Cédric Pioline
Cédric Pioline adresse un bras d'honneur au public de Bercy en 1996 | PATRICK KOVARIK / AFP

Leconte, Becker, Paire: clash à Bercy

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Les spectateurs du Masters 1000 de Paris sont parfois très exigeants avec les stars du circuit. Ils ne tolèrent pas vraiment qu’un joueur ait un jour sans, et se montrent impitoyables dès lors qu’ils ont l’impression que l’un des protagonistes lâche un match sans véritablement combattre. Ce fût le cas pour Benoît Paire lundi comme pour Nadal en 2008. Leconte, Becker, Ivanisevic, Pioline, Federer ou Nadal ont également dû subir la vindicte populaire, pour différentes raisons.

1988. McEnroe bat Leconte 7-5, 6-1 (1er tour)

Dès l’échauffement, les spectateurs ont choisi leur camp. Ils ont proprement hué Henri Leconte et ovationné John McEnroe à chaque coup de raquette. Déjà pas forcément apprécié par une partie du public hexagonal qui lui préférait nettement Yannick Noah, Leconte se voyait reprocher deux choses survenues en quelques mois : d’abord, ses déclaration maladroites en finale de Roland-Garros après son sévère échec face à Mats Wilander (le fameux « maintenant j’espère que vous avez compris mon jeu »). Ensuite son refus d’être hébergé au village olympique de Séoul –pas assez confortable- comme les autres athlètes lors des JO (en plus il s’était fait sortir rapidement sans avoir donné l’impression de vraiment combattre). Ce jour-là, à chaque rare « allez Henri » entendu, l’intervenant se faisait insulter (« Ta gueule »). Au point que l’arbitre Bruno Rebeuh fût obligé de rappeler qu’il ne s’agissait que d’un match de tennis.

1992. Gilbert bat Agassi 6-1, 6-2 (2e tour)

Le Kid de Las Vegas affronte son compatriote au charisme incertain pour son entrée dans le tournoi. Vainqueur à Wimbledon quelques mois plus tôt de son premier Grand Chelem, Andre Agassi part largement favori face à Brad Gilbert. Mais le challenger fait preuve d’intelligence en refusant la castagne pour dérégler le jeu de son rival avec des balles plus vicieuses les unes que les autres, sans consistance, amorties et accélérations soudaines. La partie dure une petite heure et Agassi s’en retourne aux vestiaires sous les sifflets de la foule qui n’a pas reconnu son idole. Deux ans plus tard, Gilbert sortira son fameux livre « Winning Ugly » ou comment gagner en développant un jeu dégoûtant. Il deviendra surtout le coach à succès d’un certain… Andre Agassi ensuite (durant huit ans avec le succès au rendez-vous).

1993. Ivanisevic bat Medvedev 6-4, 6-2, 7-6 (finale)

Goran Ivanisevic sert 27 aces et effectue 32 services gagnants. En 1993, le Croate au bras gauche foudroyant doit faire face aux sifflets du public pour cause d’excès de vitesse. Le public veut du spectacle, pas une séance de première balle. « Ce qu’ils voulaient, c’était voir un match en cinq sets, répond Ivanisevic à l’issue de la rencontre. Mais moi je n’ai aucune envie de jouer cinq sets. Ils n’ont qu’à regarder la finale du double ! »

1996. Kafelnikov bat Pioline 6-4, 3-6, 6-4 (2e tour)

Excédé par les sifflets et les quolibets provenant d’une poignée de spectateurs, Cédric Pioline leur adresse un  bras d’honneur en sortant du court après sa défaite en trois sets. Tollé général. « Quand je vois des choses comme celles que j’ai vues ce soir, je ne suis pas fier d’être Français », lâchera le Parisien en conférence de presse. Avant de s’adoucir ensuite. « C’est une arène dont la configuration donne l’impression de ressentir davantage les bruits », dira-t-il quelques années plus tard, devenu le directeur du tournoi.

Et aussi

1991 : A quelques semaines de la finale de la Coupe Davis, le capitaine Yannick Noah, quasiment en pré-retraite, défie l’adolescent qui monte, Fabrice Santoro, héros du quart de finale contre l’Australie. L’ancien mate le nouveau en deux sets, fort de l’appui inconditionnel du public qui le porte vers la victoire. Très déçu, Santoro confiera : « Tout Bercy est derrière Yannick, ce qui est normal finalement. Et là je me prends un tsunami en pleine gueule ».

1996 : Boris Becker s’incline 6-3, 5-7, 6-4 face à Carlos Moya d’entrée de jeu. L’Allemand déclarera juste après : « J’avais l’impression d’être dans un zoo. Presque tous les ans, quand je quitte ce tournoi, je suis à la limite de me faire hospitaliser ».

2003 : Roger Federer himself se fera siffler par les spectateurs déçus de le voir s’incliner dès les quarts de finale contre Tim Henman, futur vainqueur. « Le public peut être très dur ici », avait confié le champion suisse.

2008 : Journée noire pour les organisateurs et pour les spectateurs. Le jour des quarts de finale, Federer déclare forfait avant d'affronter James Blake, alors que Rafael Nadal –visiblement diminué- abandonne face à Nikolay Davydenko après la perte du premier set (6-1). Le public conspue l’Espagnol, pourtant quadruple lauréat de Roland-Garros.