Wimbledon Nadal face à Murray
Rafael Nadal | AFP - Glyn Kirk

Le grand huit ou une première ?

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L'histoire est en marche. Après avoir abandonné ses titres de Roland-Garros et Wimbledon l'an dernier, Rafael Nadal n'est plus très loin d'un nouveau sensationnel doublé. En face, Tomas Berdych dispute sa première finale en Grand Chelem. Le talentueux tchèque doit réaliser un authentique exploit, battre Federer et Nadal dans le même tournoi, que seul Juan Martin Del Potro a réalisé lors du dernier US Open.

Brillant à Paris, l'Espagnol s'est montré solide tout au long de la quinzaine londonienne malgré des genoux récalcitrants. Donné perdu pour le tennis à intervalles réguliers à cause de ses soucis de santé, le Majorquin, malgré un genou douloureux, est pourtant toujours là, perché au sommet de la hiérarchie, irrésistible sur terre battue et en train de faire de Londres son deuxième jardin, contre toute attente. La machine à coups droits censée fonctionner que sur terre battue, vole d'exploit en exploit sur gazon.

Étiqueté spécialiste de terre battue, il s'inscrit dans la lignée de Bjön Borg, vainqueur de six Roland et cinq "Wim", dont trois doublés entre 1978 et 1980. Le Majorquin l'a déjà réalisé en 2008. Son bilan sur l'herbe londonienne est d'ailleurs étonnant: 28 victoires pour 4 défaites, dont deux en finale face au maître des lieux, Roger Federer, en 2006 et 2007. Autrement dit, Nadal est parvenu en finale lors des quatre dernières éditions auxquelles il a participé. Le voilà l'égal des Federer, Borg, Becker, McEnroe et Sampras, que des seigneurs sur tapis vert, plus fort que Lendl, Edberg ou Pat Cash ! Doté d'un service régulier, d'un jeu de jambe hors du commun et de coup offensif multiple, aussi bien du fond du cour qu'à la volée, le numéro 1 mondial a appris à aimer et respecter la gazon.

Avec un huitième titre du Grand Chelem, il se hisserait en septième position au palmarès de tous les temps, à égalité avec des joueurs comme Agassi, Lendl ou  Connors. Il n'aurait certes toujours que la moitié des trophées de Federer mais, à 24 ans, le Majorquin a encore du temps devant lui, sachant que Federer au même  âge ne détenait "que" six titres majeurs.

Berdych sans marge

Un succès dimanche permettrait également à Nadal de prendre ses distances  avec ses poursuivants au classement mondial, où il caracole déjà en tête, loin devant Djokovic, promu au deuxième rang lundi lorsque Federer rétrogradera en  troisième position suite à sa défaite face à Tomas Berdych en quarts. Cela donne aussi une idée de l'ampleur de l'exploit demandé à Berdych s'il  veut devenir le premier Tchèque à s'imposer en Grand Chelem depuis Petr Korda à Melbourne en 1998. Vainqueur de Federer, il devra battre les deux meilleurs joueurs de la planète, un tour de force que seul l'Argentin Martin Del Potro a réussi en Grand Chelem. Depuis, il est blessé....

Et Berdych est censé le faire lors de sa première grande finale sur le Central Court où son illustre compatriote Ivan Lendl a toujours échoué. Cela s'annonce compliqué, car si Berdych est plus vieux de neuf mois que Nadal, son palmarès et son expérience sont infiniment plus maigres. Nadal l'a battu lors de leurs six dernières rencontres, dont un quart de finale à Wimbledon en 2007, et lors de leur tout premier rendez-vous, il y a cinq ans, lors de leur unique finale à ce jour, à Bastad (Suède). Vainqueur d'un Master 1000, en 2005 à Paris, il a du mal à concrétiser son potentiel.

Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Au début, leur relation a été houleuse. "You are very bad" (tu es très méchant), avait dit Nadal à Berdych à l'issue d'un match à Madrid en 2006. Ils se sont réconciliés depuis et ont même failli s'associer en double. N'en déplaise aux tabloïds britanniques, il n'y aura pas d'odeur de souffre dimanche sur le Central, seulement un combat d'homme à homme, un exercice dans lequel Nadal excelle.

Mathieu Baratas