Sur le circuit WTA, des joueuses en manque de tournois pour la fin de saison

Publié le , modifié le

Auteur·e : Vincent Daheron
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Karolina Pliskova au service pendant la finale du tournoi de Rome, en septembre. | AFP

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Après Roland-Garros, c'est un désert parsemé de quelques oasis qui se présentent aux joueuses du circuit WTA. Seulement trois tournois (Ostrava, Linz et Limoges) ont été maintenus alors que les annulations sont également tombées en cascade sur le circuit ITF, antichambre de la WTA. Contrairement à la dizaine de tournois organisée chez les hommes sur le circuit ATP, la WTA n'a pas réussi à maintenir la plupart des tournois et ce sont les joueuses qui en pâtissent. Décryptage.

C’est un tweet qui peut paraître anodin mais qui a rassuré bon nombre de joueuses et contenté les suiveurs. Il y a trois jours, vendredi, les organisateurs du tournoi de Linz, en Autriche, ont communiqué les nouvelles dates de la compétition qui se tiendra du 7 au 15 novembre, devenant ainsi le troisième tournoi programmé par la WTA d’ici à la fin de l’année. Alors que Daniil Medvedev et Stan Wawrinka iront jouer à Saint-Petersbourg, Alexander Zverev et Benoît Paire à Cologne ou encore Fabio Fognini en Sardaigne, il sera impossible de trouver Iga Swiatek et Sofia Kenin sur un court cette semaine, ni celle d'après. Le circuit WTA enchaîne cette fin de Roland-Garros par une semaine blanche de tournois à laquelle il va bien falloir s’habituer. En effet, les tournois restants se comptent sur les doigts d’une main, contrairement à la dizaine de dates prévues par le circuit ATP. Plus précisément, seuls trois tournois sur dix-huit initialement ont maintenu ou déplacé leur tournoi : Ostrava, Linz et Limoges.

Au niveau inférieur, près de 50% d'annulation

Au niveau ITF, la division qui précède la WTA, l’hécatombe est également de rigueur avec un peu moins de 50% d’annulation. Sur les 98 tournois ITF programmés jusqu’à la fin décembre, 52 auront bien lieu dont 48 sur les niveaux les plus bas (nommés W15 et W25) avec 15 000 $ et 25 000 $ de dotation. Si la majorité des tournois pour les joueuses moins bien classées et donc les plus précaires ont été conservés, les gros tournois ITF avec près de 60 000 $, 80 000 $ ou 100 000 $ de prize money ont pour la plupart été annulés. Le circuit WTA dépeuplé, les joueuses du top 100 voire un peu au-dessus se retrouvent ainsi sans solution de repli avec ces tournois bien dotés et parfois prisés par des joueuses renommées.

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Pourtant, après cinq mois d’interruption de la saison entre mars et août, les joueuses clament leur envie et leur besoin de pratiquer leur métier. "Je pense que toutes les joueuses aimeraient jouer plus, confirme Fiona Ferro. On n'a pas eu de tournois pendant longtemps. Il y en a beaucoup qui se sont entraînées, donc maintenant, on a envie de faire des matches."

"Elles ont besoin de gagner leur croûte"

Davantage qu’au niveau purement sportif, le manque de tournois se répercute également sur le compte en banque. Sans tournoi, pas de dotation. "Les joueuses sont professionnelles, elles ont besoin de gagner leur croûte", image Jean-Paul Saurois, directeur du tournoi ITF de Poitiers qui a été annulé. Par exemple, une défaite au premier tour d’un WTA Premier comme celui d’Ostrava permet de récolter environ 9 000 $ auxquels il faut parfois retirer les salaires du staff qui accompagne la joueuse sur le circuit. "La WTA nous a dit que sur les deux ou trois prochaines années, il y aura des baisses significatives de prize money", prévient d’ailleurs Fiona Ferro.

