Nishikori-Cilic
Le Japonais Kei Nishikori et le Croate Marin Cilic vont disputer leur première finale du Grand Chelem | AFP

Nishikori et Cilic, une chance unique

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Kei Nishikori peut devenir le premier Asiatique à remporter un titre du Grand Chelem, mais son adversaire lundi en finale de l'US Open, Marin Cilic, veut aussi saisir l'occasion inhabituellement offerte par le "Big Four". Avant même le premier échange, la finale messieurs de l'US Open 2014 est historique car pour la première fois depuis janvier 2005, Roger Federer, Rafael Nadal, Andy Murray ou Novak Djokovic n'y participeront pas.

L'année 2014 aura donc été celle du chamboulement. Le premier Grand Chelem de la saison, en Australie, s'était terminé par la victoire de Stan Wawrinka. Il devenait le premier depuis Juan Martin Del Potro en 2009 lors de l'US Open a brisé l'hégémonie du "Big Four", ce groupe de 4 qui a trusté 36 des 38 derniers Majeurs. Le quatrième Grand Chelem de la saison sacrera aussi un novice à ce niveau puisque le Japonais Kei Nishikori, 24 ans et 11e mondial, a éliminé le numéro 1 mondial en demi-finale 6-4, 1-6, 7-6 (7/4), 6-3, tandis que le Croate Marin Cilic, 26 ans et 16e mondial, a foudroyé en trois sets (6-3, 6-4, 6-4)  Roger Federer et ses 17 titres majeurs. Avant ces performances majuscules, Nishikori avait fait forte impression avec deux matchs marathon contre Raonic et Wawrinka, dont l'un se  terminant à 2 h 26 du matin, égalant le record dans l'histoire de l'US Open. Pour se hisser jusqu'ici, Cilic avait éliminé un habitué des derniers tours de Grand Chelem, Tomas Berdych, 6e mondial.

A 14 ans seul en Floride

Comme Wawrinka en Australie, Kei Nishikori a coupé des têtes pour arriver en finale. Le Suisse avait battu coup sur coup Djokovic (alors numéro 2 mondial), Berdych (numéro 7 mondial) avant de faire plier le numéro 1 à l'époque, Nadal, en finale. A New York, le discret Japonais a surtout battu coup sur coup les têtes de série  numéro 5 (Raonic), 3 (Wawrinka) et 1 (Djokovic) du dernier tournoi majeur de l'année. Une série d'autant plus impressionnante qu'il a subi une petite intervention chirurgicale début août pour enlever un kyste à un pied et n'a pas joué les trois semaines précédant l'US Open. "Je me suis même demandé si cela valait la peine de venir à New York, je n'avais vraiment aucune attente", a-t-il assuré. Nishikori est habitué à relever des défis: il a quitté sa famille à 14 ans pour rejoindre l'académie de Nick Bollettieri en Floride, sans parler le moindre mot d'anglais.

L'adolescent de Matsue (sud-ouest du Japon), fils d'un ingénieur et d'une  professeur de piano, a tapé dans l'oeil de Bollettieri, qui a formé notamment  André Agassi, Jim Courier ou Monica Seles. "Kei a des mains et des jambes extraordinaires", a rappelé Bollettieri,  admiratif de la rapidité, de l'endurance et de la puissance de son ancien protégé, qui vit et s'entraîne en Floride. Nishikori débarque au départ avec un plan de carrière baptisé "Projet 45".  Objectif, dépasser le meilleur classement jamais atteint par un joueur  japonais: Shuzo Matsuoka, 46e mondial en 1992. Mais très vite, il vise plus haut: il remporte son premier tournoi ATP en  2008, année où il reçoit le trophée de révélation de l'année. Après une saison blanche en 2009, à cause d'une opération à une épaule, il fait son entrée dans  le top 30 mondial en 2011.

"Au sommet de l'Everest"

Son ascension est freinée par des blessures, encore cette année où il est  contraint à l'abandon à Miami, après avoir battu en quart de finale Roger Federer, ou en finale du Masters 1000 de Madrid, où il dominait le roi de la  terre battue, Rafael Nadal. "Cette année, il a vraiment percé et je ne serais pas surpris que cela  profite au tennis masculin en Asie", s'est félicité son entraîneur Michael  Chang, Américain d'origine chinoise, vainqueur de Roland Garros en 1989. L'Asie, la Chine en particulier, a déjà été saisie par la fièvre du tennis  après la victoire à Roland Garros en 2011 de Li Na, première Asiatique sacrée  en Grand Chelem et star de son pays.

Nishikori est déjà l'un des joueurs les plus convoités du circuit par les  annonceurs, dont le géant japonais de l'habillement Uniqlo (NDLR: Cilic est lui habillé par le... Chinois Li Ning !), ce qui lui assure 11 millions de dollars par an. Un titre le propulserait dans une autre dimension, mais Cilic a lui-aussi une mission: faire oublier ses quatre mois de suspension pour dopage en 2013 et succéder à son entraîneur Goran Ivanisevic au palmarès du tennis croate. "En début d'année, j'ai dit qu'il finirait dans le top 10, peut être que certains ont pensé que j'étais fou. C'est la première finale pour les deux, et le vainqueur sera au sommet du monde, au sommet de l'Everest lundi", a résumé Ivanisevic. Le Croate était celui qui s'en était approché le plus près des deux puisqu'il avait déjà atteint le dernier carré en Australie en 2010 - battu par Murray. Ce lundi soir, à Flushing, ils devront dominer leurs émotions, sûrement immenses au moment d'entrer sur le court pour succéder à Rafael Nadal, le grand absent, qui a du regarder cette révolution depuis son canapé.