Coupés dans leur élan (3/3) : Sofia Kenin, la nouvelle comète doit patienter

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Sofia Kenin

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Avec un départ canon en 2020, couronné par un titre à l’Open d’Australie, Sofia Kenin a créé la sensation sur le circuit WTA. L’Américaine de 21 ans, n°1 à la Race, était pressée. Obnubilée par son rêve de dominer le classement mondial, son ascension a été coupée en plein vol par l’interruption des compétitions provoquée par la pandémie de Covid-19.

Rien n'indique que la valse ait pris fin. Depuis 2016, elles sont 8 tenniswomen à avoir occupé la première place mondiale au classement WTA. Angelique Kerber, Serena Williams, Karolina Pliskova, Garbiñe Muguruza, Caroline Wozniacki, Simona Halep, Naomi Osaka ont toutes fini par descendre du trône. Depuis Roland-Garros, c'est Ashleigh Barty qui règne. Mais l'Australienne, qui aurait pu consolider son statut chez elle à Melbourne en janvier, a été battue en demi-finale par une nouvelle prétendante, l'Américaine Sofia Kenin, aussi jeune qu'affamée.

Une femme pressée

Depuis qu'elle peut tenir une raquette, Kenin ne cesse de répéter la même chose : "Je veux devenir numéro 1 mondiale". Celle qui est passée de la 52e place à la 14e en 2019, a continué sur sa lancée en 2020, en mettant les bouchées doubles. A 21 ans, Kenin s'est offert un sacre à l'Open d'Australie, devenant la plus jeune joueuse à le faire depuis Maria Sharapova en 2008. Une belle référence et un modèle pour "Sonya". Au même titre que Sharapova, Kenin est née en Russie (à Moscou), de parents russes, et a grandi en Floride. Si l'Américaine continue à marcher dans les traces de son idole, elle finira bien par décrocher cette première place mondiale qui anime tous ses espoirs depuis le début de sa carrière.

Elle regrettera cependant l'interruption des compétitions provoquée par la pandémie de Covid-19, l'empêchant de tirer profit de la meilleure forme de sa jeune carrière. Outre son titre en Australie, Sofia Kenin a également remporté le tournoi de Lyon, le 8 mars dernier. Grâce à son excellent début de saison, l'Américaine a largement pris la tête à la Race. A l'heure actuelle, elle a inscrit 2392 points en 2020, soit 632 de plus que sa dauphine, battue en finale à Melbourne, Garbiñe Muguruza (1760). Désormais installée dans le Top 5 mondial, "Sonya" Kenin n'a jamais été aussi proche de réaliser son rêve.

L'ascension de l'enfant star

Toute petite, elle a eu le privilège de côtoyer les plus grands et de taper quelques balles avec eux pour divertir la foule. Dans des archives de la WTA, on peut la voir assise sur les genoux de Kim Clijsters, toute heureuse de lui montrer les coulisses du circuit. Grâce à l'abnégation de son père et entraîneur Alexander, étudiant en informatique le jour et chauffeur la nuit, Sofia Kenin a pu mettre les pieds dans un monde fermé par nature.

Sous la houlette de Rick Macci, l'ex-entraîneur des soeurs Williams et de Jennifer Capriati, elle a très vite bénéficié des conseils d'un technicien réputé. Celui qui la surnommait affectueusement le "moustique", du fait de son abnégation inaltérable, la voyait déjà aller très loin. Il n'est aujourd'hui pas surpris par la trajectoire de son ex-protégée. "Son timing de prise de balle est meilleur que celui de toutes celles que j'ai entraînées. Elle a un amorti d'une autre planète", explique Macci au New York Times quand on lui demande de décrire le jeu de Kenin.

Le mental pour repartir de l'avant

Si beaucoup d'observateurs la comparent à Maria Sharapova, lui préfère la rapprocher de Martina Hingis. Dans tous les cas, il y a consensus pour dire que la plus grande force de l'Américaine est son mental d'acier. "Elle vise la jugulaire", n'hésite pas à lâcher Rick Macci. Un peu comme Daniil Medvedev, "elle utilise la négativité et l'adversité comme un carburant", ajoute l'ex-numéro 1 mondiale Tracy Austin. Kenin est du genre à ne jamais s'avouer vaincue.

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"Les gens sur le circuit savent que je ne lâcherai jamais. Si vous voulez me battre, vous devez vraiment le faire. Il faut me terminer. Quel que soit le score, je serai toujours là pour me battre et faire de mon mieux pour prendre l'avantage, et je l'ai fait quelques fois", déclare l'Américaine, sans concession. Complexée dans les catégories de jeunes par son petit gabarit, Kenin a réussi à se bâtir un jeu sans point faible. Elle dépasse le cliché de la joueuse de petite taille qui court partout.

L'actuelle n°4 mondiale sait prendre la balle très tôt et la renvoyer le plus près possible de la ligne de fond, ce qui lui permet de déstabiliser les plus grosses puncheuses du circuit. Il y a une passion pour le combat chez Sofia Kenin. "Certains joueurs, en vérité, ne sont pas certains d'apprécier les égalités, les tie-breaks. De son côté, j'ai l'impression qu'elle n'attend qu'une chose, pouvoir dire : 'ok, amenez moi ça, je suis prête'", analyse Tracy Austin. Si cette force mentale est réellement présente chez l'Américaine, elle n'aura aucun mal à encaisser l'interruption des compétitions et l'incertitude qu'elle génère.

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