Pendant Roland-Garros, les joueuses étaient pour certaines étonnées voire désabusées par ces circuits WTA et ITF dépeuplés de tournois. "C’est une situation délicate, complète Fiona Ferro. On voit qu'à l'ATP, il y a quand même plus de tournois." Mais pourquoi l’ATP y arrive et pas la WTA ou l’ITF ?

Jean Philippe Le Luet, directeur du tournoi ITF de Nantes, initialement prévu début novembre, mais finalement annulé, donne quelques clés. "Globalement c’est toujours plus difficile de vendre un tournoi féminin qu’un tournoi masculin vis à vis des partenaires, avance-t-il. L’image du sport féminin n’est pas encore au niveau du sport masculin." Cependant, cette différence d’image n’explique pas à elle seule ces défections en cascade. Jean-Philippe Le Luet encore : "Le fait de ne pas solliciter les partenaires cette année les arrange. Tout le monde a vécu la crise avec difficultés et même si certaines avaient fait l’impasse, on aurait réussi à le faire quand même." "Pas de public, ça veut dire aucune réception avec les mécènes, pas de repas VIP ni de loges, c’est plus compliqué pour attirer les partenaires mais sur le plan financier, c'était jouable", explique de son côté Jean-Paul Saurois, le directeur du tournoi poitevin.

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Des bénévoles à risques

Pour ces deux organisateurs, la raison principale de l’annulation de leur tournoi est exactement la même : la volonté de ne pas mettre en danger les bénévoles pour la plupart âgés. "Les bénévoles sont des retraités, on les a tous contactés et plus de 50% de ces retraités ne voulaient pas venir avec les contraintes du Covid-19 que l’on a actuellement", détaille Jean-Paul Saurois. " C’est un tournoi organisé par une association de bénévoles avec une moyenne d’âge plutôt élevée donc on a fait un sondage sur les ressentis de chacun et beaucoup ne souhaitaient pas prendre ce risque", ajoute Jean-Philippe Le Luet. Sans les "60 à 80 bénévoles" nécessaires à l’organisation du tournoi de Poitiers, il est logiquement impossible d’assurer la bonne tenue de la compétition d’autant plus avec le protocole sanitaire à mettre en place. 

"Le protocole sanitaire de l’ITF était très difficile à mettre en place pour nous, regrette Jean-Paul Saurois. On est très exigus dans notre complexe indoor." Qui dit protocole sanitaire, dit gels hydroalcooliques, masques et agents de sécurité supplémentaires à prévoir et donc des coûts supérieurs pour les organisateurs.

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Certains, assez rares, ont tout de même réussi à maintenir leurs dates en France comme Cherbourg (12-18 otobre) et Reims (19-25 octobre) sur le circuit ITF et surtout Limoges (14-20 décembre) en WTA. La menace d’annulation reste tout de même persistante en fonction de l’évolution de la pandémie. En République Tchèque, le ministre de la Santé Roman Prymula a annoncé l’interdiction des activités sportives professionnelles et de loisirs mais aussi la fermeture des installations sportives couvertes à partir de demain et pendant deux semaines. Le tournoi WTA d’Ostrava devrait normalement bénéficier d’une exception au même titre que la Ligue des Nations en football.

Conséquence d’être le seul tournoi des quatre prochaines semaines, Ostrava accueille un plateau extrêmement relevé puisque tout le monde veut être de la partie. Seules trente-deux joueuses accéderont au tableau final et, fait assez rare pour être souligné, on retrouve des noms ronflants dès les qualifications comme les Françaises Kristina Mladenovic et Fiona Ferro ou encore Ons Jabeur. "Ça me surprend car je pensais que je n'aurais pas besoin de faire les qualifications étant donné mon classement, mais c'est le seul tournoi et il n'y a pas beaucoup de places", s’étonnait justement la Tunisienne après son élimination à Roland-Garros. Décidément, cette année ne ressemble à aucune autre.

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