Novak Djokovic coup droit Open d'Australie 2011
Novak Djokovic | AFP - Nicolas Asfouri

Djokovic un ton au dessus

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Novak Djokovic a tenu son rang de numéro 3 mondial en battant Andy Murray en trois sets secs (6-4, 6-2, 6-3) en finale de l'Open d'Australie. Le Serbe remporte à 23 ans son deuxième tournoi du Grand Chelem après son premier triomphe à Melbourne en 2008. Il s'affirme encore davantage comme le grand rival de Rafael Nadal et Roger Federer pour les mois à venir. L'Ecossais a lui encore un cap à franchir s'il veut rivaliser avec le gratin.

Vaincu pour la troisième fois en finale d'un Majeur (après l'US Open 2008 et l'Open d'Australie 2010, à chaque fois contre Federer) et surtout incapable de chiper le moindre set en ces trois occasions, l'Ecossais pourra ruminer sa stratégie attentiste qui ne colle plus trop au tennis d'aujourd'hui. La récompense est allée à celui qui a pris l'initiative et ce n'est que justice si Novak Djokovic, impérial depuis quelques mois (finale à New York, victoire en Coupe Davis), s'est imposé sans coup férir. 

En un peu plus de deux heures et demi (2h37), le joueur slave a prouvé qu'il était désormais plus qu'un simple "Joker" (son ancien surnom) du tandem de choc qui domine la petite balle jaune depuis 2004. Ce deuxième succès retentissant, trois ans après son premier sacre contre Jo-Wilfried Tsonga, vient rappeler les progrès effectués par "Nole" ces derniers temps. Au niveau de l'attitude, de la prise de risques calculés, du passage ultra rapide du mode défensif à l'attaque, le Serbe est maintenant au top ou tout près. Et il peut espérer remporter bien d'autres titres importants cette saison et dans les années à venir pour peu qu'il continue sur cette voie (a fortiori si Federer décline un peu et si Nadal rencontre encore des problèmes physiques).

Deux joueurs tendus au début

Son jeu complet lui vaut d'être à l'aise sur toutes les surfaces –il a atteint le dernier carré de tous les Majeurs- et lui permet d'espérer gagner à Roland-Garros, Wimbledon ou Flushing Meadows (le dur restant son meilleur atout) dans un futur assez proche. Face à Andy Murray ce dimanche comme contre tous ses autres rivaux (un seul set concédé, face à Dodig au deuxième tour), Novak Djokovic n'a en tous cas jamais vraiment tremblé si ce n'est sur la première moitié de la première manche où la tension était palpable des deux côtés.

Djokovic a bien entamé les débats et Andy Murray a dû effacer une première balle de break dès son premier jeu de service après un long échange conclu par un coup droit trop long de Novak. L'Ecossais remportait laborieusement ce jeu long de 17 minutes avec beaucoup d'égalités. Preuve de la durée des joutes ? Le Serbe ne menait que 3-2 après 34 minutes de jeu ce qui représente parfois le temps total d'un set. Entre un Djokovic plus entreprenant mais campé sur sa ligne de fond et un Murray qui répondait du tac au tac, la bataille tactique faisait rage. Un vrai jeu de poker menteur dû au fait que les deux hommes se connaissent parfaitement et depuis longtemps. Comme un jeu d'échec entre deux amis qui se jaugent plus qu'ils ne se combattent vraiment. Le public australien restait d'ailleurs sur sa fin malgré quelques fulgurances sporadiques de part et d'autre.

Lequel des deux joueurs allait le plus vite faire redescendre la pression inhérente à toute finale de Grand Chelem ? De la réponse à cette question dépendait le résultat du premier set et probablement aussi un peu (du moins le pressentait-on pour Murray) celui du match entier. La guerre psychologique, le bras de fer entre les deux challengers du duo Nadal-Federer battait son plein dans cette première manche déjà décisive. Djokovic se procurait deux balles de sets à 5-4, 15-40 après un échange de folie où Murray craquait le premier. Sur ce point ultra important, le Britannique expédiait un coup droit un poil trop long qui offrait le set à son rival (6-4 en 59 minutes !). Même si la bagarre avait été serrée, Djokovic n'avait pas volé cet avantage: il s'était montré plus ambitieux que son adversaire, trop attentiste en certaines occasions.

