US Open : "On se sent un peu délaissés" après l'annulation des qualifications, confie Antoine Hoang

Publié le , modifié le

Auteur·e : Martin Boissereau
Hoang
Antoine Hoang au deuxième tour de l'US Open 2019, face à Nick Kyrgios. | JOHN G. MABANGLO/EPA/Newscom/MaxPPP

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

Antoine Hoang et Quentin Halys devaient participer aux qualifications de l’US Open dans le parc de Flushing Meadows, à New York, avant d’espérer rejoindre le tableau principal (31 août-13 septembre). La Fédération américaine ayant annulé les phases qualificatives pour des raisons sanitaires, les deux Français n’iront pas dans le Queens et joueront des tournois Challenger, entre frustration et compréhension.

"Je comprends la logique de maintenir le tournoi afin qu’il y ait des rentrées d’argent et de faire venir le moins de monde possible pour des raisons sanitaires. Mais ils nous ont un peu oubliés, c’est dommage. On se sent un peu délaissés." S'il est frustré de ne pas jouer l'US Open à New York, du 31 août 13 septembre, Antoine Hoang (127e) souligne également une forme d'injustice dont sont victimes les joueurs les moins bien classés à l’ATP (Association of Tennis Professionnals). Alors que les tournois du Grand Chelem sont "prioritaires" dans leurs saisons, notamment d'un point de vue financier, ils n'ont pas pu y participer.

L’annulation des phases qualificatives de l’US Open a été un "nouveau coup dur" pour Antoine Hoang (24 ans), tout proche d’intégrer le tableau principal. Cette année, en raison des nombreux forfaits de joueurs bien classés - dont Rafael Nadal (2e), Roger Federer (4e), Gael Monfils (9e), Fabio Fognini (11e) ou Stanislas Wawrinka (17e) - l’ATP est remontée plus haut dans le classement pour sélectionner les 120 heureux participants à l'épreuve américaine (et 8 wild cards). Il était alors 136e. À peine trop haut : "À cinq places près, il y a des mecs qui peuvent faire le tournoi et pas moi", regrette le droitier. Il verra même un joueur actuellement moins bien classé que lui, Federico Gaio (130e), taper la balle à Flushing Meadows. 

Quentin Halys au premier tour de Roland-Garros face à Kei Nishikori, en 2019.
Quentin Halys au premier tour de Roland-Garros face à Kei Nishikori, en 2019. © MARTIN BUREAU / AFP

Une déception atténuée par une situation inédite

Quentin Halys, 196e joueur mondial et à peine plus jeune (23 ans), n’a pas connu la même déception. Il aurait participé aux qualifications si elles avaient eu lieu, comme depuis 2016, mais a "bien réagi" à leur annulation, conscient que "ce n'était pas faisable en terme d'organisation". Parce qu’il "ne maîtrise pas cette décision", aussi, et a "laissé gérer l’ATP, qui a fait au mieux pour que le tournoi puisse avoir lieu". Et même s'il est frustré de ne pas jouer un "tournoi sympa", il a conscience de vivre une "situation inédite", qui l’aide à relativiser : "Ce n’est pas comme si tout se passait bien et qu’ils retiraient des qualifications de Grand Chelem."

Antoine Hoang sait également que la période actuelle est "difficile pour tout le monde" et que l'Association des joueurs de tennis professionnels "a dû faire des choix". Il conserve toutefois des regrets et pense que les organisateurs  "auraient pu faire l’effort d’accueillir plus de joueurs dans la bulle de New York", avant de nuancer son propos : "J’ai du mal à me rendre compte parce que je ne suis pas médecin, je ne connais pas les mesures qui sont mises en place ni ce qu’il est possible de faire, viable, etc. Ce sont des décisions qui me dépassent un peu."

Des pertes financières limitées grâce aux aides de l’ATP

Pour pallier les annulations de tournoi à répétition, l’ATP a mis en place de nombreuses aides à destination des joueurs. Wimbledon, annulé, a par exemple indemnisé ceux qui devaient y participer. Elle a également versé aux joueurs une somme qui correspond "grosso modo" à celle qu’ils auraient perçu s’ils avaient participé aux tournois, selon Quentin Halys. "L’ATP nous a déjà beaucoup aidés, on ne peut pas tout leur demander, insiste celui qui n'a jamais dépassé le deuxième tour des qualifications à l'US Open en quatre participations. Il faut savoir reconnaître qu’ils ont fait beaucoup d’efforts pour qu’on ne se retrouve pas sans rien pendant plusieurs mois."

