Jo-Wilfried Tsonga joie Federer score Wimbledon 2011
Jo-Wilfried Tsonga laisse exploser sa joie après avoir battu Roger Federer en cinq manches à Wimbledon | AFP - Leon Neal

Tsonga fait chuter maître Federer

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Au prix d'un match exceptionnel, Jo-Wilfried Tsonga (N.12) a battu Roger Federer (N.3) en quarts de finale de Wimbledon. Le sextuple vainqueur du tournoi menait pourtant 2 sets à 0 avant de s'incliner 3-6, 6-7 (3/7), 6-4, 6-4, 6-4. Le Français jouera en demi-finale Novak Djokovic (N.2), vainqueur de Bernard Tomic qui l'a bousculé avant de s'incliner 6-2 3-6 6-3 7-5. L'autre demie opposera Rafael Nadal (N.1), vainqueur de Fish 6-3, 6-3, 5-7, 6-4, à Andy Murray (N.4).

Depuis son premier sacre à Wimbledon en 2003, seuls deux joueurs avaient battu Roger Federer en huit années. Ils sont désormais trois. Après Nadal en finale 2008, après Berdych en quarts de finale 2010, Jo-Wilfried Tsonga a fait tomber le maître des lieux, avant même le dernier carré. Plus fort encore, pour devenir le premier Français à vaincre le Suisse en Grand Chelem depuis 2004, il a dû combler deux sets de retard. Un scénario qui n'ajoute qu'un peu plus de gloire à cet exploit, puisque c'est le premier à le réaliser face à ce joueur dans un tournoi du Grand Chelem.

Pourtant, Roger Federer a d'emblée pris l'ascendant dans un premier set rondement mené. Après s'être détaché à 3-0 grâce à sa première balle et un coup droit dévastateur, le sextuple vainqueur de l'épreuve a assuré sur ses jeux de service pour remporter le premier acte (6-3) en même pas une demi-heure (6-3). Après cette entame manquée due probablement au petit trac légitime quand on rencontre le maître dans son jardin, Tsonga s'est mis à niveau au cours d'un deuxième set très serré qui n'a basculé que sur la fin. Servant mieux, débordant Federer grâce à un coup droit incisif, le Manceau faisait la course en tête mais le Suisse collait au score (3-2 puis 5-4). Le jeu décisif était complètement raté par le Français qui laissait Federer se détacher irrésistiblement (5-0 puis 7-3).

A deux manches à rien, Tsonga décidait de lâcher les chevaux. Le finaliste de l'Open d'Australie réussissait à s'emparer de l'engagement adverse à 2-1 sur un passing de revers incroyable. Tenant son service, Joe se retrouvait toutefois contraint d'attendre sa quatrième balle de set (retour de Federer juste dans le couloir) pour conclure enfin (6-4) et revenir dans la partie après 1h40. Dès l'entame de la quatrième manche, Tsonga breakait Federer pour s'envoler (3-1 puis 4-2). La tactique qui vise à pilonner Federer sur son revers, si bien mise à jour par Nadal, permettait au numéro 4 tricolore de croire vraiment en ses chances. Le public londonnien, désireux de voir une cinquième manche décisive, poussait un peu plus ce Frenchie "so spectacular". Federer n'abdiquait pas et le niveau de tension montait d'un cran. Tsonga servait pour égaliser à deux sets partout à 5-4, et il ne tremblait pas, remportant un jeu blanc pour conclure sur un ace, son 14e de la rencontre.

Malgré un retour aux vestiaires de quelques minutes qui aurait pu lui remettre les idées en place, le Suisse ne retrouvait pas le fil de la rencontre. D'entrée, il concédait deux balles de break et perdait le point dès la première pour lâcher son service (1-0). La confiance était énorme côté français, comme sur cette montée sur deuxième service, conclue par une volée basse de revers amortie pour garder son avantage (2-0). En se concentrant bien sur son engagement, le Manceau maintenait l'écart. Comme les grands joueurs. Et pour battre le sextuple vainqueur de Wimbledon, il le fallait. Performant au service (une seule balle de break concédée et perdue), perforant en coup droit, il a joué sa carte de l'offensive à fond, montrant que son talent au filet est également à la hauteur (37 points marqués sur 58 montées). Et sur un jeu blanc, et un dernier retour trop long de l'Helvète, il pouvait s'écrouler sur ce gazon si bien taillé pour son jeu. Après 3h09 de match, et un score de 3-6, 6-7 (3/7), 6-4, 6-4, 6-4, pour leur sixième affrontement, Tsonga bat pour la deuxième fois Federer, qui reste ainsi pour la deuxième année consécutive aux portes du dernier carré à Londres. Pour la première fois de sa carrière, le Français atteint les demi-finales de Wimbledon, où il jouera l'homme en forme du début de saison, Novak Djokovic, contre qui il mène (5-2) dans leurs duels. Mais c'est cet homme qui l'avait empêché de soulever le trophée de l'Open d'Australie 2008, pour ce qui reste sa seule finale de Grand Chelem en carrière.

