Samantha Stosur
Samantha Stosur | GREG WOOD / AFP

Quand jouer à domicile paralyse

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Comme Amélie Mauresmo en son temps à Roland-Garros, Samantha Stosur subit un blocage mental dès qu'elle évolue sur le sol natal. Retour sur cette angoisse qui en a paralysé plus d'un.

Le tennis est un sport cruel. Il ne laisse pas la place aux "pétochards". Battue cette nuit par la Chinoise Zheng Jie (6-4, 1-6, 7-5), l'Australienne Samantha Stosur, N.9 mondiale, a de nouveau flanché à domicile, devant son public. C'est une terrible déception pour l'émotive Aussie, vainqueur de l'US Open en 2011 et finaliste de Roland-Garros en 2010, mais pétrifiée par la pression sur son sol, d'autant qu'elle a mené 5-2 dans le troisième set avant de céder.

"Je me suis crispée"

Mais ce n'est pas nouveau. La native de Brisbane n'a jamais dépassé les huitièmes de finale à Melbourne en 11 participations: elle s'est inclinée à trois reprises au premier tour et trois fois au deuxième. Et pas toujours contre des vedettes (la Roumaine Sorana Cirstea l'an dernier ou Zheng Jie en 2013). Pour une joueuse du top 10, ça fait désordre. "La part mentale dans ma défaite ? 100% je pense. Je me suis crispée et j'ai commencé à rater", a-t-elle admis.

Trop tendue, voulant trop bien faire devant les amis et la famille, Stosur subit exactement ce qu'a pu endurer Amélie Mauresmo à Paris durant ses meilleures années. La Française, à l'aise sur tous les courts du monde, n'a jamais vraiment réussi à se dépêtrer de son angoisse au moment d'aborder Roland-Garros. Sans parler de phobie puisqu'elle y a quand même brillé par intermittence (deux quarts en 2003 et 2004), la Picarde a toujours évolué en deçà de ses possibilités sur la terre battue de la Porte d'Auteuil.

Mauresmo impuissante à Roland

Sa pire expérience remonte à 2001: arrivée en grande favorite, elle succombe à la pression et s'incline d'entrée face à l'Allemande Jana Kandarr. Elle ne concrétisera jamais à domicile (sauf à l'Open Gaz de France, un tournoi de moindre importance)  alors qu'elle compte deux Majeurs à son actif (Australie et Wimbledon en 2006).

Jouer chez soi peut-être un avantage pour un joueur extraverti. Noah a puisé dans la force du public parisien pour achever Mats Wilander en 1983 alors qu'il commençait à avoir des crampes en fin de troisième set. Aux Etats-Unis, Jimmy Connors et John McEnroe ont également utilisé cet avantage de supporters chauds bouillants à Flushing Meadows (notamment pour faire craquer Bjorn Borg). Plus près de nous, Jo-Wilfried Tsonga ou Gaël Monfils ont su "jouer" avec les fans lors de certains matches sur la brique pilée de l'ouest parisien.

Gasquet n'est pas Tsonga

Cela nécessite un savoir-faire que n'a pas Richard Gasquet par exemple. A Roland-Garros, le Biterrois a souvent calé très tôt, victime de la pression inhérente à l'évènement. En 9 participations à Roland-Garros, Gasquet n'a atteint que deux fois les huitièmes (pour autant de défaites, certes contre Novak Djokovic puis Andy Murray ces deux dernières années).

Il a échoué quatre fois au premier tour et deux fois au deuxième tour. Trop introverti, supportant mal le poids des attentes placées en lui, le Languedocien a mieux réussi sur le gazon de Wimbledon que sur la terre ocre, une surface qu'il a pourtant apprivoisée très jeune. Mais le calme londonien sied mieux à son caractère discret.

Henman bloqué en demie à Wimbledon

Tim Henman constitue également un bon cas d'école. Malgré le soutien inconditionnel de ses supporters, "Gentleman Tim" n'a jamais pu disputer la finale du plus grand tournoi du monde. L'Anglais a buté sur l'avant dernière marche de Wimbledon à quatre reprises. Clairement, il n'est jamais arrivé à se transcender dans ces grandes occasions. Seul bémol à cette tragédie répétitive, il s'est à chaque fois incliné contre le futur vainqueur (Pete Sampras en 1998 et 1999, Goran Ivanisevic en 2001 et Lleyton Hewitt en 2002).

Après, ce "mal" mental peut aussi survenir quand on ne l'attend pas. Tennisman plutôt décontracté aimant jouer avec le public, Henri Leconte a vécu un calvaire lors de la finale des Internationaux de France 1988. Incapable de trouver la clef du jeu de Mats Wilander, un stratège de première, "Riton" s'est progressivement liquéfié après un set initial équilibré (7-5, 6-2, 6-1). Le match a tourné au cauchemar alors que toute la France avait les yeux rivés sur le successeur attendu de Noah. Leconte ne retrouvera jamais une si belle occasion.