Millman.
John Millman. | Alex Pantling / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

John Millman, des sols de gares aux quarts de l’US Open

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Quasiment inconnu du grand public avant son exploit face à Roger Federer, John Millman s'apprête à affronter Novak Djokovic pour une place dans le dernier carré de l'US Open. Le moment de s'intéresser de plus près à la trajectoire de l'Australien.

Vous connaissez probablement ce qui devait constituer l’avenir du tennis australien : Nick Kyrgios (23 ans), Bernard Tomic (25 ans), Thanasi Kokkinakis (22 ans) voire Alex de Minaur (19 ans). Il faut désormais s’intéresser à son présent, bien moins connu, bien plus sobre : John Millman (29 ans) se retrouve en ¼ de finale de l’US Open. S’il commence le tennis à l’âge de 4 ans, il aura patienté 25 ans avant d’être dans la lumière. Un exploit retentissant face à Roger Federer et la carrière du 55e mondial prend un sérieux tournant.

Très discret, gabarit plutôt léger (1m83 pour 75kg), le natif de Brisbane performe essentiellement sur le second circuit, celui des challengers où il accumule 11 titres. Son meilleur cru remonte à 2016, il atteint par deux fois le troisième tour d’un tournoi du Grand Chelem. Plus anecdotique, il devient le premier joueur à infliger un 6-0, 6-0 dans un match olympique, lors des J.O de Rio. Quelques coups d’éclats sans parvenir à réellement percer.

Avant Federer, les galères

Ainsi se déroule la carrière d’un joueur de seconde zone – hors top 100, entre passion en galères. "Mes parents travaillaient dur, alternaient cinq jobs pour nous payer des écoles alors je leur ai dit que si je choisissais ce que je voulais faire je le ferai à la sueur de mon front, confiait-il au média australien Sen. Je n'ai pas reçu d'aide et n'ai pas été exposé quand j'ai commencé alors j'ai dû me débrouiller tout seul. J'ai voyagé dans le monde par mes propres moyens. Les dernières années ont évidemment été plus faciles puisque j'ai grimpé un peu au classement mais avant il m'a fallu dormir à même le sol dans les aéroports et les gares. Ce n'est pas une histoire unique, mais celle de 95% des joueurs."

Petit à petit, il gratte des places pour finir l’année 2016 à la 84e place. Il s’offre quelques noms connus du circuit comme Diego Schwartzmann ou Gilles Muller, sans pour autant titiller le top 10. Jusqu’à ce fameux huitième de finale de l’US Open.

Coupable d'avoir battu Roger

Sous les lumières du court Arthur-Ashe, Millman s'est imposé contre toute attente aux dépens de Federer en quatre sets 3-6, 7-5, 7-6, 7-6 après plus de 3h30 de combat. L'Australien a même écarté deux balles de deux sets à zéro, puis une balle de deux manches à une. Avant d’avouer : "Je vais m'en souvenir très, très longtemps."


L’ambivalence de cette victoire est grande. S’il signe alors le plus grand exploit de sa carrière, il s’est senti "coupable" d’avoir fait tomber le Maître : "Je me sens un peu coupable parce qu'il n'était pas dans sa meilleure forme, c'est certain. Je suis pleinement conscient qu'il a connu une mauvaise journée. Probablement que pour que je le batte, il fallait qu'il ait un jour sans et que je sois dans un bon jour." Modeste, le nouveau venu en cette deuxième semaine de Grand Chelem devra signer un autre exploit de taille s’il veut poursuivre sa belle histoire. Sur sa route, l’un des favoris au titre, le revenant Novak Djokovic. Rendez-vous cette nuit, à partir de 3 heures du matin.

Benjamin Badache @Ben_Badache

US Open