Murray aussi guerrier mais moins brillant

Djokovic attaquait le deuxième acte sur un jeu blanc (il ne commettra aucune double faute dans ce match contre 4 à Murray même s'il ne servira que 53% de premières balles contre 68%). Le Serbe se procurait même une balle de break au jeu suivant, sauvée par une très bonne première balle de Murray. Puis une seconde, parfaitement exploitée par le Slave reprenant une amortie mal masquée par son rival. Le match venait de tourner en un quart d'heure seulement. Djokovic s'envolait (3-0 puis 4-0 suite à un jeu blanc gagné sur le service d'un Andy Murray coupable de fautes horribles). Les supporters du Britanniques lui disaient pourtant de se bouger mais l'emprise de "Nole" sur la rencontre était totale. Plus décontracté qu'en début de match, le numéro 3 mondial tentait de plus en plus et réussissait quelques belles accélérations de revers, son meilleur coup. Murray faisait peine à voir tandis que Djokovic régalait ses fans. A 5-0, Djoko passait à deux points du set sur le service de Murray, contraint de serrer le jeu pour ne pas encaisser une roue de bicyclette. Cela ne contrariait pas le protégé de Marian Vajda qui concluait deux jeux plus tard sur l'engagement adverse (6-4, 6-2 après 1h39).

Andy Murray repartait à l'abordage dès l'entame du troisième acte mais il concédait son service juste après avoir ravi celui de Djokovic (1-1). Un sursaut tué dans l'œuf qui constituait l'ultime chance du Britannique d'espérer inverser la tendance. A 2-1, il fallait pas moins de sept balles de break à Djokovic pour réaliser le break décisif. Sur cette septième occasion, le Belgradois réussissait une merveille de passing de revers à deux mains qui clouait littéralement sur place un Murray déjà dans la panade malgré sa combativité (47 fautes directes au total contre 33 et 21 points gagnats à 26). En fait, Djokovic réalisait tout un peu mieux que son rival. Et on ne voyait pas comment Murray pouvait inverser la vapeur (78 points gagnés contre 106). Et pourtant… Andy Murray refusait d'abdiquer et il recollait contre toute attente à 3-3 grâce à quelques erreurs de Djokovic et à la profondeur de ses coups. Mais la logique prévalait jusqu'au bout et Djokovic parvenait à plier le match au prix de quelques brillants coups de raquette (notamment pour le break à 4-3). Il s'imposait finalement 6-4, 6-2, 6-3 à la manière d'un Nadal ou d'un Federer, les deux hommes qui résistent encore à son objectif suprême: la première place mondiale. C'est peut-être pour cette année.

Djokovic: "Tu auras d'autres occasions"

"Je vais essayer de ne pas pleurer. Je vais féliciter Novak, il a été incroyable, il mérite de gagner", a dit Andy Murray lors de la cérémonie de remise des trophées. Son rêve de devenir le premier Britannique à remporter un tournoi majeur 75 ans après Fred Perry, vainqueur de l'US Open 1936. Sur la lancée du triomphe de la Serbie en Coupe Davis, Novak Djokovic a dédié sa victoire au peuple serbe. "Nous nous connaissons depuis si longtemps que c'était vraiment difficile de jouer contre toi", a-t-il dit à son adversaire qui a le même âge que lui, 23 ans, à une semaine près, et qu'il a rencontré pour la première fois au Tournoi des Petis As à Tarbes, en 2001. "J'espère que tu auras une autre occasion de remporter un trophée du Grand Chelem. Avec ton talent, je suis sûr que tu y arriveras"

Novak Djokovic en bref

Nom: Djokovic
Prénom: Novak
Date de naissance: 22 mai 1987
Lieu de naissance: Belgrade
Nationalité: Serbe
Célibataire
Taille: 1,88 m
Poids: 80 kg

Sport/discipline: tennis

Débuts professionnels: 2003

Palmarès
Victoires en tournois: 19 titres en simple, 1 en double
. Grand Chelem:
Open d'Australie: victoires (2008, 2011)
Roland-Garros: demi-finales (2007, 2008)
Wimbledon: demi-finales (2007, 2010)
US Open: finales (2007, 2010), demi-finales (2008, 2009)
. Autres
Coupe Davis: 1 victoire (2010)
Masters: 1 victoire (2008)

Meilleur classement mondial ATP: 2e (février 2010)
Meilleur classement mondial ATP en fin d'année: 3 (2007-2010)
Classement mondial ATP actuel: 3e