Amélie Mauresmo, lauréate de l'Open d'Australie 2006
Amélie Mauresmo, lauréate de l'Open d'Australie 2006 | TORSTEN BLACKWOOD / AFP

Melbourne, terre bleue

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Quatorze Français vont à coup sûr prendre part à l'Open d'Australie qui débute lundi à Melbourne. Et treize autres joueurs disputent les qualifications jusqu'à dimanche, ce qui devrait faire augmenter ce contingent. Chez les dames, les chiffres sont légèrement moins bons mais force est de constater que la première levée du Grand Chelem plait et réussit aux Tricolores. Non sans quelques raisons.

Il suffit de jeter un coup d'œil au palmarès récent de l'Open d'Australie pour s'en apercevoir. Depuis une bonne vingtaine d'années, le tennis français brille sous le soleil austral de janvier. Plus que nulle part ailleurs dans les tournois majeurs. Mary Pierce victorieuse en 1995 contre Arantxa Sanchez (6-3, 6-2). Amélie Mauresmo lauréate en 2006 face à Justine Henin (6-1, 2-0, abandon).

Deux sacres féminins

La Franco-Canadienne et la Picarde finalistes respectivement en 1997 et en 1999, toutes les deux battues par Martina Hingis. Arnaud Clément qui bute en finale sur Andre Agassi en 2001, imité en 2008 par Jo-Wilfried Tsonga (contre Novak Djokovic), sans compter les demi-finales disputées par Nathalie Dechy (éliminée in extremis par Lindsay Davenport en 2005), Yannick Noah (défaite contre Ivan Lendl en 1990), Sébastien Grosjean (sorti par Arnaud Clément en 2001) et Jo-Wilfried Tsonga (match perdu contre Roger Federer en 2010). Les résultats sont éloquents. Ils deviennent même incroyables quand on retient les présences en quarts de finale depuis 1984 (Sophie Amiach, Julie Halard, Sandrine Testud, Marion Bartoli chez les femmes, Guy Forget, Sébastien Grosjean, Fabrice Santoro et Gilles Simon côté hommes).

60 ans de néant après Borotra

Durant de nombreuses années, les Bleus ont pourtant déçu leurs supporters lors du seul Grand Chelem disputé dans l'hémisphère Sud. Hormis Jean Borotra, unique vainqueur masculin (en 1929), aucun Français n'était parvenu à se frayer un chemin jusqu'au dernier dimanche de la compétition. Les raisons de cet échec ? La désaffection de nombreux joueurs européens pour ce lointain Majeur, beaucoup moins prestigieux que ses trois comparses (Roland-Garros, Wimbledon et l'US Open). Quitter les siens et se rendre à Melbourne juste avant ou juste après Noël –selon les époques- demandait une volonté inébranlable pour des joueurs qui avaient déjà passé une année à écumer les tournois sous toutes les latitudes. Ensuite, l'Open d'Australie se disputait sur gazon, pas forcément la surface préférée des Français malgré certaines exceptions (dont Yvon Petra ou Henri Leconte). Enfin, ce premier titre du Grand Chelem a longtemps semblé réservé aux locaux: les Australiens ont remporté 43 sacres à domiciles de 1905 à 1967, date de la dernière édition disputée par les amateurs.

Noah change tout

L'ère Open n'a pas immédiatement changé la donne mais les résultats des Français ont commencé progressivement à s'améliorer avant de vraiment éclater depuis le formidable come-back de Noah en 1990. Pour la deuxième fois de sa carrière après son triomphe à Roland en 1983, la star atteignait le dernier carré d'un Grand Chelem. Ce parcours modifia la perception des autres "Frenchies" et beaucoup s'engouffrèrent dans la brèche, même si aucun garçon, contrairement aux filles, ne parvint à conclure.

Pas de blessures

Le replacement du tournoi en début d'année, dans la deuxième quinzaine de janvier, a également contribué à aider les Bleus dans leur tâche. Les favoris terminent la saison fon novembre (après le Masters) voire début décembre pour ceux qui jouent la finale de la Coupe Davis. Ils ne bénéficient pas d'un repos suffisant pour réattaquer correctement l'année, au contraire des challengers, ces joueurs classés de la 10e à la 30e place. En outre, les Français aiment bien venir s'entraîner sur place (ou en Nouvelle-Calédonie) pour profiter à fond des conditions météorologiques (beaucoup de soleil). Et ils sont rarement blessés aussitôt dans la saison.

Des Bleus tout-terrain

Autre facteur expliquant la réussite tricolore en Océanie: la surface sur laquelle se déroule l'Open d'Australie. L'ultime édition jouée sur herbe remonte à 1987 remportée par Stefan Edberg. Depuis 1988, une surface synthétique en dur a pris la place, le rebound ace d'abord puis le plexicushion ces dernières années. Ce revêtement à mi-chemin entre la terre battue rapide de Roland-Garros et le decoturf de Flushing Meadows permet à tous les styles de jeu de s'exprimer (et notamment les joueurs tout-terrain). Il favorise les joueurs doués techniquement, ce qui est le cas de la plupart des Français dont la technique est souvent appréciée à l'étranger.

Un tournoi sympa

Les prouesses réalisées par les Bleu(e)s à Melbourne dépassent de loin celles de Paris en mai où la terre ocre colle souvent aux pieds de nos champion(ne)s. Et la pression en terre australe y est forcément moins forte que dans l'hexagone. C'est là que réside l'ultime raison de la bonne performance d'ensemble des Frenchies. Ils adorent l'ambiance qui règne à Melbourne où les supporters sont plus fervents qu'à Wimbledon et plus connaisseurs qu'à New York. La décontraction est alors de mise et les Français(es) peuvent sortir leur meilleur tennis en profitant de cet environnement chaleureux.

Grégory Jouin @GregoryJouin

Open d'Australie