Tomic bouscule Djokovic

158e mondial, issu des qualifications, la logique voulait que Bernard Tomic ne soit pas présent en quarts de finale. C'était compter sans son talent. En plus d'y être, l'Australien a réalisé une performance de premier plan, qui confirme toutes ses capacités. Et ce n'était pas n'importe qui en face de lui, puisqu'il s'agissait de Novak Djokovic. Tranquille en début de match, le Serbe a eu ensuite un gros passage à vide qui a permis à Tomic d'égaliser puis de mener 3 à 1 dans le troisième set. Djokovic (N.2) a alors réagi pour aligner sept jeux de suite, mais son jeune adversaire n'avait pas dit son dernier mot. Il a réussi à recoller, avant de concéder le break décisif à 5-5. "C'était un match très serré. J'ai été bon au premier set, mais il a suffi d'un mauvais jeu de service pour le remettre dans le match. Après il a été pendant un bon moment le meilleur sur le terrain", a reconnu le vainqueur. "Tomic est imprévisible. Etant très jeune, il n'avait rien à perdre. Il frappait beaucoup de coups gagnants et ne faisait pas beaucoup de fautes du fond. J'ai essayé de changer le rythme mais ça a été dur", a ajouté le grand dominateur du début de saison.

C'est la cinquième fois d'affilée que le N.2 mondial atteint le dernier carré d'un Grand Chelem. Il y a un mois, il s'était incliné en demi-finale de Roland-Garros face à Federer. Il s'agissait de sa première défaite de l'année. Djokovic disputera sa troisième demi-finale à Londres, ayant perdu les deux premières en 2007 et 2010. Il est assuré de devenir N.1 mondial s'il se qualifie pour la finale ou si Rafael Nadal ne conserve pas son titre. Tomic, Australien d'origine bosno-croate, qui s'entraîne souvent avec Djokovic, était le plus jeune quart de finaliste à Wimbledon depuis 25 ans.

Nadal, presque bon pied bon oeil, Murray tranquille

Sa blessure au pied n'a pas empêché Rafael Nadal d'aller en demi-finale. Si Mardy Fish n'était pas un poisson assez gros pour le N.1 mondial, ce dernier a montré quelques signes de faiblesse, notamment au niveau de ses appuis. Il a même reconnu, après le match, avoir joué sous anesthésiant, affirmant pourtant que "quand je joue, je n'ai pas mal. Depuis hier, je sais que je vais pouvoir jouer mes matches à 100% ou  presque. Wimbledon en vaut la peine. Après on verra". Contre le 9e mondial, qui ne l'avait jamais battu en cinq matches jusque-là (le dernier remontant à 2008), l'Espagnol n'a pas survolé le match. Deux premiers sets remportés sur le même score (6-3), puis la machine s'est quelque peu détraquée. Le break remporté d'entrée dans la 3e manche était aussitôt effacé par l'Américain (1-1), qui maintenait le cap jusqu'à mener 6-5 et se procurer deux balles de break sur le service de l'Ibère. Après avoir envoyé un premier coup droit dans le couloir sur sa première occasion, il ne laissait pas passer la deuxième, en plaçant cette fois son coup droit sur la ligne (7-5). Dans le quatrième set, Nadal refaisait la différence très tôt en s'emparant de l'engagement adverse (2-1). Ce break, la tête de série N.1 le conservait jusqu'au bout pour l'emporter 6-3, 6-3, 5-7, 6-4 en près de 3h de jeu.

Face au dernier serveur-volleyeur du tournoi, Andy Murray n'a pas beaucoup tremblé. En 2h01, il a dominé Feliciano Lopez, 44e mondial qui atteignait pour la troisième fois de sa carrière les quarts de finale de Wimbledon, pour la troisième fois de sa carrière les quarts de finale d'un tournoi du Grand Chelem. Dans son jardin, le Britannique n'a laissé que deux occasions de break à son adversaire, qui n'a pas pu en conclure une seule. La tête de série N.4 s'impose donc 6-3, 6-4, 6-4. Il s'ouvre ainsi les portes du dernier carré londonien pour la 3e fois de suite. "Je crois que Feliciano était un peu fatigué", a commenté Murray, faisant allusion au match en cinq sets disputés par son adversaire au tour précédent contre le Polonais Lukasz Kubot. "Je joue bien, mais il va falloir que je hausse mon niveau au prochain tour", a-t-il ajouté. L'Ecossais a semblé se plaindre des adducteurs en cours de match après avoir fait un faux mouvement, mais il n'a pas paru spécialement inquiet. "J'ai déjà eu des problèmes à l'Open d'Australie et à Roland-Garros, il faut faire avec". Il n'aura pas le choix pour disputer sa 7e demi-finale en Grand Chelem, ce qui fait de lui le Britannique le plus souvent présent à ce niveau dans l'histoire de l'ère Open devant Tim Henman. Mais la Grande-Bretagne attend depuis 75 ans pour avoir un de ses sujets soulever le trophée. Ce sera la troisième fois qu'il affrontera Rafael Nadal sur ce terrain, après 2008 et 2010, et il ne lui a jamais pris un set. Quant à leurs duels, l'Espagnol mène (11-4). Il lui faudra tout le soutien du Prince Harry, de la Princesse Kate et de sa soeur Pippa, aperçue dans les tribunes lors de ce match, pour renverser le N.1 mondial.

