Djokovic Federer
Djokovic-Federer, une rivalité qui n'est pas près de s'arrêter. | TOBY MELVILLE / POOL / AFP

RETRO. Ce que Djokovic a de Federer, Nadal, Sampras ou Laver

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Novak Djokovic a écrasé la concurrence en 2015, s’offrant un deuxième Petit Chelem après 2011 et atteignant surtout 15 finales sur 16 tournois disputés (11 titres). Le Serbe marche dans les pas des plus grands, de Laver à Federer en passant par McEnroe, Lendl ou Sampras. Des filiations pas forcément évidentes au premier regard mais qui ont le mérite d’exister quand on se penche sur l’ahurissant parcours de "Nole".

Ce que Djokovic a de Federer

L’hégémonie de Novak Djokovic ressemble beaucoup à celle exercée par Roger Federer dans ses meilleures années (de 2004 à 2007 mais surtout en 2005 et 2006). Le Belgradois a réalisé cette année son deuxième Petit Chelem soit un de plus que Rafael Nadal (2010) et un de moins que Maître Federer (2004, 2006, 2007). A 28 ans, Djokovic vient surtout de ravir au Suisse son record de points sur une saison au classement ATP (16 585 contre 16 010 pour Federer en 2006 à barème égal).

Autre preuve de son implacable domination, son nombre de matches gagnés face au top 10. Le Serbe en compte 31 en 2015 alors que personne n’avait jamais dépassé 24. Au classement général des succès contre des membres du top 10, il pointe d’ailleurs en troisième position (164) derrière Roger Federer (200) et Ivan Lendl (183). Enorme !

Ce que Djokovic a de Nadal

Djokovic a copié Nadal et il a bien fait. Pour devenir le numéro 1, il faut battre les meilleurs. En 2011 comme en 2014 lorsqu’il a repris le leadership mondial, battre le meilleur signifiait battre Nadal pour le Serbe: depuis deux ans en 2011-2012, Djokovic a été à Nadal ce que Nadal a été pour Federer, une sorte de bête noire. Un joueur qu’il n’aime pas affronter même quand il domine le circuit. Sans un grand Federer, Nadal n’aurait pas atteint ce niveau exceptionnel aperçu à partir de 2008 (et surtout en 2010 et 2013).

Rafael Nadal sur le Central de Roland-Garros, son jardin
Rafael Nadal sur le Central de Roland-Garros, son jardin

C’est exactement la même chose pour Nole qui a appris à vaincre l’Espagnol –y compris sur sa terre fétiche- avant de prendre le dessus sur l’ogre des années 2000, Roger Federer (le Bâlois n’a plus battu Djokovic en Grand Chelem depuis 2012). Autre point commun avec le Majorquin, le nombre de Masters 1000 gagnés. Le Slave en a remporté 26 (contre 27 à son rival gaucher) mais il peut devenir le premier à réaliser le Grand Chelem des M1000 en 2016 à condition de triompher à Cincinnati.

Ce que Djokovic a de Sampras

Comme pour le grand Pete Sampras, on constate dans le palmarès de Novak Djokovic un écart de 3 ans entre son premier succès dans un Grand Chelem (Australie 2008) et le deuxième (Australie 2011). L’Américain aux quatorze Majeurs avait mis presque trois ans pour digérer et confirmer son premier grand titre à l’US Open 1990 par un deuxième sacre remarquable, en 1993 à Wimbledon. Et comme pour Sampras à l’époque, c’est à partir de cette deuxième levée du Grand Chelem que le Serbe a vraiment commencer à dominer le tennis mondial.

Déjà numéro 1 à quatre reprises en fin de saison (2011, 2012, 2014, 2015), Djokovic peut égaler Connors et Federer en 2016 avant de penser à rejoindre le Californien ensuite en terminant une sixième fois en tête du classement mondial (même si Sampras l’a fait consécutivement, lui, entre 1993 et 1998).

L'Américain Pete Sampras a remporté le premier de ses 14 Majeurs à l'US Open en 1990
L'Américain Pete Sampras a remporté le premier de ses 14 Majeurs à l'US Open en 1990

Ce que Djokovic a de Lendl

C’est dans les face à face avec les meilleurs que Novak Djokovic se sublime. Le constat est évident lorsqu’on se réfère à deux statistiques parlantes. Il compte 11 succès contre un numéro 1 mondial –score qu’il ne peut pas améliorer pour le moment, forcément- ce qui le place en sixième position dans la hiérarchie à une époque où ses deux prédécesseurs au classement ATP appartiennent au gotha de l’histoire. Une hiérarchie dominée par l’ex-Tchécoslovaque Ivan Lendl qui a scoré un beau 20 lors de ses confrontations avec les number one. Nole enregistre aussi 80 victoires face au top 5, ce qui le met au quatrième rang historique derrière Lendl (113), Federer (97) et Borg (82).

Dernier point commun avec l’enfant d’Ostrava, le nombre de Masters gagnés consécutivement : très fort face aux meilleurs, Lendl en comptait trois (1985, 1986, 1987), comme Ilie Nastase. Djokovic l’a égalé fin 2014 avant de le dépasser en novembre avec un quatrième Masters de suite (5 en tout). Preuve de son goût pour les gros chocs.

Ivan Lendl face à John McEnroe en 1984
Ivan Lendl face à John McEnroe en 1984

Ce que Djokovic a de McEnroe

A première vue, difficile de trouver plus antinomique que le duel à distance entre John McEnroe et Novak Djokovic. L’un était un artiste du court, un gaucher irascible à la main gauche de velours et au talent exceptionnel. L’autre s’apparente davantage à un robot qui détruit tout sur son passage de façon méthodique, impitoyable, en privant de temps son adversaire.

Leur rapport tient en une statistique : le nombre de matches gagnés en une saison (82 pour les deux hommes, respectivement en 1984 et en 2015). Et même si le pourcentage de victoires de Djokovic reste fantastique (93,2% cette année), celui du John McEnroe de 1984 le surpasse nettement (96, 5% pour seulement trois échecs sur 12 mois !).

Ce que Djokovic a de Laver

Avec l’Australien, auteur du Grand Chelem à deux reprises (1962 en amateurs et 1969 chez les professionnels), Novak Djokovic peut s’enorgueillir de viser très haut. Rod Laver reste la référence ultime, celui qui a remporté le plus de tournois en une saison de l’ère open (18 en 1969) loin devant le Serbe (11 cette saison). Si ce record paraît inaccessible (même Federer s’y est cassé les dents, 12 en 2006), le Grand Chelem semble à la portée de Nole.

Certes on disait déjà ça en 2011 et début 2015, et à chaque fois un Suisse a brisé le rêve du Serbe. Mais, plus que pour Federer ou Nadal du temps de leur splendeur, c’est vraiment jouable pour un Djokovic en mode tyran qui bénéficie de l’alignement des planètes : il a pris la mesure de Federer dans les Majeurs et le Suisse –quoique encore très bon- a 34 ans. Il n’a plus perdu contre Nadal depuis 2013 et l’Espagnol paye depuis quelques temps ses multiples blessures. Il domine quasiment tout le temps Murray, Ferrer, Berdych et les autres outsiders du circuit, Wawrinka y compris (même si le Lausannois semble le plus dangereux pour lui barrer la route). Enfin, la relève tarde à éclore au plus haut niveau. Alors, Djokovic 2016 comme Laver 1969 ?