Le Suisse Roger Federer
Roger Federer ovationné par le public | AFP - DON EMMERT

US Open: Federer, la saison des plaisirs

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Battu 7-5, 3-6, 7-6 (10/8), 6-4 par Juan Martin Del Potro en quarts de finale de l’US Open la nuit dernière, Roger Federer n’en a pas moins accompli un retour tonitruant au plus haut niveau mondial, glanant cinq tournois dont deux Majeurs et deux Masters 1000 et revenant tout près de la première place qu’il convoitait en début de tournoi. Alors que certains le croyaient incapable de renouer avec les plus grands trophées, le meilleur joueur de l’histoire a de nouveau suscité un engouement extraordinaire partout où il est passé, enthousiasmant les fans par sa fluidité unique et ses coups magiques.

L’US Open est un tournoi à part. Placé à l’entame de la fin de saison (il ne reste que deux mois de compétition derrière et le classement de l’année se joue souvent là), il ne tolère aucune défaillance physique et nécessite d’être au mieux de sa forme. Quintuple lauréat de l’épreuve entre 2004 et 2008 face à cinq adversaires différents (Hewitt, Agassi, Roddick, Djokovic, Murray), Roger Federer est bien placé pour le savoir.

Trop juste pour gagner à Flushing

Légèrement diminué lors de la finale 2009 qui aurait pu lui offrir un sixième sacre –déjà contre ce diable de Del Potro-, le Suisse n’a plus jamais gagné l’USO depuis malgré une régularité démente au plus haut niveau notamment à New York (finale en 2015, demi-finales en 2010, 2011, 2014, quarts en 2012).
Après avoir manqué l’édition 2016 à cause d’une blessure qui l’a tenu éloigné du circuit durant six mois, Roger Federer a réalisé un parcours très respectable lors de ce Flushing Meadows qu’il n’abordait pas dans les meilleures conditions. Des douleurs au dos se sont réveillées à Montréal où le Bâlois a tout de même atteint la finale, perdue contre Alexander Zverev. Forfait pour le Masters 1000 de Cincinnati afin de se préserver pour l’ultime levée du Grand Chelem, le numéro 3 mondial n’est pas arrivé à l’US Open dans des conditions idéales (ce qui ne retire rien au succès de l’incroyable Delpo). 

Pour aller au bout d’un tournoi aussi exigeant que Flushing –qui a piégé nombre d’outsiders aux dents longues style Cilic, Zverev, Thiem, Dimitrov, Berdych-, il convient d’aborder l’évènement au top. Rafael Nadal peut acquiescer. Après un été 2008 magnifique (enchainement grandiose Roland-Garros-Wimbledon-JO), l’Espagnol était arrivé fatigué à New York et il s’était incliné en demies contre Andy Murray

Une résurrection pas gagnée d'avance

Federer a eu des occasions de mener deux sets à un (quatre exactement). Mais il a multiplié les fautes directes (41) et grossières, comme ce smash dans le bas du filet et une volée totalement manquée. S’il a concédé avec fair-play que le meilleur avait gagné, l’Helvète a tenu à souligner son état de forme incertain et son physique amoindri. "Il y a des choses qui se sont passés durant ma préparation qui m'ont empêché de jouer mieux: je savais en abordant ce match que je n'étais pas au mieux physiquement, mentalement ou même dans mon jeu", a-t-il avoué. 

Cette défaite n’altère en rien la superbe saison du Maestro qui a mis fin à quatre ans et demi de disette en Grand Chelem en remportant l’Open d’Australie en janvier au terme d’une finale d’anthologie contre Nadal avant de continuer sur sa lancée (succès à Indian Wells, Miami et Halle –pour la 9e fois) et de triompher à nouveau à Wimbledon pour chiper à Pete Sampras le record absolu de victoires dans le Temple (8). 

La place de numéro 1: un bonus, pas une priorité

"Je ne suis pas si déçu que cela car ça a déjà été une belle année, c'est décevant, mais la façon dont je joue en ce moment ne pouvait pas me permettre de gagner le titre", a rappelé l’homme aux 19 Majeurs qui aurait signé début janvier pour une telle razzia. Même la reconquête du trône, qu’il a occupé pour la dernière fois en octobre 2012, ne l’obsède pas plus que ça. Cela aurait constitué la cerise sur le gâteau mais le gâteau est déjà énorme. A la question : Vous pouviez redevenir N.1 mondial: est ce que cela a pu vous mettre une certaine pression? Quels sont vos plans pour la suite ?, Federer a répondu clairement. 

"Non pas vraiment. Mon programme ne changera pas d'ici la fin de la saison. Mais je suis content de pouvoir souffler. J'ai besoin de souffler. J'ai pensé à ça en sortant du court, parce que je suis fatigué, et que j'ai donné beaucoup ici. Je n'étais pas sûr de pouvoir jouer, je suis content de pouvoir me reposer maintenant. Mon programme ne va pas changer avec la Laver Cup, Shanghai, Bâle, Paris et le Masters à Londres. J'espère avoir récupéré et être à 100%". 

Les attentes autour du Maître demeurent très grandes mais il n’a plus rien à prouver. Viser les 100 tournois ATP et les 20 Majeurs ? Ca sera l’objectif de 2018. Mais avant tout, il s’agira pour Roger Federer de pouvoir jouer sans bobos. Afin de pouvoir régaler les fans encore quelques années. Si c’est le cas, nul doute que les résultats suivront.

Grégory Jouin @GregoryJouin

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