Open d'Australie : "Il y a un vrai préjudice sur le plan physique" selon Paul Quetin, entraîneur au Centre National d'Entraînement de la FFT

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jean-Baptiste Lautier
Une joueuse en quarantaine travail son geste au service pour l'Open d'Australie
Une joueuse en quarantaine travail son geste au service pour l'Open d'Australie, mercredi 20 janvier | William WEST / AFP

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Alors que l’Open d’Australie débute dans moins de trois semaines, certains joueurs, cas contacts, doivent respecter un isolement strict de quatorze jours. Un coup d’arrêt dans une préparation d’avant saison qui doit les mener au premier Grand Chelem de l'année à Melbourne. Selon Paul Quetin, entraîneur et spécialiste de la préparation physique au sein de la Fédération Française de Tennis, le préjudice est important sur le plan physique mais pas seulement.

Ne pas pouvoir pratiquer son sport est une situation très compliquée pour un athlète de haut niveau. Que dire lorsque cela intervient à l’approche d'une des plus importantes échéances de la saison. Actuellement, à Melbourne, des dizaines de joueurs sont en quatorzaine stricte pour s’être trouvées dans les mêmes avions que des personnes ayant été positifs à la Covid-19, alors que certains peuvent sortir pendant cinq heures par jour pour s'entraîner. Ils sont contraints de préparer le premier Grand Chelem de la saison dans une chambre d’hôtel, sans avoir accès à un court de tennis, à moins de trois semaines du début de l’Open d'Australie.

La règle du système D

“On retrouve un peu les situations du premier confinement”, explique Paul Quetin, Coordinateur de l'entraînement physique au CNE (Centre National d'Entraînement). Le monde du sport commence tristement à avoir l’habitude de ce genre de situation depuis près d’un an. Pendant le confinement de mars-avril 2020, les joueurs de tennis avaient déjà dû faire preuve d’inventivité pour tenter de rester affûtés en attendant la reprise de la saison. 

Dans les chambres d’hôtel de Melbourne, la débrouille est de mise : “On prend des packs de bouteilles d’eau, on utilise un peu ce qui est disponible. On déplace les meubles, on essaye de se faire un petit espace et avec des petites balles de tennis qu’on met au sol on peut faire des petits déplacements. On peut faire un travail de fente, on peut faire des impulsions, on peut faire de la corde à sauter, on peut faire une heure de vélo", explique Paul Quetin. "Il faut pallier l'entraînement à l’extérieur par tous les moyens possibles.” Selon Édouard Roger-Vasselin, autorisé à sortir cinq heures par jour, les conditions actuelles sont difficiles pour les joueurs en quatorzaine stricte : “La saison dernière à New-York, on avait la chance d’avoir un balcon. On pouvait être dehors et avoir de l’air frais en faisant du vélo. Là j’ai échangé avec quelques joueurs qui me disent qu'au bout d’une heure d’exercice, ils ont eu mal à la tête de faire du sport dans la chambre.”

Une préparation tronquée

“Il y a un vrai préjudice sur le plan physique", assure Paul Quetin, également le préparateur physique de la jeune Clara Burel. "On ne peut pas garder un niveau de condition physique élevé en ne faisant que du vélo ou des exercices dans la chambre. Ça ne peut pas remplacer l'entraînement tennis, ni physique. Pour des joueurs de haut niveau, qui ont des habitudes de travail au quotidien vraiment importantes, surtout avant un Grand Chelem, c'est vraiment préjudiciable d’être immobilisé dans une chambre d'hôtel.”

Ces joueurs et joueuses peuvent tenter d’entretenir un minimum leur condition physique, mais ils ne peuvent en aucun cas remplacer une session sur un court : “En terme de sensation tennis, ce sont des joueurs qui ont l’habitude de s'entraîner trois à quatre heures par jours et d’un seul coup ils ne vont plus toucher la raquette pendant quinze jours", détaille Paul Quetin. “Ce n'est pas parce que ceux qui ne jouent pas pendant 15 jours ne vont plus savoir taper dans une balle", assure malgré tout, Édouard Roger-Vasselin, engagé en double à Melbourne. "Mais ils vont être moins précis les premiers jours. Moins précis dans l’impact de la balle, moins précis dans les zones trouvées."

Malgré cette longue quarantaine, il leur restera au moins huit jours de liberté avant le début de l’Open d’Australie. Un moindre mal, surtout pour certains joueurs qui n’ont plus joué en compétition officielle depuis plus de deux mois. “Pour ceux-là, c'est vrai qu'imaginer faire 14 jours dans la chambre et reprendre directement par un Grand Chelem c'est très difficile. Pour autant, les huit jours de préparation, ça va leur permettre de retrouver un niveau correct”, estime Paul Quetin.

Des défaillances en perspective ?

Pendant que certains ont accès aux courts de Melbourne Park pour peaufiner leur préparation, les malchanceux, pris dans un avion comptant au moins un cas de Covid-19, sont dans l’impossibilité de passer le pas de leur porte de chambre. Selon le coordinateur des entraînements physique, “il y a une vraie différence” et pas uniquement sur le plan physique : “Je crois aussi qu’il faut ajouter l’aspect psychologique. Il y a de la frustration de se retrouver dans la chambre alors que d’autres s'entraînent. Et c'est difficile pour un athlète de haut niveau qui a l’habitude de se dépenser beaucoup. D’un point de vue psychologique, c’est assez contraignant.” Cet aspect avait déjà pesé lourd en septembre dernier à l'occasion de l’US Open. La Française Kristina Mladenovic avait très mal vécu l’isolement imposé par la bulle sanitaire et était apparue en larme en conférence de presse après avoir complètement craqué mentalement dans son match du deuxième tour.
 

Les défaillances psychologiques ne sont pas les seules qui inquiètent l’entraîneur au sein de la FFT : “On ne peut pas écarter l’hypothèse de blessures", avance Paul Quetin. "Il y a ceux qui vont vouloir reprendre un peu trop fort parce qu’ils ont un surplus d'énergie. Ils ont envie de rattraper le temps perdu, et peut-être qu’au lieu de reprendre progressivement,  ils vont reprendre un peu fort et ils peuvent se blesser pendant la préparation. Et ensuite ils peuvent se blesser pendant le tournoi, parce que finalement, ils sont un peu à cours de préparation. C’est tout à fait les scénarios qu’on peut retrouver pendant ce tournoi.” Même une fois la quatorzaine finie, ces joueurs n'en auront pas terminé avec les conséquences indirectes de la Covid-19.