Pascal Simon et Laurent Fignon
Pascal Simon et Laurent Fignon lors d'un Critérium d'après Tour en 1983 | AFP - Eric Feferberg

Tour 1983-Pascal Simon: "Sans ma chute, j'aurais gagné"

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L’ancien coureur de la formation Peugeot est revenu pour nous sur le premier Tour gagné par Laurent Fignon. Victime d’une chute et sérieusement touché à l’omoplate, l’Aubois avait dû abandonner quelques jours avant l’arrivée alors qu’il portait le maillot jaune. Il regrette encore de ne pas avoir conclu alors qu’il tenait la forme de sa vie.

Pascal Simon, quels souvenirs gardez-vous du Tour de France 1983 ?

"Le plus marquant, ce fût la prise du maillot jaune. Les trente derniers kilomètres de l’étape, je savais que je pouvais le prendre. Je ne voulais pas flancher. C’est un très bon souvenir. J’étais dans un état d’euphorie total. C’était un rêve de gosse de participer au Tour de France. Alors, revêtir le maillot jaune"…

Bernard Hinault avait déclaré forfait juste avant à cause d’une blessure au genou contracté à la Vuelta. Il s’agissait donc d’un Tour particulier, sans grand favori.

"Il n’y avait pas de grand favori. C’est vrai que c’était très ouvert. C’était un Tour qui offrait du suspense. Du coup, j’étais dans un bon état d’esprit avant le départ, confiant. Mon directeur sportif de l’époque, Roland Berland, m’avait dit : « Tu vas gagner le Tour ». Je sortais d’un bon Dauphiné, j’étais très bien en montagne et plutôt correct dans les contre-la-montre. J’étais vraiment dans de bonnes dispositions".

Vous aviez une belle équipe Peugeot autour de vous avec Gilbert Duclos-Lassalle, Stephen Roche, Phil Anderson ou Robert Millar. Un vrai plus ?

"Exactement. Au départ, sur le papier, Phil Anderson et Stephen Roche étaient les leaders de l’équipe. Robert Millar était là pour la montagne. Moi, j’étais plutôt le second couteau. Mais j’ai pris confiance dans le contre-la-montre par équipes qui se déroulait dans le Nord. J’avais de bonnes jambes, tout allait bien. Après, je me suis senti très bien dans les vignes autour de Bordeaux, puis dans les Pyrénées avant la chute".

Est-ce que vous auriez gagné sans votre chute ?

"C’est difficile à dire mais je pense que j’aurais gagné. On ne peut pas savoir. Est-ce que je me serais écroulé dans les Alpes ? Je ne sais pas mais je pense que non. J’étais bien, j’avais près de 4’30 d’avance sur Laurent Fignon. Même avec une défaillance dans l’Alpe-D’Huez, je pouvais gérer cet avantage. Ensuite, il ne restait plus qu’un contre-la-montre à Dijon la veille de l’arrivée. On va dire que c’était jouable".

Vous avez conquis le cœur des Français cette année-là. Des gens vous parlent encore ?

"Pas beaucoup mais ça arrive un peu quand même. Dans ma profession (chauffeur de taxi, NDLR), je croise des gens qui me reconnaissent et qui me parlent de ce Tour, 30 ans après. Moi, ça me fait toujours plaisir même si on prend un coup de vieux. Déjà 30 ans !"

Comment vous expliquez que vous n’ayez pas retrouvé votre niveau lors des éditions suivantes ?

"En 1985, je fais quand même 7e du général ce qui n’est pas si mal. J’aurais même pu faire un Top 5 mais j’ai perdu gros sur un contre-la-montre. Fignon avait pris confiance en lui, d’autres progressaient et moi je vieillissais. Quand il a pris le maillot jaune en 1983, j’étais loin d’imaginer que Laurent (Fignon) allait faire une telle carrière. C’était un coureur prometteur mais de là à dire qu’il aurait fait ce qu’il a fait, non. Il a pris confiance en lui en 1983 alors qu’il disputait seulement son premier Tour, et il a dominé Hinault l’année suivante en gagnant deux ou trois grosses étapes. Il était fort en 1984".

Deux Français qui se jouent la victoire dans le Tour. Vous pensez qu’on revivra ça un jour prochain ?

"Bientôt, je ne crois pas. Il n’y a plus beaucoup de coureurs cyclistes en France par rapport aux années 80. Dans certains clubs de ma région (Troyes), il n’y a plus que quatre minimes et trois cadets. Dans une dizaine d’années, il pourrait bien n’y avoir que dix Français au départ du Tour. Le vélo, c’est dur. Nous, on était une vraie famille de cyclistes de la campagne. Les jeunes, aujourd’hui, attendent que ça tombe du ciel".

Le Tour de France 1983 a été remporté par Laurent Fignon (Renault) devant l’Espagnol Angel Arroyo et le Batave Peter Winnen. Pascal Simon (Peugeot) a longtemps mené la course avant d’abandonner son maillot jaune à six jours de l’arrivée, lors de l’étape de l’Alpe-D’Huez, après six jours à lutter contre une fracture de l’omoplate consécutive à une chute dans les Pyrénées.