Yannick Noah
Yannick Noah ne vibre plus pour le tennis moderne | AFP - JOEL SAGET

Noah: "Personne ne m'a défendu"

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Un an et demi après sa tribune dans Le Monde, et la "potion magique" espagnole qui avait fait grand bruit, Yannick Noah a maintenu ses propos dans un entretien publié ce vendredi dans Métro. Avare en langue de bois, mais généreux en humour, l'ancien vainqueur de Roland-Garros en a aussi profité pour tailler les tennismen français et cette génération dans laquelle il ne se reconnait plus.

En juin prochain, Yannick Noah fêtera les 30 ans de sa victoire à Roland-Garros. Il est toujours, trois décennies plus tard, le dernier français à avoir soulevé un trophée du Grand Chelem. Mais ne lui parlez pas trop de cet anniversaire, ni de cérémonie en son honneur, sous peine de vous faire envoyer promener. Noah, il ne faut pas trop le chauffer. A l'évocation de cette date le chanteur aurait tendance à se vexer, plutôt qu'à se sentir fier. C'est en tout cas ce qu'il a laissé paraître dans une interview au long cours parue ce vendredi dans le quotidien Métro. 

"C'est loin, admet-il en repensant à son succès face à Mats Wilander en finale de l'édition 1983, les images sont jaunies. Il y a un côté réchauffé. J'ai fait autre chose de ma vie depuis. Entre-temps, aucun Français n'a regagné ici, alors on va parler du vieux ! Me faire entrer sur le terrain en disant "il a gagné ici il y a 30 ans" ? C'est cheap. Ce serait même la honte pour moi." S'il n'a pas oublié cette victoire de prestige qui a fait le début de sa notoriété, il reconnaît être passé à autre chose depuis."Entre ce que je ressens et le nombre de sollicitations, il y a un écart. L'évolution du jeu, les petits shorts moulants, le court, le terrain, la tribune : tout a changé. Ça compte dans ma vie mais je n'ai plus la même émotion". Mais de concéder tout de même. "Je suis entré dans la vie des gens ce jour-là. Par une jolie porte. Certains appréciaient plus ou moins qui j'étais mais j'ai touché des millions de Français. Il y a des gens qui ont pleuré de joie à cause de moi."

"Je respecte ce qu'ils font mais ça me fait pas vibrer"

30 ans plus tard, l'émotion qu'il ressentait en repensant à sa victoire est passée. Son amour pour son sport s'est lui aussi fané avec le temps. Il a désormais la dent dure envers la nouvelle génération,  Nadal, Federer ou Djokovic. Des joueurs auxquels il ne parvient pas à s'identifier. "Je ne peux pas me comparer à ces gars-là. On ne fait pas le même sport. Si le joue contre Djoko à mon meilleur niveau de l'époque, avec la raquette de l'époque, je me prends trois fois 6-0. Le mec maintenant, si je lui fais un coup d'attaque, il va boire un thé, il revient et il me fracasse. Le tennis d'aujourd'hui ne me plaît pas. J'ai pas d'émotions. Que ce soit clair, je respecte ce qu'ils font, mais c'est un autre truc. Ça me fait pas vibrer."

Si d'aucuns pourront trouver à redire sur ses opinions très tranchées, il est flagrant que les dimensions sensorielle, du plaisir et de l'envie, sont au cœur de son interview. La vibration, le feu sacré : voilà ce qu'il manque selon lui aux joueurs d'aujourd'hui et notamment aux joueurs français. C'est ainsi que Noah, du haut de ses 52 ans, explique son absence de successeur au palmarès des Grands Chelems. "Je suis le dernier Français à avoir gagné Roland. Mais regarde ma gueule, juste ma gueule quand j'ai gagné, et regarde la gueule des mecs aujourd'hui. Et tu me diras si tu vois une différence. Moi j'en vois une. Si tu parles de victoire, le petit vice qui te permet de l'emporter, ça, je ne le vois plus. Regarde juste Henri Leconte à l'époque : il est habité, y'a des trucs dans ses tripes qui le remuent. Maintenant, ils gagnent les matches s'ils doivent gagner mais ne franchissent pas la petite marche qui te permet d'aller plus loin."

"J'en ai pris plein la gueule et je n'oublierai jamais"

Et quitte à frapper fort, Noah n'en oublie pas ses vieux chevaux de bataille. Comme lorsqu'il revient sur ses insinuations de dopage du sport espagnol, parues dans une tribune du Monde en novembre 2011. L'ancien champion a le sentiment d'avoir été lâché par tous et a gardé beaucoup d'amertume. "On a dit que j'étais un mec pas normal. Le peu de gens qui ont vraiment lu ma tribune ont vu que c'était une démonstration par l'absurde. Mais sur le fond, je ne débande pas d'un demi-centimètre ! Ce que j'ai bien vu, c'est que personne ne m'a défendu. Je n'oublierai jamais. Peut-être qu'un jour, des choses sortiront. Je continue à suivre l'affaire Puerto et je suis très amusé de voir qu'il n'y a aucune réaction. Je me suis mis en avant et j'en suis très fier. J'en ai pris plein la gueule, et je n'oublierai jamais. Je suis très rancunier." Non Noah, il ne faut vraiment pas le chauffer.