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Federer pour Pouille, Nadal pour Tsonga : les destins croisés des Français à Wimbledon

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Ce samedi, Lucas Pouille et Jo-Wilfried Tsonga défieront au même moment deux des trois monstres du circuit : Roger Federer et Rafael Nadal. Au vu des prestations des deux Français depuis le début du tournoi, ils peuvent regretter de tomber si tôt face aux favoris. Mais ils ont des cartes à jouer.

Ils auraient sans doute préféré être moins dans la lumière et poursuivre le petit bonhomme de chemin dans ce Wimbledon. Quoique. Lucas Pouille et Jo-Wilfried Tsonga affrontent deux des trois ogres du circuit : Roger Federer et Rafael Nadal. 38 Grands Chelems et 62 Masters 1000, voilà ce à quoi vont s'attaquer à eux deux les Français en lice ce samedi. La tâche s'annonce impossible. Pourtant, il existe quelques motifs d'espoir. 

Attention, travaux en court

Les deux joueurs sont en reconstruction. Leur carrière est en plein chantier depuis quelques mois. Lucas Pouille a changé d’entraîneur en fin d’année 2018 après une saison terriblement terne. Si on excepte sa demi-finale à l’Open d’Australie qui, mois après mois, se lit bien plus comme une parenthèse que comme un tremplin, les fruits de cette nouvelle association avec Amélie Mauresmo poussent à un train de sénateur. Lentement mais sûrement, il avance ; comme le prouve sa plutôt bonne saison sur gazon.  Quart de finale à Stuttgart en battant le 13e mondial Daniil Medvedev, 2e tour au Queen’s en perdant contre le même Medvedev en trois sets serrés, et surtout une exhibition pré-Wimbledon où il a battu un Rafael Nadal impliqué en trois sets et avec un niveau de jeu très élevé.
 

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Le creux de la vague semble passé, et le minutieux travail d’Amélie Mauresmo est apparemment en train de d’aboutir. « Je ne pouvais pas rêver mieux, a-t-il confié à l’Equipe après sa victoire contre Grégoire Barrère au 2e tour. C’est top, très positif. Les sensations sont super bonnes dans tous les compartiments du jeu. Physiquement je me sens très bien. » Le chantier serait-il sur le point d’être clos ? Jo-Wilfried Tsonga lui aussi travaille patiemment à son retour. Match après match, tournoi après tournoi, ses coups retrouvent de leur puissance, son déplacement de son panache, sa concentration de sa régularité. Le Manceau était retombé à la 262e place mondiale après son opération du genou. Celle-ci l’avait éloigné des courts pendant huit mois ; une période suffisamment longue pour lui faire perdre tous ses repères, ainsi que sa forme physique.

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« On a l’impression que ce n’est pas grand-chose de s’arrêter mais, quand tu as fondu de 3,5 kilos sur une jambe et pareil sur l’autre, c’est compliqué de revenir » S’il a eu des doutes sur sa capacité à revenir parmi les meilleurs durant l’année, ils sont sans doute estompés aujourd’hui. "Quand je perds sur Raonic à Stuttgart, je suis dégoûté d'avoir perdu mais je suis très heureux du contenu de mon match. Pareil contre Federer à Halle. Il me manque juste des victoires sur les mecs du Top 10".  

Sur gazon ils peuvent faire des merveilles 

L'historique des deux joueurs sur gazon est flatteur. Lucas Pouille est un joueur polyvalent à l'extrême. Il a gagné 57% de ses matches sur gazon, 54% sur terre et sur dur. Avant son improbable demi-finale à l'Open d'Australie 2019, Wimbledon était le Grand Chelem qui lui réussissait le mieux avec un quart de finale en 2016 (comme à l'US Open). Sa panoplie technique est complète, idéale pour la surface : il est très agressif, sert bien, monte souvent à la volée et avec réussite. Depuis le début du tournoi, on le voit se déplacer sur l'herbe londonienne comme un chat. "Je bouge bien sur la surface, c'est très encourageant" a-t-il analysé dans les colonnes de l'Equipe. Grégoire Barrère, sa victime au 2e tour, abonde : "Sur les deux premiers coups, il t'enfonce tout de suite, il frappe très fort et sert très bien." 

Lucas Pouille
Lucas Pouille © BEN STANSALL / AFP

Techniquement, Tsonga aussi a quelques affinités avec l'herbe. Service surpuissant, jeu agressif, déplacement explosif, bonne main à la volée : Tsonga a la palette du joueur de gazon. Il en a aussi les résultats. Le Français est un ancien demi-finaliste (2011,2012) à Londres. En 2011 il avait atteint le dernier carré en battant un certain Roger Federer. Le Manceau sait y faire lors des grands chocs face au Big Four, d'autant plus sur une surface qu'il apprécie tant. Son pourcentage de victoires sur herbe ? 69%. Contre 68% sur dur et 63% sur terre. 

Face à Nadal et Federer, ils n'auront rien à perdre 

Lucas Pouille regardera forcément dans le rétroviseur. Il y verra son fabuleux Open d’Australie. Là-bas aussi, il se présentait en lambeaux, après une saison complètement ratée. Là-bas aussi, pas grand monde ne misait sur lui. Là-bas aussi, il avait passé ses deux premiers tours avec une facilité qu’on ne lui avait pas vue depuis longtemps, et face à deux Français aussi. Là-bas, il s’était hissé en demi-finales. Mais il n’y avait pas rencontré Roger Federer. 

Federer et Pouille ne se sont joués qu'une fois, à Bercy. Victoire du Suisse 6-4 6-4.
Federer et Pouille ne se sont joués qu'une fois, à Bercy. Victoire du Suisse 6-4 6-4. © AFP

Jo-Wilfried Tsonga pourra s’appuyer sur son dernier match face au Majorquin. C’était sur gazon, au Queen’s, en 2017. C’était une victoire, à la régulière, face à un Taureau de Manacor encore gauche dans ses déplacements sur herbe. Cette année, ce sera le 3e match de Nadal sur gazon. Même si l’Espagnol semble déjà à son aise, son armure peut avoir des brèches. A Tsonga de s’y engouffrer, et surtout, d’y planter, sur la durée des cinq sets, les racines de sa victoire. 

Soyons clairs. Leur tournoi est déjà réussi. Qu’ils perdent en trois sets ce samedi n’y changera rien. Qu’ils perdent en quatre, voire cinq sets, confirmeraient avec fracas leur retour dans le gotha mondial. Qu’ils gagnent et signent l’un des exploits de leur carrière serait monumental. Est-ce pour autant inatteignable ? Pas tant que ça. Wimbledon sait être capricieux dans ses premiers tours. Le gazon anglais, même si beaucoup plus lent cette année de l’aveu même des joueurs, cultive sa part d’inattendu : rebonds bas, glissades, adaptation difficile. C’est le théâtre idéal des divines surprises.