Richard Gasquet et Novak Djokovic
Richard Gasquet et Novak Djokovic face-à-face | AFP - DPPI MEDIA - ELLA LING / ANDOLU AGENCY - ALEX BROADWAY

Richard Gasquet, le tournant de sa carrière face à Djokovic ?

Publié le , modifié le

La troisième demi-finale en Grand Chelem de Richard Gasquet (N.21), pour la deuxième fois à Wimbledon, l'oppose à Novak Djokovic (N.1). A 29 ans, le Français n'a battu qu'une seule fois le Serbe dans toute sa carrière (en douze matches). Pourtant, leur premier duel sur gazon pourrait bien être la meilleure chance du Biterrois de franchir cet obstacle majeur. En cas de victoire, sa fin de carrière pourrait prendre une toute autre tournure. Voici pourquoi il a autant d'opportunités pour cette demi-finale contre le Serbe.

Le gazon, sa meilleure surface

Elevé sur terre-battue, vainqueur de Roland-Garros juniors mais aussi de l'US Open dans cette catégorie, Richard Gasquet est un joueur tout-terrain. Son talent précoce (il a fait la Une de Tennis Magazine à 10 ans) s'adapte à tout. Mais ce n'est pas un hasard si sa première demi-finale en Grand Chelem a été décrochée à Londres, sur gazon. Ici, il est contraint de se faire violence, et de ne pas reculer, sous peine de ne pas toucher la balle. Etre loin de sa ligne de fond de court pour avoir le temps de faire des grandes préparations, c'est son pêché-mignon, sa position de confort. Elle s'est imprimée en lui au fil des années passées sous la coupe de son père, son premier coach, puis d'Eric Deblicker. Depuis 2011, Sébastien Grosjean, avec Ricciardo Piatti puis désormais Sergi Bruguera, travaille à casser cette tendance. Car à très très haut niveau, attendre la faute de l'adversaire ne suffit plus ; il faut aller chercher les points. A Wimbledon, il a connu ses meilleurs résultats en Grand Chelem: quatre 8e de finale et désormais deux 1/2 finales en 10 participations. C'est mieux que l'US Open (quatre 8e de finale et une 1/2 finale en 10 participations), que l'Open d'Australie (quatre 8e de finale en 12 apparitions), ou Roland-Garros (quatre 8e de finale en 12 années de présence).

A Wimbledon, il est collé à sa ligne de fond de court. "Il faudra être agressif, jouer dans le court", a-t-il dit ce matin sur Europe 1. Certains ne savent pas le faire. En plus de cette position, il dispose d'une palette technique tellement large qu'elle lui offre toutes les possibilités pour varier. Ils ne sont pas nombreux sur le circuit à pouvoir le faire. Entre ses chips de revers, ses revers liftés croisés ou long de ligne, et désormais un coup droit qui avance (à force de travail avec Grosjean dont c'était un coup fort) sans oublier un service à la hauteur (19 aces contre Kyrgios), le Biterrois sème le trouble chez l'adversaire. Et son revers chopé, sur le gazon, s'écrase, contraignant ses rivaux à remonter la balle, ce qui lui offre de belles opportunités. Il a la technique et aujourd'hui le physique pour y aller plus loin.

Le physique, une nouvelle arme

Pendant des années, Richard Gasquet a été raillé pour sa (relative) piètre condition physique. Lorsque Ricciardo Piatti est arrivé dans son coin, l'Italien lui a fait passer des caps, tout en affirmant régulièrement que son élève travaillait. Son remplacement par Sergi Bruguera n'a pas fait faiblir les ambitions, surtout que Sébastien Grosjean a assuré la continuité. En décembre, pour préparer la saison, le Français est allé à Manacor, pour un stage commando avec Rafael Nadal. Il en est sorti avec un mal de dos, mais aussi avec la confirmation de ce qu'est l'exigence du plus haut niveau mondial. Ralenti par ses problèmes dorsaux durant la mini-tournée américaine, contraint de passer par la case "infiltrations", il en est revenu que plus fort. Le syndrome de Maigne (inflammations récurrentes) est diagnostiqué.

Désormais, un kiné l'accompagne sur le circuit. "J'ai fait un gros travail de renforcement et de gainage. Chaque jour, c'était trois, quatre heures de muscu. Des abdos à n'en plus finir", disait-il dans L'Equipe en début de semaine. Et cela se voit. Face à Stan Wawrinka, en quarts de finale, il est allé chercher des balles impossibles, celles sur lesquelles il n'aurait pas esquissé un geste voici quatre ans. 2h54 de jeu contre Kyrgios en 8e, 3h28 contre Wawrinka en quarts, et il tient encore. "Il n’y a pas un jour sans que Richard fasse du gainage, des étirements afin de pouvoir se renforcer. C’est comme ça qu’on progresse. Et Sébastien lui parle au quotidien pour lui donner confiance dans son jeu, pour qu’il ait la bonne attitude. Le tennis, c’est une alchimie complexe", glisse Paul Quétin, préparateur physique à la FFT dans une interview au Nouvel Obs. Mais tout cela n'est rien face au défi qui l'attend.

Novak Djokovic, une montagne d'un autre genre

Vaincre Dimitrov (au 3e tour), Kyrgios (en 8e), Wawrinka (en quarts), Richard Gasquet savait qu'il en était capable. Dans les face-à-face, il n'était dominé par aucun d'entre eux. Ce n'est pas la même affaire contre Novak Djokovic. Sur leurs 12 duels, il n'en a gagné qu'un seul, en 2008, mais ils ne se sont jamais joué sur gazon. Et il reste sur une belle correction à Roland-Garros (défaite 6-1, 6-2, 6-3 en 8e). Pire encore, le Serbe n'est pas N.1 mondial par hasard, et en Grand Chelem, il perd très rarement. Depuis 2011, et son accession au trône mondial, il a remporté 7 tournois du Grand Chelem (sur 18 épreuves), été finaliste à 6 reprises, s'est arrêté en demi-finale à 4 reprises, et en quarts une seule fois. Un bilan hallucinant, mais qui laisse de la place pour l'espoir. "C'est un gros test, un truc magnifique à jouer", a lancé le Français sur Europe 1.

La prière de Richard Gasquet sur sa troisième balle de match contre Kyrgios, en 8e à Wimbledon
La prière de Richard Gasquet sur sa troisième balle de match contre Kyrgios, en 8e à Wimbledon

Renverser le N.1 mondial n'est pas donné à tout le monde. Le faire en Grand Chelem encore moins. Le réaliser dans le dernier carré est presque unique, surtout lorsqu'on ne fait pas partie du Big Four (Djokovic, Federer, Murray, Nadal). Mais Wawrinka l'a fait cette année en finale à Roland-Garros et l'an dernier à l'Open d'Australie, Kei Nishikori l'an dernier à l'US Open en demi-finale. Ce sont les deux seuls depuis 2011. Richard Gasquet peut-il ajouter son nom ? Si c'est le cas, il fera d'une pierre deux coups. Non suelement il se qualifiera pour sa première finale en Grand Chelem, mais en plus il se prouvera qu'il peut être l'égal des meilleurs dans un rendez-vous majeur. Annoncé depuis son plus jeune âgé comme un futur N.1 mondial, attendu comme le Messie en France depuis ses premiers pas sur le circuit professionnel (et sa victoire à Monte-Carlo contre Roger Federer en quarts de finale en 2005) , Richard Gasquet répondrait alors à toutes les attentes placées en lui. Et d'abord aux siennes. Tout lui serait alors permis, à 29 ans, en pleine force de l'âge.

Sondage