Antoine Hoang est moins élogieux et considère que l'instance qui organise le circuit mondial "aurait pu faire plus d’efforts pour tous ceux qui ne sont pas en haut de l’affiche et qu’on ne voit pas tout le temps à la télé", même s’il apprécie "le geste" de Wimbledon. L’an dernier, le natif de Hyères a participé au deuxième tour à New York, où il a été éliminé par Nick Kyrgios. "Une des plus belles émotions de (sa) jeune carrière", grâce à laquelle il a empoché pas moins de 100 000 $ de prize money. Alors pour lui, l’aide de l’US Open (15 000 $) n’est "pas suffisante" dans une saison qui s’annonce financièrement "à perte". D’autant qu’au fil des tours de qualifications la récompense "double quasiment à chaque fois et si on se qualifie sur le tableau principal, c’est 60 000 $. Une somme importante."

Antoine Hoang avoir bénéficié d'une wild-card pour participer à l'US Open, en 2019.
Antoine Hoang avoir bénéficié d'une wild-card pour participer à l'US Open, en 2019. © MIKE STOBE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Plus de besoins, moins de revenus

Au-delà de l’US Open, le constat d’Antoine Hoang est celui d’un circuit à plusieurs vitesses. Pour les joueurs en dehors du top 100 "qui n’ont pas percé", les tournois du Grand Chelem représentent "peut-être les trois quarts du budget sur une saison. Donc enlever les qualifications, c'est très préjudiciable." Cette année, avec la crise sanitaire, de nombreuses rentrées d'argent ont disparu. Or depuis qu’il a repris l’entraînement, le Français doit "payer les entraîneurs, le staff technique, les voyages, etc. Et sans aucune rentrée d’argent, c’est compliqué." 

Ses propos font écho à ceux de Julien Benneteau, interrogé par l'AFP au mois de juin : "Le fait qu'il n'y ait pas de qualifications est d'une injustice sportive et financière hallucinante, avait réagi le capitaine de l’équipe de France de Fed Cup. C'est eux qui ont le plus besoin de jouer et de gagner de l'argent, pas les trente ou quarante premiers mondiaux." Un avis partagé par Quentin Halys, mais qui renvoie une nouvelle fois à la "situation inédite" pour relativiser la décision.

Des tournois Challenger plus relevés pour compenser 

Après le déconfinement, le natif de Bondy a repris le chemin des tournois Challenger, circuit secondaire du tennis masculin professionnel. "Comme j’en avais l’habitude avant le Covid-19" détaille-t-il, "content de retrouver le circuit et de rejouer des matches" depuis trois semaines. Antoine Hoang a également participé à des Challenger, dont trois en Italie. Des "petits tournois par lesquels il faut passer pour progresser et essayer de gagner des points au classement". Y participer relève d'un choix "plus sportif que financier" puisque qu'il ne pense pas gagner d’argent grâce à eux.

Les points récoltés seront toutefois précieux pour les deux Français car, cette saison, les tournois Challenger sont plus prisés. Antoine Hoang précise : "Il y a moins de tournois donc les tableaux sont très relevés. En ce moment c’est une exception car l’US Open approche mais dès qu’il sera terminé, certains tableaux se fermeront à 140". Au-delà de la 140e place au classement ATP, les joueurs pourraient donc ne pas y participer, dans un contexte où "tout le monde veut jouer".

Antoine Hoang au deuxième tour de Roland-Garros 2019, face à Gaël Monfils.
Antoine Hoang au deuxième tour de Roland-Garros 2019, face à Gaël Monfils. © Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP

Roland-Garros en ligne de mire

La semaine prochaine, les deux joueurs se retrouveront à l'Open du Pays d'Aix, organisé à Aix-en-Provence (7-13 septembre) sur terre battue, quelques jours avant les qualifications à Roland-Garros (21 septembre). Autant d'occasions où Quentin Halys souhaite "profiter d’être sur le court" après plusieurs mois de repos forcé. Antoine Hoang aussi, en plus de "donner du spectacle" et "se rapprocher du Top 100". Un monde où l’on ne se soucie pas des qualifications.