Roberto Bautista Agut
Roberto Bautista Agut | GLYN KIRK / AFP

Le gazon de Wimbledon a-t-il trop ralenti le jeu ?

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Des huit quarts de finalistes du tableau masculin, seuls Sam Querrey et Roger Federer peuvent être considérés comme des attaquants. Le ralentissement de la surface, voulu par les organisateurs, combiné à l'évolution du tennis ont-ils dénaturé l'identité du plus célèbre tournoi du monde ?

A ce rythme, les seuls moments où l'on se rendra au filet à Wimbledon ce sera pour serrer la main de son adversaire à la fin du match. On caricature à peine. En 2002, Roger Federer faisait service-volée 80,8% du temps. Depuis son pourcentage est descendu sous les 10% (avec une "pointe" à 3,5% en 2011 !) Ce chiffre résume à lui-seul la profonde transformation subie par le jeu au All England Club.

Depuis Björn Borg, qui a posé les bases du jeu moderne sur herbe et dont le dernier des 5 titres titre remonte à 1980, le Centre Court était réservé à une élite, celle des serveurs volleyeurs. Parfois, au gré des ans, on trouvait la trace d'un joueur de fond de court au palmarès (Andre Agassi en 1992, Lleyton Hewitt en 2002) mais ces cas étaient des exceptions, presque des anomalies. En s'imposant en 2008, puis 2010, Rafael Nadal a ouvert la voie à des joueurs au profil plus "défensif". Novak Djokovic et Andy Murray en ont profité pour s'inviter au festin avec l'Espagnol et Roger Federer. Ce dernier, maître incontesté des lieux (8 titres) regrette d'ailleurs la disparition progressive mais inéluctable des purs attaquants. 

Les derniers dinosaures 

"Presque aucun joueur parmi ceux que j'ai affrontés n'est capable de faire service-volée" s'étonnait le Suisse après son dernier sacre en 2017. "C'est effrayant de voir ça à ce niveau. Quand je regarde les stats, je vois que le gars que je vais jouer est à 2% de service-volée, et ça sur l'ensemble du tournoi". Federer n'est pas le seul à éprouver une certaine nostalgie pour une époque où le jeu était plus basé sur le réflexe que sur la réflexion. "J'espère que davantage de coaches pousseront leurs joueurs à venir prendre leur chance au filet, car c'est là que les trucs sympas arrivent". 

L'octuple vainqueur est, cette année encore, l'un des derniers survivants d'une ère presque révolue, celle de ceux qui osent s'aventurer dans leur propre carré de service. Avec Sam Querrey, il représente les dernières fumerolles d'un volcan qui s'éteint. Les six autres quarts de finaliste ? Djokovic et Nadal bien sûr, car leur talent leur permet de briller sur toutes les surfaces. David Goffin et Kei Nishikori, des petits gabarits au jeu de contre plus que d'attaque. Enfin Guido Pella, un "terrien" pur jus, et Roberto Bautista Agut un attaquant de fond de court ! Shocking ? Pas tant que ça. 

Perte de vitesse, perte d'âme ?

Selon la plupart des joueurs, le gazon de Wimbledon, réputé jadis pour sa rapidité, ne l'est plus du tout, tellement ralenti ces dernières années qu'il est même devenu pour certains la surface la plus lente du circuit ! Depuis quelques années, régulièrement, des joueurs ou joueuses regrettent cette perte de vitesse, et cette perte d'âme, décidée par les organisateurs afin de rallonger les échanges.

Mais de là à faire de Wimbledon le tournoi le plus lent du circuit... Le pas a été franchi cette année par l'Américain Denis Kudla après sa victoire au premier tour, et visiblement pas très enthousiasmé par ce constat. "C'est définitivement le Grand Chelem le plus lent et de loin. Ces terrains sont maintenant tellement lents, c'est juste fou", a-t-il estimé. Le gazon a pourtant longtemps été considéré comme la surface la plus rapide, avec un rebond très bas, une balle qui fuse, obligeant les joueurs à terminer au filet.  Sauf que l'évolution du jeu, des raquettes, de la préparation des terrains, des balles, ont bousculé cette norme. En voulant ralentir le jeu, les organisateurs ont également modifié les habitudes anglaises : celles du thé, d'une tenue blanche et d'une volée de revers bien claquée.