Une image floue du tennis
Une image floue du tennis | DR

Matches truqués dans le tennis: l'enquête de Stade 2

Publié le , modifié le

Après plusieurs mois d'enquête, Stade 2 dévoile ce dimanche une longue enquête sur les matches truqués dans le tennis. Thierry Vildary et Inès Lagdiri ont rencontré plusieurs joueurs ou anciens joueurs qui on accepté de témoigner sur ces pratiques. Certains, comme Olivier Mutis, ancien vainqueur de Wimbledon juniors en 1995, ont été approchés par des parieurs mais ont refusé leur offre. D'autres ont participé au trucage de leur propre match. Une longue enquête à découvrir dimanche, dans Stade 2, à 16h55.

L'enquête de Stade 2

Perdre un set, ou perdre un match contre de l'argent. Le sujet est tabou, mais dans le tennis, il existe. L'enquête de Stade 2 montre comment cela se passe. Un reportage édifiant.

Cela fait longtemps que le sujet agite les bords des courts. Truquer un match pour de l'argent, la pratique ne serait pas nouvelle. Elle aurait juste tendance à s'être répandue avec l'expansion des réseaux sociaux et surtout des sites de paris en ligne. Désormais, quiconque peut parier en ligne sur le score précis d'un set dans un match. Corentin Segalen, coordinateur de la plate-forme nationale de la lutte contre les manipulations sportives à l'Arjel (Autorité de régulation des jeux en ligne) note : "Quand vous gagnez 800 euros par mois, et qu'on vous en propose 2000 pour perdre…" En France, c'est interdit pour les tournois Challengers et Futures. Mais les sites de paris en ligne n'ont pas de frontières.

Un exemple des pratiques sur le circuit secondaire

Cet ancien joueur de tennis, depuis peu à la retraite après avoir surfé autour de la 1000e place mondiale, connaît un homme qui se fait appeler "Maestro". Ce dernier fait partie d'un réseau international, qui "mise de petites sommes, mais à grande échelle. Cela peut rapporter gros", explique-t-il. Surtout quand on a approché l'un des joueurs pour favoriser un résultat... "On sait mettre la balle 20cm à côté de la ligne, et que ça passe inaperçu", dit-il sobrement. Autre témoin, cet espoir du tennis français, qui arpente le circuit professionnel depuis cette saison. Lui a été approché, via son compte Facebook. C'était à la veille de son 1er tour dans un Future. "On m'a proposé de perdre le 1er set contre une somme d'argent: 1000 euros." Il n'a pas donné suite, mais a aussitôt averti son entraîneur, qui a alerté le juge-arbitre... Ce signalement a conduit la police à interpeller un jeune homme de 20 ans, dans la banlieue de Strasbourg, qui passera devant la justice prochainement.

Extrait de l'enquête de Stade 2

Entre les tournois les plus importants, qui peuvent offrir près de 2 millions de gains au vainqueur, et les Futures qui versent autour de 2 000 euros, le tennis ne donne pas à tous la chance de bien vivre. Et cela ne date pas d'aujourd'hui.

En 2003, Olivier Mutis participait au tournoi de Stuttgart, sur le circuit principal. A l'époque, il est 75e à l'ATP. Depuis sa victoire à Wimbledon en juniors en 1995, il est classé parmi les espoirs tricolores. Au 1er tour, il doit affronter Nikolay Davydenko. 25e mondial et futur 3e mondial (en 2006).  Le Russe est au début de sa carrière. "Un homme est venu me proposer 15 000 euros pour perdre en deux sets", raconte-t-il aujourd'hui. "En gagnant deux matches, je pouvais gagner plus." Il refuse, mais cette approche le perturbe au point qu'il s'incline 6-0, 7-6. "Je ne sais même pas pourquoi on m'a approché alors qu'il était plus fort que moi." La certitude d'un résultat n'a pas de prix. Le Russe a longtemps fait partie des joueurs qui traînaient des soupçons de matches étranges. Sans qu'aucune preuve n'ait jamais été apportée.