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Wimbledon : En cinq sets, Novak Djokovic remporte son 5e Wimbledon face à Roger Federer

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Au terme d'une finale irrespirable, la plus longue de l'histoire du tournoi, face à Roger Federer, Novak Djokovic a glané sa cinquième couronne à Wimbledon. Longtemps en-dessous dans le jeu mais devant au score, Novak Djokovic a définitivement pris le dessus sur le Suisse au bout d'un cinquième set irréel et en sauvant deux balles de match (7-6, 1-6, 7-6, 4-6, 13-12). Le voilà désormais détenteur de 16 Grands Chelems, soit quatre de moins que son adversaire du jour.

Comme un lointain écho. Novak Djokovic a triomphé de Roger Federer ce dimanche à Wimbledon au bout d'un cinquième set d'anthologie dans une ambiance crépusculaire. Comme un autre dimanche, il y a 11 ans, quand le même Roger Federer s'inclinait face à Rafael Nadal au bout d'un cinquième set mythique dans cette même ambiance crépusculaire. Les mots se répètent, l'histoire bégaye. D'abord en-deçà dans cette finale, mais toujours devant au score grâce à un réalisme à toute épreuve, le Serbe a finalement gagné ce match en se montrant largement supérieur à son adversaire dans les moments décisifs, notamment quand il a sauvé deux balles de match contre lui. Ainsi, les trois tie-breaks perdus par le Suisse au cours de cette finale lui ont été fatals. En cinq sets (7-6, 1-6, 7-6, 4-6, 13-12), Novak Djokovic a fait un nouveau pas dans l'histoire. Un pas de géant. 

Démonstration mentale 

Certains diront sûrement que Federer méritait cette finale. Il est vrai que certaines statistiques vont dans ce sens : Federer a remporté 15 points de plus que Djokovic sur l'ensemble du match, il a frappé 94 coups gagnants pour 61 fautes directes, contre 54 coups gagnants pour 52 fautes directes pour Djokovic,  il a breaké Djokovic 7 fois contre 3 pour le Serbe... Mais au final, qu'est-ce qui importe ? La victoire. Et qui gagne ? Celui qui se montre meilleur aux moments où il le faut. Mentalement, Djokovic a surnagé dans cette finale. A chaque fois qu'il a fallu serrer le jeu pour prendre un avantage décisif, il l'a fait. Tout le contraire de Federer, qui a passé sa finale à courir après le score et à laisser passer des occasions. Certes, le Suisse a remporté le 2e set 6-1 en prenant trois fois le service de son adversaire. Mais ce n'était que pour répondre à un premier set déjà glané au mental par Djokovic, 7-6. Certes, Federer a brillamment gagné le 4e set 6-4. Mais c'était encore une fois pour répondre au troisième set enlevé 7-6 par Djokovic. Et le cinquième set, mémorable, magnifique, déjà mythique, n'a été qu'une démonstration plus éclatante encore de la vista du numéro un mondial dans les moments importants. Une vista de champion. 

Federer a tout tenté

Roger Federer pourra se dévorer les doigts ces prochains jours en repensant à son match. Il se refera le film de la rencontre des centaines de fois, il reviendra sur ces dizaines de moments-clés qui auraient pu tourner autrement. Mais il pourra difficilement nourrir des regrets. Tennistiquement, comment aurait-il pu mieux aborder ce match ? Il s'est montré très offensif, a voulu casser le rythme de Djokovic en multipliant les slices de revers, a mieux servi que jamais. Prenons par exemple ce cinquième set. Il s'est vite retrouvé mené 4-2. "Nole" l'a entamé tambour battant, atteignant enfin le niveau de jeu très élevé et constant, qu'on lui connaît. Personne n'imaginait alors la suite irréelle du set, et du match. 

Alors qu'il semblait décliner physiquement, ce break a été un coup de fouet pour Federer. Le Suisse s'est alors remis à mettre de l'intensité dans ses frappes et dans son jeu de jambes. Résultat : débreak immédiat, match une nouvelle fois relancé. Enfin, les deux joueurs ont bien joué au même moment. Sentant certainement tous les deux le souffle de la fin, ils ont oublié leurs doutes physiques et leurs frilosité mentale.

Et le match est rentré dans une autre dimension. Celle de l'exceptionnel. Les premières balles de Federer ont plu. Celles de Djokovic également. Les coups gagnants du Suisse succédaient aux défenses héroïques de son adversaire. Le public de Wimbledon, quasiment entièrement acquis à la cause de Federer, s'est soulevé à chaque jeu, quasiment à chaque point. Les deux hommes semblaient alors foncer droit vers le tie-break à 12-12.

Djokovic a refait le coup de l'US Open 2011

Et puis il y a eu cette impensable séquence à 7-7. Federer s'est mis à retourner tous les services de Djokovic. Comme pour mettre l'ultime coup de collier. Donner tout, quitte à s'épuiser pour les jeux d'après. Et ça a payé. Le Suisse a pris le service de Djokovic en jouant, tout simplement, son meilleur tennis de la finale. Il le fallait bien face au Serbe, qui en faisait de même. Un sommet de jeu, suivi par un sommet de dramaturgie. Car quelques minutes plus tard, le Suisse se procurait deux balles de match à 8-7, 40-15 sur son service. Plus qu'un point, et le Suisse pouvait s'effondrer sur son gazon chéri. Mirka Federer n'osait même plus regarder, s'abritant derrière ses deux mains, s'imaginant sûrement déjà en pleurs les minutes d'après.

Mais non. En face, il y avait Novak Djokovic. Ce joueur surhumain capable de sortir ses plus beaux coups sur des balles de match contre lui. Au bord du précipice, comme lors de l'US Open 2011, Djokovic a été frappé la grâce, d'un retour dans les pieds, et surtout, un incroyable passing de coup droit court croisé.

C'était fini. Tout le monde le savait. Djokovic, même s'il n'avait fait que égaliser à 8-8, venait de remporter son 5e Wimbledon. L'issue semblait alors irrémédiable. Les jeux suivants n'ont fait que confirmer cette impression : si Federer a bien tenu son service jusqu'à 12-12, Djokovic s'est alors montré d'une sérénité effrayante. Au troisième tie-break du match, celui à 12-12, le premier de l'histoire du tournoi en finale, Djokovic a, presque tranquillement, bouclé son match. Sa célébration a été étonnamment sobre. Exploser de joie ? Déchirer son t-shirt comme il le fait parfois au bout d'un match-marathon ? Non. Pas pour ce Djokovic-là. Il s'est dirigé vers le filet, un léger sourire en coin, le regard noir, décidé, déjà plongé dans sa prochaine mission. Celle de poursuivre jusqu'au bout l'homme aux 20 couronnes, qui s'avançait face à lui, défait.