Marin Cilic
Marin Cilic, vainqueur de l'US Open 2014 | AFP

Cilic démolit Nishikori

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Marin Cilic (N.14) s’est adjugé son premier tournoi du Grand Chelem en battant Kei Nishikori (N.10) en finale de l’US Open ce lundi à New York. Le Croate s’est imposé en trois sets et 1h54 (6-3, 6-3, 6-3) sans laisser une seule chance à son adversaire réduit au rang de faire-valoir. Auteur de 17 aces et de 38 points gagnants, Cilic a totalement maîtrisé la partie. Il succède à Rafael Nadal et rejoint son entraineur et compatriote Goran Ivanisevic, seul Croate lauréat d’un Majeur.

Marin Cilic (25 ans) a fait mieux que son coach. Goran Ivanisevic avait dû attendre sa quatrième finale de Grand Chelem (à Wimbledon en 2001) pour inscrire enfin son nom au palmarès d’un Majeur. Décomplexé depuis sa victoire sur Gilles Simon (N.26) en 8e de finale alors qu’il s’était incliné –également en cinq sets- contre sa bête noire française à Melbourne, Cilic a accéléré la cadence ensuite en pulvérisant Tomas Berdych (N.6) et en matant Roger Federer (N.2) avant sa première grande finale.

Nouvelle dimension

Le grand escogriffe slave (1,98 m sous la toise) a fait claquer les premières balles (incroyable ce jeu blanc à quatre aces pour mener 4-2 au deuxième set !) pour écoeurer un Nishikori assez loin de son niveau des tours précédents (30 fautes directes, 19 coups gagnants). Serein, pas impressionné par l’événement, le numéro 16 mondial a fracassé la cuirasse nippone en réussissant de nombreux coups gagnants (38 au total, 17 aces). Comme Pete Sampras (contre Andre Agassi en 1990, Stefan Edberg (face à Jim Courier en 1991) ou Roger Federer (devant Lleyton Hewitt en 2004), Marin Cilic a fait preuve d’une assurance et d’une autorité sur le court dignes des plus grands. La confiance acquise durant cette quinzaine à Flushing l’a vraiment fait changer de dimension (il sera d’ailleurs 9e au classement ATP ce mardi).

Cette finale semble marquer une rupture après dix années de domination sans  partage du "Big Four": pour la première fois depuis l'Open d'Australie 2005,  Roger Federer, Novak Djokovic, Rafael Nadal ou Andy Murray n'étaient pas en  lice dans une finale de Grand Chelem. Il s'agit seulement du quatrième titre qui échappe au "Big Four" sur les 40  derniers tournois du Grand Chelem disputés, dont deux en 2014, l'Open  d'Australie enlevé par Stan Wawrinka et l'US Open par Cilic. Cilic compte désormais à son palmarès douze titres: avant son sacre  new-yorkais, le Croate, suspendu quatre mois pour dopage en 2013, avait pour titre le plus prestigieux sa victoire au Queen's, un tournoi ATP 250, en 2012.

Nishikori trop mou

Vainqueur de cinq de leurs sept confrontations avant cette finale, Nishikori se procurait une balle de break d’entrée à 30-40. Cilic la sauvait d’une magnifique attaque de coup droit qui prenait la ligne avant de remporter les deux points suivants (1-0). Malgré cette alerte initiale, le Croate effectuait la course en tête grâce à son service puissant (2-1 puis 3-2 avec deux jeux blancs consécutifs). Dans le jeu suivant, le protégé de Goran Ivanisevic obtenait trois balles de break à 0-40. Le Japonais annihilait les deux premières sur deux bons services travaillés, mais il était ensuite poussé à la faute par un petit chip en revers de son rival qui faisait le trou (4-2 puis 5-2). Trop attentiste, pas assez entreprenant après les deux premiers jeux du match, Nishikori subissait le jeu offensif de son rival. Et quand il se trouvait en bonne position pour conclure, il encaissait quelques fulgurants contres. Cilic concluait la manche sans coup férir sur une ultime attaque de coup droit et un jeu blanc (6-3 en 33 minutes).

Cilic trop puissant

Cilic poursuivait sur sa lancée en début de deuxième acte, se procurant trois balles de break à 1-1, 0-40. Nishikori réussissait à les sauver en faisant preuve d’audace, mais le Croate bénéficiait d’une nouvelle faute de revers adverse pour prendre tout de même l‘engagement de son rival à la quatrième tentative. Dans la foulée, il sauvait deux balles de break (coup droit gagnant, ace extérieur ligne) pour confirmer son avantage (3-1). Quelques minutes plus tard, après un jeu à quatre aces symbolisant la difficulté de Nishikori à exister, l’enfant de Medugorje a refait le break pour se détacher irrésistiblement (5-2) au grand dam d’un public plutôt acquis à la cause du joueur asiatique. Le Nippon, qu’on croyait sonné, n’abdiquait pas et reprenait un des deux services de retard en profitant de quelques cadeaux, mais il ne pouvait rien au jeu suivant après une nouvelle attaque de coup droit sur la ligne (6-3, 6-3 après 1h10).

La force tranquille

L’entame de troisième set voyait Cilic souffrir pour gagner sa mise en jeu. Patron sur le court, il s’en sortait quand même pour mener 1-0. Comme un symbole, les jeux serrés tournaient presque toujours en sa faveur. Cilic s’emparait de nouveau du service adverse pour mener 3-1 avec au passage un splendide lob de coup droit. L’impression de fluidité qu’il dégageait à ce moment du match, tant au service que dans l’échange, rappelait un peu le Del Potro de 2009, lauréat de l’épreuve après des succès sur Nadal et Federer. Le score enflait rapidement (4-1). A 4-2, 15-40, le Croate était contraint d’annuler deux balles de break.

Nishikori gâchait le coche sur la première, un retour trop long sur seconde balle, avant un gros service de Cilic. Le Japonais en bénéficiait d’une troisième dans la foulée mais il ratait son retour. Cilic gagnait les deux points suivants : une amortie qui flirtait avec la bande du filet avant de retomber du bon côté, puis un revers long de ligne magistral qui clouait sur place son rival accablé (5-2). Le Croate achevait sa besogne quelques instants plus tard sur un dernier revers croisé imparable (6-3, 6-3, 6-3) avant de s'affaler de tout son long sur le court, heureux comme un gosse tandis que Goran Ivanisevic criait sa joie les bras levés dans les tribunes. Avant ce lundi de septembre 2014, jamais la tête de série numéro 14 ne s’était imposée dans l’histoire des tournois du Grand Chelem. Marin Cilic a vaincu le signe indien de la plus belle des manières. Un futur grand champion est peut-être né.

"Goran m'a apporté quelque chose de spécial"​

"C’est beaucoup de travail très intense, surtout cette deuxième partie de saison", a confié le lauréat. "Goran m’a apporté quelque chose de très spécial. Je savais qu’il fallait que je me fasse plaisir et c’est arrivé aujourd’hui", a poursuivi Marin Cilic, très souriant lors de la remise des trophées. "On ne sait jamais trop quand les nerfs vont commencer à lâcher. J’ai eu de la chance, j’ai eu des balles de break contre moi dans le troisième set", a-t-il encore déclaré. "C’est un grand bonheur quand la récompense arrive".Quant à sa victime, elle faisait contre mauvaise fortune, bon coeur: "Il a très bien joué aujourd’hui. Je le félicite. Je suis quand même content d’avoir atteint la finale. Je remercie Michael Chang, mon coach. J’espère revenir l’année prochaine".