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Rafter, Cash, Hewitt et Philippoussis | DR

Open d’Australie : malédiction locale

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L’Open d’Australie ne porte pas bien son nom. Depuis le succès de Mark Edmonson en 1976, aucun Australien n’a réussi à triompher sur les courts de Melbourne, même si certains s’en sont approchés très près (Pat Cash en 1987 et 1988, Lleyton Hewitt en 2005, battus en finale). Retour sur une déveine amenée à perdurer.

Voilà trente huit ans qu’un joueur australien ne s’est pas imposé dans son Grand Chelem. En janvier 1976, Mark Edmonson (21 ans) concluait la meilleure quinzaine de sa carrière en battant son illustre compatriote John Newcombe sur le gazon de Kooyong. Classé 212e à l’ATP en début de tournoi, le natif de Gosford avait profité de l’absence des meilleurs joueurs mondiaux (Connors, Borg notamment) pour réaliser l’exploit.

Le gazon sauve les apparences

Depuis, toute l’Australie ronge son frein en espérant voir un successeur aux glorieux anciens, Rod Laver, Ken Rosewall et autres Roy Emerson. A la fin des seventies et au début des années 80, lorsque l’herbe facilitait leurs desseins, de nombreux Aussies ont performé. Les méconnus John Marks (en 1978) et Kim Warwick (en 1980) ont ainsi atteint la finale, respectivement dominés par Guillermo Vilas et Brian Teacher.

Wally Masur, demi-finaliste de l'Open d'Australie en 1987
Wally Masur, demi-finaliste de l'Open d'Australie en 1987

John Alexander (1/2 finaliste lors des deux éditions de 1977), Peter McNamara (1/2 finaliste en 1981) et Paul McNamee (1/2 finaliste en 1982) ont également profité de ces années creuses, avant que le gratin revienne en décembre 1983 (victoire de Mats Wilander contre Ivan Lendl). Les surprises australiennes se sont alors rarifiées, l’herbivore Wally Masur atteignant tout de même le dernier carré en 1987 (défaite contre Stefan Edberg après avoir sorti Boris Becker en 8e).

Pat Cash échoue au port

Jusqu’à ce que le jeune Pat Cash* redonne des couleurs au tennis de l’Ile continent. Lors de l’ultime édition disputée à Kooyong en 1987, l’enfant de Melbourne va se frayer un chemin jusqu’en finale en écartant en demie le numéro 1 mondial Ivan Lendl en cinq sets. Malheureusement pour ses fans, Cash s’inclinera le dimanche en cinq manches contre Edberg (6-3, 6-4, 3-6, 5-7, 6-3). 

Idem l’année suivante pour l’inauguration de Flinders Park où il sort de nouveau Lendl en demie avant de tomber en cinq sets face à un autre Suédois, Mats Wilander (6-3, 6-7, 3-6, 6-1, 8-6). Le vainqueur de Wimbledon 1987 ne s’en remettra pas, atteignant les 8e en 1989 avant de disparaître progressivement des écrans.

Terrible décennie 90

Dans les années 90, les résultats vont s’avérer médiocres. Hormis Mark Woodforde (demi-finaliste en 1996 battu par Becker), aucun Australien ne s’immisce dans le top 8 du tournoi. Les Woodbridge, Stoltenberg, Fromberg, Ilie et autres Youl échouent à tour de rôle face au poids de l’histoire et à leurs propres insuffisances.

Mark Woodforde, demi-finaliste de l'Open d'Australie en 1996
Mark Woodforde, demi-finaliste de l'Open d'Australie en 1996

Il faut attendre la décennie suivante pour voir l’Australie reprendre espoir. Huitième de finaliste en 1995, Pat Rafter** effectue un beau parcours en 2001, sortant notamment Henman et Hrbaty. Mais le natif du Queensland tombe en demi-finale en cinq actes face au maître des lieux, Andre Agassi (7-5, 2-6, 6-7, 6-3, 6-3). Quant à Mark Philippoussis****, il stagne à quatre reprises en 8e (1996, 1999, 2000 et 2004) alors que sa victoire en trois sets contre Pete Sampras (au 3e tour en 1996 lorsqu’il avait 19 ans) avait laissé augurer d'une brillante carrière.

Hewitt mieux que Rafter​

C’est Lleyton Hewitt**** qui va raviver la flamme. Le Kid d’Adélaïde est allé en 8e de finale sept fois depuis l’an 2000 mais il n’a franchi ce cap qu’en 2005 lorsqu’il avait subi la loi de Marat Safin en finale (1-6, 6-3, 6-4, 6-4) après avoir éliminé Rafael Nadal, David Nalbandian puis Andy Roddick. Ses bourreaux du début de la deuxième semaine se nomment Magnus Norman (2000), Younes El-Aynaoui (2003), Roger Federer (2004 et 2010) et Novak Djokovic (2008 et 2012). A part face au Marocain, Hewitt n’a pas de regrets à avoir.

L’espoir Tomic

Vainqueur du tournoi de Brisbane contre Federer début janvier, Lleyton Hewitt (33 ans, 41e) sait qu’il ne gagnera jamais l’Open d’Australie. Une bonne dizaine de joueurs lui sont aujourd’hui supérieurs même s’il évolue à son meilleur. La chance australienne ? Elle s’appelle Bernard Tomic (21 ans, 52e). Le Bosno-Croate d’origine, arrivé en Océanie à l’âge de 3 ans, possède un potentiel digne de son gabarit (1,96 m pour 91 kg).

Bernard Tomic, la relève du tennis australien
Bernard Tomic, la relève du tennis australien

Il est le seul joueur à avoir gagné l’Orange Bowl dans trois catégories d’âge différentes et il est le plus jeune joueur de l’histoire titré dans un tournoi du Grand Chelem junior (Melbourne 2008). Victorieux à Sydney il y a un an (son unique titre pour l’instant) et finaliste de ce même tournoi ce samedi (battu sèchement par Del Potro), Tomic sera le meilleur atout de l’Australie dans les années à venir (a priori pas cette année vu qu'il affronte Nadal d'entrée mardi). Pour enfin vaincre la malédiction qui colle aux chaussures des représentants du pays ayant révélé pléthore de grands champions.

*Pat Cash: vainqueur à Wimbledon en 1987, finaliste à Melbourne en 1987 et 1988, demi-finaliste à Wimbledon en 1984 et à l'US Open en 1984

**Pat Rafter: vainqueur à l'US Open en 1997 et 1998, finaliste à Wimbledon en 2000 et 2001, demi-finaliste à Melbourne en 2001, demi-finaliste à Roland-Garros en 1997

***Mark Philippoussis: finaliste à l'Us Open en 1998 et à Wimbledon en 2003

****Lleyton Hewitt: vainqueur à Wimbledon en 2002 et à l'US Open en 2001, finaliste à l'US Open 2004 et à Melbourne en 2005, demi-finaliste à Wimbledon en 2005 et à l'US Open en 2000, 2002 et 2005