une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. S'adapter ou risquer une annulation, c'est peut-être le choix qui va être proposé aux organisateurs. Tour d’horizon de trois propositions faites par des acteurs du monde du sport avec leurs avantages et leurs inconvénients.

• Un calendrier resserré, la solution intense mais faisable (Brian Cookson, ancien président de l'UCI)

La proposition : Maintenir les trois Grands Tours mais les raccourcir à deux semaines au lieu de trois. Faire débuter le Tour de France fin juillet, le Giro début septembre et la Vuelta début octobre. Les courses de moindre importance et les classiques reportées plus tôt sont placées en parallèle des Grands Tours. Les Monuments sont situés lors des week-end intermédiaires. 

Brian Cookson, l'ancien président de l'UCI
Brian Cookson, l'ancien président de l'UCI © YORICK JANSENS / BELGA MAG / Belga via AFP

Il n’est pas certain que Brian Cookson proposerait la même solution s’il était coureur cycliste. L’ancien président de l’UCI (2013-2017) ne souhaite laisser de côté aucune course annulée cette saison en raison du coronavirus. Dans un souci d’équité entre les différents rendez-vous, il souhaiterait, comme il l'a annoncé sur Cyclingnews, condenser presque une saison entière en trois mois, de fin juillet à fin octobre. Soit un rythme effréné pour les coureurs, qui vont déjà devoir subir un calendrier tronqué et une préparation imparfaite. "Peut-être que certains organisateurs ne vont pas apprécier de réduire leur durée, mais je leur demande de voir à long terme, de prendre en considération les équipes et penser aux fans qui veulent voir les courses, même si elles sont un peu différentes de la normale.”, justifie Cookson.

Dans l’absolu, raccourcir les Grands Tours afin qu’ils aient lieu est possible, et les équipes adapteraient leurs stratégies en fonction. Il est par exemple peu probable que les leaders du Giro soient sur le Tour deux semaines après l’arrivée à Milan, la récupération étant bien trop courte. Pour autant, c’est une stratégie déjà souvent mise en place, les coureurs disputant le classement général du Giro étant rarement à la fête sur la Grande Boucle.

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Mais quid de l’enchaînement pour ceux qui visent le Tour, le plus prisé des coureurs, puis la Vuelta, avec environ deux semaines entre l’arrivée à Paris et le départ prévu à Utrecht ? "C’est formidable que la saison ait été prolongée (au 1er novembre, ndlr) mais je ne vois pas comment vous pouvez intégrer le Giro, le Tour de France, la Vuelta et les classiques en quelques mois", nuance Patrick Lefevere, le manager de l’équipe Deceuninck-Quick Step, au Laatste Nieuws. Pour les organisateurs, amputer leur Tour d’une semaine signifierait s’asseoir sur un tiers de leurs revenus en droits TV et en revenus de sponsoring. Les villes-étapes supprimées y perdraient également brutalement, notamment les plus petites.

Une solution possible donc, mais également à quel prix pour les coureurs ? L’enchaînement déjà important de courses en temps normal serait doublé, les incitant à cibler encore plus précisément leurs efforts par manque de préparation et de repos. On reproche à certaines courses leur scénario prévisible, ce pourrait devenir la norme. Par ailleurs, quel valeur accorder à un Grand Tour raccourci d’une semaine ? Le vainqueur aura un goût d’amertume, les vaincus une moindre peine. 

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• Un seul Grand Tour, la solution séduisante mais peu crédible (Matteo Trentin)

La proposition : un seul Grand Tour de trois semaines qui débute à Rome, passe par Madrid et se conclut à Paris. Sept jours dans chaque pays, deux jours de repos.

Matteo Trentin (CCC Team)
Matteo Trentin (CCC Team) © Jose Breton / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Matteo Trentin est toujours surprenant sur un vélo, il l’est aussi lorsqu’il s’agit de savoir ou et comment l’utiliser. A la suite d'Ivan Garcia Cortina (Bahrain-McLaren), qui imaginait un Tour européen, le coureur de l’équipe CCC s’est fendu d’une proposition à première vue farfelue mais à la réflexion, plutôt intéressante. Exit le scénario classique des Grands Tours. A circonstances exceptionnelles, Tour exceptionnel. Tous les leaders réunis sur un seul Tour qui passe par les trois pays concernés. Une année blanche au palmarès comme on en avait déjà eu par le passé (notamment à cause des guerres mondiales), et une édition unique en son genre, hors des statuts, pour faire la part belle au cyclisme. 

