Tatiana Golovin, en 2008
Tatiana Golovin, en 2008 | AFP

Tatiana Golovin : "Je n'arrive pas y croire"

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Eloignée onze ans des terrains à cause d'une spondylarthrite (maladie qui affecte la colonne vertébrale), Tatiana Golivin, 31 ans, s'apprête à faire son retour à la compétition ce samedi lors du tournoi de Luxembourg. Bénéficiaire d'une wild card, l'ancienne 12e joueuse mondiale affrontera au premier tour des qualifications la jeune Slovène Kaja Juvan. Entre appréhension et espoir, Tatania Golovin savoure surtout une première victoire : celle d'être redevenue une joueuse de tennis.

Dans quel état d'esprit abordez-vous ce tournoi après 11 ans d'absence ?
Tatiana Golovin :
"L'impression dominante est que je n'arrive pas à y croire. Ce retour s'est matérialisé si rapidement ! Tout se bouscule donc un peu dans ma tête, c'est un mélange de plein d’émotions. Il y a le stress, bien sûr, mais aussi l'envie de jouer. Il y a aussi beaucoup de souvenirs qui sont remontés à la surface quand j'ai revu les courts, les vestiaires... Je pensais que plus jamais je ne connaîtrai cette ambiance et puis finalement voilà, j’y suis et je me dis que c'est en train de se passer !"

Quelles sont vos sensations physiques après une longue période d'inactivité ?
T.G. :
"Je sais que cela prendra beaucoup de temps pour retrouver un bon niveau physique. Là je dirais que je suis vraiment au niveau minimum pour jouer au tennis. Cela ne fait que deux mois que j'ai repris l'entraînement, il ne faut pas espérer de miracle. Et puis le travail foncier c'est bien mais rien ne vaut les matchs pour juger de son état de forme physique."

Comment arrivez-vous à maîtriser la maladie ? Les douleurs sont-elles toujours présentes ?
T.G. :
"J'ai vu énormément de docteurs et, depuis ma fin de carrière il y a onze ans, on sait beaucoup mieux gérer les symptômes. Alors bien sûr les douleurs sont encore présentes mais pour le moment je me refuse à pratiquer des traitements qui sont encore très lourds. Je n'y viendrai qu'en dernier recours. Pour l'instant je fais beaucoup de cryothérapie et j'essaye de nombreuses médecines alternatives. Tout cela m'aide beaucoup à mieux appréhender la spondylarthrite. Désormais, j'ai beaucoup moins peur que mon état ne s'empire. J'ai appris à accepter cette maladie, presque à l'aimer !"

Cette maladie se vit comment au quotidien ?
T.G. :
"Au début j'avais beaucoup de mal à l'accepter, j'avais peur que mon corps ne me lâche complètement. J'étais dans le déni complet et pour moi, je n'étais pas malade. Et puis, au cours de mes consultations, j'ai été amenée à voir beaucoup de médecins mais aussi beaucoup de patients qui souffraient beaucoup plus que moi. Eux sont handicapés tout le temps dans leur vie quotidienne tandis que moi cette maladie m'empêchait "seulement" d'exercer une activité physique à haute intensité. Ce sont ces patients qui m'ont aussi inspirée pour mon retour. Ils m'ont donné de l'espoir et du courage pour qu'au final, je tente de redevenir une joueuse de tennis et que je n'ai pas de regrets. Car au cours de ces dernières années je me suis rendu compte que c'est cela, être une athlète de haut niveau, qui m'épanouissait le plus."

"Je joue de la même manière qu'il y a 11 ans"

Est-ce que vous vous êtes fixée des objectifs sportifs bien précis ?
T.G. :
"Non pas vraiment. Ma première motivation est de retrouver le bon état d'esprit pour jouer au tennis. Au niveau du jeu, je joue de la même manière qu'il y a onze ans, la qualité de frappe est la même. Mais il faut que je retrouve les automatismes pour gérer les points et la tension d'un match de haut niveau. Et il n'y a qu'en accumulant les tournois que j'y parviendrai car rien ne remplace la compétition."

Que vous inspire les retours récents de Marion Bartoli ou de Kim Clijsters ?
T.G. :
"Je pense que chaque cas est différent. Personnellement j'ai arrêté ma carrière à 20 ans car je ne pouvais plus physiquement jouer au tennis, pas parce que j'avais tout gagné ou eu des enfants. Cela n'a rien à voir. Je ne peux donc pas savoir ce que ressentent ces joueuses qui tentent également un come back. Ce que je sais en revanche c'est qu'à l'époque où je jouais encore, on ne "durait" pas jusque' à 30 ans. A cet âge-là, on ne pouvait plus espérer faire une deuxième carrière. Aujourd'hui avec les progrès de la science, des méthodes d'entraînement, du matériel c'est tout à fait possible ! Il n'y a qu'à voir Serena ou Federer qui sont toujours là à plus de 35 ans !"

Justement, avec le relatif déclin de Serena Williams et le nombre impressionnant de vainqueurs différents dans les tournois, est-ce que vous vous dites que le niveau du tennis féminin a baissé et qu'il y a des places à prendre ?
T.G. :
"C'est une idée fausse de se dire que le niveau de jeu a baissé. Ce n'est pas parce que Serena ne gagne plus tout comme avant que c'est plus facile pour les autres joueuses. Au contraire. Il n'y a qu'à voir les finales des derniers tournois de Grand Chelem, le niveau était extraordinaire. Et d'ailleurs même Serena Williams n'a rien pu faire contre ces joueuses. A l'époque où je jouais, il y avait disons 5 filles qui dominaient. Aujourd'hui elles sont beaucoup plus nombreuses et c'est donc encore plus difficile de s'imposer. Je dirais même qu'en dix ans, le niveau moyen du tennis féminin a très largement progressé."