Federer a brillé, Djokovic a gagné

Wimbledon : Federer a brillé, Djokovic a gagné

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Comme souvent, Novak Djokovic est sorti vainqueur d'un match au couteau, d'une situation où personne, à part lui, ne croyait à sa survie. Quand il y a un combat, de la dramaturgie, des balles de match à sauver, il n'y a pas meilleur que le Serbe. C'est en partie à ce niveau qu'il est en train de forger sa légende aux côtés de Federer et de Nadal.

Le tennis est un sport qui se joue à un contre un, et à la fin, c'est Novak Djokovic qui gagne. Quand Gary Lineker avait prononcé sa fameuse maxime - "le football est un sport qui se joue à onze contre onze, et à la fin, c'est l'Allemagne qui gagne" - c'était pour souligner la capacité de la Mannschaft à gagner tous les matches : ceux qu'elle domine, tout comme ceux qu'elle ne doit pas gagner. L'analyse s'avère tout aussi pertinente pour Novak Djokovic sur les courts. Quel autre joueur est capable de sortir un coup venu de nulle part sur balle de match, comme il l'a fait ce dimanche face à Roger Federer ? 

Pourtant, le Suisse lui avait tout fait, ou presque. Coups gagnants (94), montées gagnantes (51), aces (25), breaks (7). En face, Novak Djokovic a subi. Mais il a tenu. Il a même passé tout le match devant. Dans le tie-break du 1er set, comme dans celui du 3e, il a joué son meilleur tennis, au moment même où Federer baissait un peu pied. Mais le point qui a tout fait basculer, c'est bien cette balle de match sauvée à 7-8 dans le cinquième. Comme il l'avait fait il y a un an, face à Rafael Nadal, avant de l'emporter 10-8 dans le cinquième en demi-finale. 

Les plus assidus du Serbe se souviendront également de son incroyable match face à Jo-Wilfried Tsonga, dans lequel il a sauvé cinq balles de match. 

Alors, une question : comment fait-il ?

Un geste, un instinct

Il n'y a pas de recette à l'irrationnel. Le numéro un mondial est de ces joueurs qui, naturellement, se subliment dos au mur. Face à Federer, il a atteint le paroxysme de son tennis précisément à 7-8, 40-15 pour Federer sur son service. Son passing de coup droit est d'une pureté inégalable. Comme si rien ne pouvait lui arriver.

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Même Rafael Nadal, peut-être le plus grand guerrier de ce sport, n'atteint pas cet état face au vide. Il se bat, le couteau entre les dents, il donne tout. Mais dans les limites de ce que son jeu et de ce que son physique lui permettent. Les plus beaux coups de Nadal surviennent quand il roule sur ses adversaires, pas quand il se retrouve au bord du précipice. Quant à Federer, s'il sait aussi se sortir de situations compromises (combien de matches a-t-il gagnés après avoir sauvé des balles de match), il ne sait faire de la pression une arme. 

Remarquez d'ailleurs qu'il ne célèbre même pas après son point fantastique. Il atteint dans ces moments une sorte de tranquilité inexplicable, un nirvana tennistique. Il surplombe le court. La frappe est limpide, inarrêtable. En dehors des limites du terrain, elle sonnerait le glas du Serbe. A l'intérieur, elle en fait un miraculé. C'est là, à cet instant précis de rencontre entre un geste et un instinct, que Novak Djokovic atteint sa perfection.