Parcourir ces trois pays pendant une semaine chacun permettrait de profiter de leurs spécificités : longer la côte ligurienne, franchir les longs cols des Alpes françaises, et enfin escalader les raidillons des pics espagnols. Et puis, ne serait-ce pas l’occasion unique dans l’histoire de réunir des cols mythiques sur une même édition, quitte à placer moins d’étapes de montagne ? Le mythique Zoncolan italien, le mont Ventoux voire l’Angliru dans une même édition : nous n’en sommes pas encore là, aucune instance n’y a réfléchi sérieusement, mais l’idée serait une belle vitrine pour sauver une saison douloureuse pour le cyclisme.

Néanmoins, cette proposition devrait se heurter à la realpolitik de l’UCI et des organisateurs de Grands Tours que sont ASO (Tour de France et Vuelta) et RCS (Tour d’Italie). Aucun n’a réellement intérêt à voir cette idée voir le jour, puisqu’il faudrait sans doute diviser l’organisation et les droits TV. Il faudrait en outre faire cohabiter énormément d’acteurs différents pour les caravanes publicitaires ou l’organisation du tour en lui-même. Et plus simplement, amener un peloton à travers trois pays très durement touchés par le virus est un risque immense, même à une période plus lointaine où la situation apparaît sous contrôle. Difficile donc d’imaginer les acteurs majeurs du cyclisme pousser pour cette idée dans un futur proche.

• Un huis clos, la solution réaliste mais triste (Roxana Maracineanu)

La proposition : un Tour de France maintenu sur trois semaines mais à huis clos, sans spectateurs aux bords des routes.

Roxana Maracineanu, la ministre des Sports
Roxana Maracineanu, la ministre des Sports © Martin BUREAU / AFP

Invitée au micro de nos confrères de France Bleu, La ministre des Sports Roxana Maracineanu, a jeté un pavé dans la mare en évoquant la possibilité d’un Tour de France à huis clos. Sans en dire beaucoup plus, elle a précisé être en discussion avec Amaury Sport Organisation (ASO), expliquant que "tous les scénarii étaient à l'étude" mais qu'il était "encore trop tôt pour se prononcer."

Un Tour de France maintenu aux mêmes dates et à huis clos, c’est une solution réaliste à l’heure actuelle. Le sélectionneur de l’équipe de France Thomas Voeckler ne dit pas autre chose, considérant qu’il n’était “pas aberrant d’organiser le Tour.” Réaliste oui, mais à quel prix ? On l’a vu sur Paris-Nice et le Tour UAE : un final en bosse ou un sprint massif sans public, cela fait perdre une grande partie de sa saveur à la course. Imaginer un tel événement populaire vidé de la substance qui en fait son succès - le public - c’est se priver de ce qui fait l’essence du Tour plus que n’importe quelle autre course au monde. De plus, un huis clos et un service minimum mettraient à la porte des centaines de personnes prévues sur cet événement : caravane, médias, organisation.

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Sur le plan sanitaire, réaliser un Tour de trois semaines avec un huis clos parfaitement maîtrisé relèverait de l’exploit. Contenir le public sur plus de 3000 km en extérieur constituerait un sacré défi logistique pendant trois semaines. Patrick Lefevere, le manager de Deceuninck-Quick Step, ne voit lui pas d’issue pour maintenir le Tour en l’état. "Je suis un optimiste mais je ne vois pas comment ils pourraient justifier de courir le Tour de France. Cela pose une question au niveau des fans : qui peut venir voir le Tour ? Qui peut entrer en France et qui ne peut pas ? Je ne peux pas imaginer que quelqu’un agite une baguette magique début juillet et que la crise du coronavirus soit soudainement résolue dans le monde. Soyons raisonnable.", a martelé le manager belge, qui expliquait récemment que l’arrêt des courses cyclistes lui avait déjà coûté 500 000 euros.