Rafael Nadal et Roger Federer
Rafael Nadal et Roger Federer | CLIVE BRUNSKILL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Masters 1000 de Miami: Nadal peut-il reprendre l’ascendant sur Federer ?

Publié le , modifié le

Avec le Federer 2017, Nadal doit résoudre une équation nouvelle et complexe. L’Espagnol, qui n’est pas encore revenu à son meilleur niveau contrairement au Suisse, n’arrive plus à installer son jeu et à transformer le match en combat, comme du temps où il dominait cette affiche. La finale du Masters 1000 de Miami, ce dimanche entre les deux stars, devrait confirmer cet état de fait, surtout si l’on compare les belles prestations de Federer contre Del Potro, Berdych et Kyrgios aux performances plus décousues de Nadal devant Kohlschreiber ou Fognini.

"Federer est le meilleur mais Nadal est le meilleur des deux". La formule de l’’ancienne championne Martina Navratilova reflétait assez bien la pensée générale au sujet des deux cadors. Peine perdue. Cela valait du temps où Rafael Nadal, plus souvent numéro 2, prenait régulièrement le dessus sur son rival helvète (23-10 dans leurs confrontations entre 2004 et 2014).

Bilan flatteur mais périmé

Une dissymétrie due au nombre élevé de rencontres sur terre battue, la surface de prédilection du Majorquin. Mais pas que : sur dur extérieur, Nadal dominait également Federer (8-2 durant cette même période contre 4-1 en indoor pour Federer, impérial dans des conditions très rapides). L’écart qui s’expliquait aussi par l’avantage pris par le Taureau de Manacor dans la diagonale de son coup droit lifté puissant, qui prenait le dessus sur le revers, "point faible" de l’enfant de Bâle.

Nadal sur courant alternatif

Mais 2017 a changé la donne. Parce que Federer est redevenu Federer tandis que Nadal n’évolue pas (encore ?) à son meilleur niveau. S’il a retrouvé une régularité dans ses résultats depuis janvier –trois finales disputées à Melbourne, Acapulco et Indian Wells, le nonuple lauréat de Roland-Garros manque de constance à très haut niveau. Dans un même tournoi voire parfois au cours d’un même match, son jeu peut osciller entre le très bon et le franchement moyen.

Il a perdu son côté tueur

Nadal a certes réalisé de grands matches contre Zverev, Raonic et Dimitrov à Melbourne, ou contre Cilic à Acapulco, mais il n’est plus aussi tueur qu’avant : il aurait pu les gagner plus vite, et ce surplus d’énergie dépensé lui a coûté en finale. Surtout, il ne bénéficie plus de l’avantage psychologique contre Federer comme à sa grande époque, et ce pour plusieurs raisons. Certaines sur lesquelles l’Espagnol peut avoir prise, d’autres qui appartiennent au Maestro.

Manque de confiance

Suite à ses longues indisponibilités pour blessures, Nadal a parfois fait part du manque de confiance qui l’habitait lorsqu’il s’agissait de jouer les points clefs d’un match. Beaucoup le croyaient indestructible au niveau mental : ses nombreux succès à l’arraché témoignant d’une indéniable combativité. Mais le neveu de Toni a dévoilé des failles insoupçonnées lors de ses années noires : ses défaites insoupçonnées lors de ses années noires : les défaites inattendues devant Fernando Verdasco à Melbourne (2016), contre Lucas Pouille (2016) ou Fabio Fognini (2015) à l’US Open en constituent de bons exemples. Plein de fraîcheur après une coupure forcée de six mois, Federer y a cru jusqu’au bout en finale à Melbourne parce qu’il se sentait très bien sur le court mais aussi parce qu’il sait désormais que Nadal n’est plus aussi implacable.

Physiquement moins dominant​

Ensuite, Nadal n’a plus son physique des grandes années. Il reste très compétitif mais n’est plus autant dominateur de ce côté-là. Il a quelques absences qui peuvent parfois s’avérer fatales. Enfin, son coup droit n’a plus le même rendement. Il ne fait pas toujours la différence alors qu’il était redevenu exceptionnel en 2013 et jusqu’à Roland-Garros 2014, ultime Majeur remporté par le roi de la terre ocre.

Federer plus aérien que jamais

Les autres raisons de l’ascendant pris par Roger Federer concernent le Suisse lui-même. Le septuple vainqueur de Wimbledon a retrouvé un niveau digne de ses grandes années même si lui dit qu’il ne voit pas comment il pourrait aujourd’hui être plus fort qu’en 2005-06 (seulement 9 défaites en deux saisons pour un total ahurissant de 173 victoires).

Federer a fait de son revers une arme redoutable (au moins sur dur) en coupant les trajectoires et en profitant des conditions rapides pour prendre de vitesse Nadal (Melbourne et Indian Wells pour un 8e de finale gagné 6-2, 6-3 en 1h08). Il ne cherche plus forcément à dicter le jeu avec son merveilleux coup droit.

Priver Nadal de temps

Et l’homme aux 18 Majeurs sait abréger les échanges. Il prend des risques à bon escient car il est "fit" et techniquement au-dessus du lot. L’apport d’Edberg, puis celui de Ljubicic, ont conforté RF dans son choix de davantage frapper ses revers et de se montrer ultra offensif quitte à rater de temps en temps. Priver Nadal de temps est clairement l’arme fatale de Federer.

Pour toutes ces raisons, et parce que le Majorquin reste sur sept finales consécutives perdues sur dur, Rafael Nadal ne peut plus être considéré comme le favori contre Roger Federer -terre battue exceptée-, du moins tant qu’il ne l’aura pas rebattu. Et il ne serait guère étonnant de le voir trébucher une cinquième fois en finale à Miami, 12 ans après son premier grand rendez-vous contre le maître du temps.

Grégory Jouin @GregoryJouin

Masters 1000