Réactions

Roger Federer: "C'est difficile et frustrant, mais à la limite, je préfère perdre comme ça, en ayant bien joué moi-même. Jo a réussi une performance spéciale pour me battre aujourd'hui. Il a vraiment joué super bien. Il a fait un grand match de bout en bout. Il ne m'a pas donné d'ouverture. Je ne me rappelle pas d'avoir eu une seule balle de break après celle que j'ai convertie au deuxième jeu. C'était un grand match je trouve. Il me rappelle un peu ma finale contre Andy Roddick (gagnée en 2009) où ça s'était également joué sur des détails. Aujourd'hui, il a sorti un grand match.  Il a réussi quelques jeux en retour exceptionnels et a très bien servi. A  chaque fois que ça devenait important, il a sorti le grand jeu. Il a réussi les  coups qu'il fallait aux moments qu'il fallait. C'est dur pour moi, mais il a  vraiment fait du bon boulot. C'est dur mais cette défaite est plus facile à digérer que celle de l'année dernière (face au Tchèque Tomas Berdych en quarts de finale). J'ai presque l'impression de pas avoir perdu tellement je jouais bien moi-même. Je n'ai rien à me reprocher. Peut-être ça fera plus mal dans trois jours, mais j'en doute. Je me sens bien mieux qu'il y a un an, c'est très encourageant et cette défaite ne va rien y changer. Je pense que j'avais le jeu pour gagner le tournoi et je vais continuer à travailler plus dur que jamais pour être prêt pour la Coupe Davis et l'été américain."
Novak Djokovic: "J'ai joué un bon premier set, puis il est revenu dans le match après un très mauvais jeu de service de ma part. Il y a eu des hauts et des bas pour nous deux. Au total, c'était assez équilibré. Je ne peux pas dire que j'ai fait un grand match mais il faut reconnaître son mérite. Je le félicite pour son superbe tournoi. Il était imprévisible, il n'avait rien à perdre. J'ai toujours cru que je pouvais revenir dans le match, que ce n'était qu'un mauvais moment à passer. Il jouait beaucoup de balles basses, ce qui me gêne pas mal, j'ai donc commis de nombreuses fautes. J'espère jouer mieux au prochain match qu'aujourd'hui. Tsonga est revenu de 0-2, c'est un superbe retour. Il joue très bien depuis le Queen's, il est très dangereux. Il sert vraiment bien. Nous sommes tous les deux des joueurs de fond de court. Cela dépendra beaucoup de notre service. Son jeu en dépend. S'il rate quelques premières balles, j'aurai ma chance dans les échanges. Je m'attends à un match équilibré. C'est difficile de comparer ma forme avec celle d'il y a deux ou trois mois parce que la surface n'est pas la même. Je suis très près de devenir N.1 mondial, mais j'essaie de ne pas trop y penser".
Andy Murray: "J'ai pris un bon départ dans chaque set et ça aide contre un bon serveur comme Feli', c'était un bon match pour moi. Je me suis un peu fait mal à la hanche sur un changement de direction au troisième set mais j'ai toujours pu bouger correctement. Ca n'a pas l'air bien méchant. Contre Rafa, il faudra que j'ai un meilleur plan de jeu que l'année dernière, que je joue bien, que je serve bien et que je crois en mes chances. Ce sera incroyablement difficile et je le sais. Je me sens bien, à l'aise et j'ai bien joué jusque-là. Mais je ne m'attends pas à être à l'aise sur mon prochain match. Je vais devoir passer par des moments difficiles et je vais devoir les surmonter si je veux gagner. Je connais l'ampleur de la tâche. Mais c'est une bonne chose d'être frais mentalement et physiquement pour l'aborder. Je ne sais pas ce que ça signifierait pour moi de gagner Wimbledon car je ne l'ai encore jamais fait."

Résultats des quarts de finale

Jo-Wilfried Tsonga (FRA/N.12) bat Roger Federer (SUI/N.3) 3-6, 6-7 (3/7), 6-4, 6-4, 6-4
Novak Djokovic (SRB/N.2) bat Bernard Tomic (AUS) 6-2, 3-6, 6-3, 7-5
Rafael Nadal (ESP/N.1) bat Mardy Fish (USA/N.10) 6-3, 6-3, 5-7, 6-4
Andy Murray (GBR/N.4) bat Feliciano Lopez (ESP) 6-3, 6-4, 6-4