US Open : "On a été mis de côté", l'incompréhension de Stéphane Houdet à l'annulation du tournoi de tennis-fauteuil

Publié le , modifié le

Auteur·e : Emmanuel Rupied
Stéphane Houdet, ancien N.1 mondial, en action sur les courts de New York en 2019
Stéphane Houdet, ancien N.1 mondial, en action sur les courts de New York en 2019 | AFP - GETTY IMAGES

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La fédération américaine a confirmé ce mercredi la tenue de l'US Open à la fin du mois d'août pour les simples hommes et femmes. Mais pas le tournoi de tennis-fauteuil. Une décision difficile à avaler pour le numéro un français Stéphane Houdet, ancien N.1 mondial en simple et en double et vainqueur de 23 titres du Grand Chelem, qui vit des moments difficiles financièrement et met en doute son avenir sur le circuit. Face au tollé provoqué, la direction du tournoi américain n'a toutefois pas totalement fermé la porte et propose de discuter des différentes options avec les joueurs lors d'une réunion ce vendredi.

Comment avez-vous vécu l'annonce de l'USTA ce mercredi avec la tenue de l'US Open début septembre sans le tennis-fauteuil ?
Stéphane Houdet
: "C'est une douche froide. La présidente de l'USTA Katrina Adams a commencé sa conférence de presse sur le Stade Arthur Ashe en parlant de discrimination et en disant qu'elle était ravie que dans ce contexte ils puissent jouer. Elle parle des événements liés au mouvement "Black lives matter" et de ce que cela signifie. Pour ensuite annoncer qu'il n'y aura pas de tennis-fauteuil. C'est étrange".

Vous n'étiez pas au courant de cette décision avant qu'elle ne soit rendue publique ?
SH :
"Je ne l'ai pas senti venir. On a été mis de côté. J'ai échangé avec la directrice du tournoi de tennis-fauteuil Joanne Wallen durant le confinement, il y a un mois environ, et elle m'avait assuré que l'US Open n'allait pas se tenir. On ne savait pas alors comment on allait voyager. Donc on était loin de penser que le tennis-fauteuil qui ne concerne, rappelons-le, que 20 joueurs, n'allait pas se tenir. C'est assez surprenant. On nous parle d'un danger par rapport au nombre de personnes sur le site mais on commence en deuxième semaine donc il n'y a plus grand monde à ce moment-là. Les joueurs de tennis-fauteuil, en dehors de Shingo Kunieda, voyagent toujours avec une seule personne dans le meilleur des cas !"

Le numéro un mondial en quad Dylan Alcott parle de discrimination dans un tweet qui a été repris en masse sur les réseaux sociaux. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
SH :
"J'attends de savoir quelle est la motivation du tournoi. La directrice de l'US Open Stacey Allaster m'a dit : "Donne-moi 24h". L'ITF a dit chercher une solution. Avant de parler de discrimination, il faut savoir pourquoi. Si c'est économique, on pourra l'entendre. Mais si ce n'est pas le cas, alors oui c'est de la discrimination".

Avez-vous des informations quant à la tenue du tournoi en fauteuil à Roland-Garros ?
SH :
"Pour Roland-Garros, le secrétariat de Sophie Cluzel (Secrétaire d'état chargée des personnes handicapées) m'a demandé de discuter avec eux à ce sujet mais je n'ai pas pu encore échanger. Nous avons eu des bruits de couloirs de la part de la commission des joueurs comme quoi il n'y aurait pas de tennis-fauteuil à Roland-Garros. On parle aussi d'une réduction du tableau. On est 8, donc on passerait à 4. On attend de voir".

Comment va se dérouler la fin de saison sur le circuit ?
SH :
"L'ITF a publié un calendrier ATP/WTA mais aussi avec les juniors mais pas d'informations sur le tennis-fauteuil. On est dans la plus grande expectative. On ne sait rien".

"Je fais un tournoi au Japon la saison dernière, je perd en finale du simple face à Kunieda et je gagne le double avec Nicolas Peifer. J'ai perdu 700 euros".

Quel impact économique ces annulations ont-elles sur vous ?
SH :
"Quand on parle du tennis en simple, on dit qu'il faut être dans le top 100 pour gagner sa vie et garantir son avenir sur le circuit. Pour le tennis-fauteuil, il faut être dans le top 7. Car ce sont eux seuls qui sont assurés de jouer tous les Majeurs et vont gagner au minimum 9000 à 10 000 euros par Grand Chelem soit près de 40 000 euros sur l'année. Avec ce prize-money, on peut assurer sa saison. Seul bien sûr. Pas de coach, ni de préparateur physique qui vous suit. Déjà, faire les Grands Chelems, c'est dur, mais si on ne les fait pas, on perd de l'argent. Je vous donne un exemple : je fais un tournoi au Japon la saison dernière, je perds en finale du simple face à Kunieda (numéro un mondial) et je gagne le double avec Nicolas Peifer (un autre joueur français, 7e au classement planétaire). J'ai perdu 700 dollars. Je fais un bon tournoi, un bon parcours, je ne fais pas d'extras ni de bêtises financières. Mais je perds de l'argent. C'est la réalité de notre sport".

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"Je me pose des questions sur ma survie économique"

Avez-vous reçu des aides de la fédération ou même de vos sponsors ?
SH :
"On devrait toucher 4500 euros pour les six derniers mois. Seulement pour le Top 20 et selon certaines conditions. La Fédération française de tennis a dit qu'elle compléterait pour atteindre la somme de 1000 par mois. Mais elle m'a ensuite dit que comme j'avais touché 5000 par l'ITF, c'était zéro pour moi. Or ça fait 735 euros par mois. Je leur ai demandé donc qu'ils complètent la somme. Pas de réponse. Quant à mes sponsors, on m'a demandé de participer à l'effort de guerre et de baisser de 33% mon salaire. Cela représente environ 3000 euros sur une année. Un autre de mes partenaires a carrément divisé par quatre ce que je devais gagner".

Êtes-vous inquiet pour la suite de votre carrière ?
SH :
"Bien sûr. Là je n'ai aucun revenu. Avant j'étais salarié au ministère des Armées. Ce n'est plus le cas. Je suis vétérinaire de profession et honnêtement je me pose des questions ces derniers temps sur ma survie économique".