Mathilde Johansson 01062012
Mathilde Johansson en difficulté | AFP - PATRICK KOVARIK

Johansson: "Je veux bien gagner plus"

Publié le , modifié le

Si l'on pensait que la grande majorité des joueuses de tennis professionnelles n'était pas à plaindre sur le plan financier, la réalité est loin d'être aussi radieuse. Cinquième meilleure joueuse française et 88e mondiale, Mathilde Johansson explique dans un entretien à l'AFP qu'elle est "très très loin d'être millionnaire".

Q: Jusque-là vous avez gagné 1.036.193 dollars (795.000 euros) dans votre  carrière. Félicitations, vous êtes millionnaire...
R: "Merci mais je suis très très loin d'être millionnaire. Cette somme  c'est du brut, ce n'est pas ce que j'ai touché. Il faut enlever les impôts, les  taxes et les frais. Avec ce qui me reste, je ne peux même pas m'acheter un  appartement, alors que je suis dans les cinq meilleurs Françaises depuis  quelques années."
       
Q: Que reste-t-il par exemple en 2012 où vous avez gagné 185.000 euros?
R: "J'ai 150.000 euros de frais par an entre les coaches et les  déplacements et il faut encore enlever 50.000 euros d'impôts et de TVA. La  Fédération française et le Conseil général de Seine-Saint-Denis (département au  nord de Paris) m'aident à hauteur respectivement de 30.000 et 13.000 euros. Et  je touche environ 10.000 de mon équipementier raquettes, plus quelques bonus en  fonction des résultats."
       
Q: Pas d'autre sponsor, pour les vêtements par exemple?
R: "Non. On ne me propose pratiquement rien, quelque chose de très  symbolique. Autant porter ce que j'aime, je joue avec mes propres robes."
       
Q: Qu'est-ce qu'il reste alors au final?
R: "50.000 euros, même pas. Et c'est une de mes meilleures années. Ce n'est  pas avec ça que je vais pouvoir vivre après, d'autant que j'ai fini ma carrière  dans quatre ans. J'arrive à mettre un peu d'argent de côté. Mais pas beaucoup.  Il y a des années ou je joue juste pour entrer dans mes frais."
       
Q: Trouvez-vous cela normal pour une fille qui joue aussi bien au tennis?
R: "Je veux bien gagner plus, j'attends les sponsors avec impatience!  Après, ma vie n'est pas une galère. J'ai quand même ce que je veux et un train  de vie normal. Je ne fais pas attention à ce que je dépense pour manger. En  France on a la chance d'avoir des aides. Celui qui était en finale à Bercy (le  Polonais Jerzy Janowicz), ses parents ont dû vendre leur maison. Mais plus je  m'approche de la fin de ma carrière, plus je vois ce que je n'ai pas mis de  côté."
       
Q: Il y a pourtant beaucoup d'argent dans le tennis...
R: "Oui mais tout va aux meilleurs. Les cinq premiers, c'est tout ce qui  intéresse les sponsors. Le reste, ça remplit les tableaux. C'est un autre monde  dont on est spectateur."
       
Q: Qui peut se permettre de ne plus jamais travailler après le tennis?
R: "Sharapova, Serena Williams, Azarenka ont de quoi être tranquille.  Angélique Kerber (N.5 mondiale)? Ca dépend de la carrière qu'elle va faire.  Pour l'instant non."
       
Q: C'est assez brutal comme réalité?
R: "Ah oui c'est très brutal. Les gens pensent qu'on est toutes riches  parce qu'on passe à la télé. Si tu n'es pas dans les 100 premiers et que tu  n'as pas d'argent, c'est même très compliqué. On économise sur tout, on voyage  seul, on ne prend pas d'entraîneur et on ne gagne pas d'argent quand même.  Après ça dépend où tu places la barre du supportable."

AFP