Bernard Thévenet portrait 2011
Bernard Thévenet | DR

Thévenet : "Des étapes stéréotypées mais des arrivées épiques"

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Bernard Thévenet, double vainqueur du Tour de France dans les années 70, fait le point après une semaine de course. Il nous livre ces impressions, ces coups de coeur et ses déceptions.

Comment avez-vous trouvé cette première semaine de course ?
« Je tiens tout d’abord à dire que la présentation des équipes au Puy du Fou m’a vraiment bluffé. C’était extraordinaire. En ce qui concerne la course, les premières étapes ont été plutôt stéréotypées et ronronnantes : une échappée au départ, le peloton qui roule et qui revient. En revanche, les arrivées ont souvent été épiques, comme par exemple à Mûr-de-Bretagne où on a vu Contador se mettre en avant et reprendre des secondes à Andy Schleck. Ca a été un grand moment. Plus tôt, à l’arrivée au Mont des Alouettes, puis samedi à Super-Besse, Philippe Gilbert a également été très impressionnant. On a aussi eu des surprises, comme à Redon où on attendait Cavendish et où c’est finalement Farrar qui s’est imposé. »

Que pensez-vous de la nervosité qui s’est emparée du peloton durant cette première semaine ?
« C’est normal. Il y a 200 coureurs et la bataille est rude pour se placer dans les 30 premiers. Quand il y a peu de place, il suffit d’un petit écart et on en retrouve 10 par terre. Peut-être qu’on vient aussi à un cyclisme où c’est la mode de ne pas faire un trop grand nombre de courses. Beaucoup préfèrent garder des réserves avant le départ du Tour. Je crois d’ailleurs avoir lu l’autre jour que la moyenne des partants sur le Tour est de 48 jours de course avant l’épreuve. C’est peu et je pense que, du coup, les coureurs manquent un peu d’expérience et peuvent être un peu maladroit. C’est notamment le problème des coureurs à étapes. Dans les classiques d’un jour où ça frotte plus, je pense qu’il y a moins de chutes. Et portant les routes et l’encadrement sont les mêmes. »

Une équipe ou un coureur vous ont-ils particulièrement impressionné ?
« Oui, la HTC. Elle est particulièrement impressionnante quand elle emmène les sprints pour Cavendish. On l’a bien vu à Châteauroux. Dans ces conditions, je ne vois pas qui peut la battre. Elle le pose de manière parfaite à 200-300 mètres de la ligne. Et seule une équipe qui saurait en faire de même pourrait battre Cavendish. La force mais surtout la coordination de la HTC est bluffante. »

Une équipe ou un coureur vous ont-ils déçu ?
« Non. C’est peut-être encore un peu tôt pour avoir des déceptions. Bon, j’avoue quand même avoir été un peu déçu quand j’ai vu que Contador était dans la chute car elle s’est produite vers la 50e position. Quand on vient pour gagner le Tour, il faut être dans les 30 premiers normalement. On s’est alors posé des questions sur sa réelle motivation. Heureusement, il a ensuite répondu présent à Mûr-de-Bretagne. L’autre petite déception est l’absence de victoire française lors de cette première semaine. J’espère qu’on en aura une bientôt car après on va arriver dans une portion réservée aux grands grimpeurs et il ne va pas rester beaucoup d’étapes pour les baroudeurs. »

Parlons un peu des leaders. Thor Hushovd est-il un beau maillot jaune ?
« Oui, ça c’est sûr ! On pensait que samedi il allait perdre son maillot mais il l’a gardé. C’est une belle preuve de sa motivation. Et puis, il ne faut pas oublier qu’il est champion du monde, c’est donc assez prestigieux pour le Tour. »

Que penser d’Andy Schleck ?
« Dans le Mûr-de-Bretagne, il m’a semblé un peu juste mais à Super-Besse, il a montré qu’il était à la hauteur. Il est devenu plus vigilant. Maintenant, quand Contador attaque, il est toujours derrière. »

Et Cadel Evans ?
« Il fait beaucoup d’efforts. J’espère qu’il va tenir les trois semaines mais rien n’est moins sûr. »

Isabelle Trancoën